[JEU FESTIVAL MAINTENANT] Black Zone Myth Chant : « je recherche la vérité du moi à travers la création »

© Anne Pilet

Le 17 novembre prochain sortira le nouvel album de Black Zone Myth Chant intitulé « Feng Shen » chez Gravats. Il jouera au festival Maintenant le 14 octobre à l’occasion d’une ambiance électronique au Théâtre du Vieux Saint-Etienne.

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Rencontre avec Maxime, Black Zone Myth Chant.

Tu t’inspires beaucoup des musiques de l’Inde, du Népal et de l’Asie centrale, mais aussi d’Afrique de l’Ouest et du Sud. Qu’est-ce qui t’inspire dans ces musiques ? L’invitation au voyage, au rêve ?

C’est l’altérité en général, l’inconnu, l’exploration. Il y a une projection et un fantasme derrière tout ça bien sûr. C’est un tremplin à l’imagination, l’étincelle qui provoque une explosion.

Juste une image, un mot, un son, une évocation exotique permet de construire tout un monde, qui en réalité n’existe pas vraiment.

C’est presque doublement bénéfique en fait, l’imagination du voyage est puissante, et le voyage lui même nous surprend car il ne correspond pas à ce que l’on avait imaginé.

D’ailleurs, tu es un grand voyageur non ?

Plutôt oui, j’imagine. Mais ça n’a pas le même sens que cela pouvait avoir dans un passé encore assez récent, aujourd’hui tout est très rapide et beaucoup de gens ont cette vie mondialisée. Ceci dit c’est sûr que d’être allé sur tous les continents, plusieurs fois, à un relativement jeune âge, est une chance et une des joies de ma vie.

Tu te sers de tes voyages, de tes tournées pour ramener des sons qui t’inspireront plus tard ?

Pas littéralement, je l’ai fait un temps mais plus maintenant, « j’enregistre » plutôt des sensations et des expériences, que ce soit consciemment ou inconsciemment.

Ca n’empêche pas le fait que j’écoute énormément de musiques traditionnelles du monde entier qui m’influencent très certainement.

Parfois des enregistrements que j’achète sur place et ramène moi même, de préférence des k7, mon souvenir de voyage privilégié. J’essaie d’en ramener à chaque fois, d’Inde ou Indonésie, Turquie, Bolivie, Japon etc. Mais c’est de plus en plus dur à trouver.

Il y a aussi du jazz dans ton univers non ?

Oui c’est certain, ça ne se retrouve pas forcément au niveau esthétique mais j’en ai beaucoup écouté et j’en écoute toujours. Une sorte particulière de jazz, le free jazz / spiritual jazz des années 60 et 70.

J’aime cette musique et je suis inspiré par la radicalité et la sincérité de ces musiciens qui allient génie créatif et conscience sociale et politique.

Et surtout, des musiciens archi-accomplis qui ont su toutefois sortir de la technicité, grand danger de la musique à mon avis, pour s’orienter vers une harmonie corps – esprit, des recherches plus profondes et spirituelles, avec comme pionniers Sun Ra et John Coltrane. Contrairement à d’autres types de jazz axées sur la technique que je n’aime pas du tout.

On retrouvera quel genre de sonorité sur ton nouvel album ?

Un peu de tout ! Il y a un côté musique industrielle, quasi club sur quelques morceaux, il y a des morceaux ambiant, des influences dub, de musique électronique expérimentale, un peu de noise…

Ma démarche a toujours été orientée par une volonté de mélange, des expériences génétiques en quelque sorte.

Tu as mis combien de temps pour enregistrer ton nouvel album ?

Le process a été vraiment long. Finalement la partie enregistrement stricto sensu des morceaux retenus sur l’album s’est faite en trois ou quatre mois mais pour y arriver il a fallu beaucoup de temps de recherche, d’apprentissage aussi de nouveaux instruments très techniques, les synthétiseurs modulaires. Tout cela a duré presque deux ans je pense.

De qui t’es-tu entouré pour cet album ? Tu composes seul ?

Je compose seul oui.

J’étais entouré des deux têtes pensantes de Gravats qui ont été très présentes pendant tout le processus. Ce qui a eu un impact évident sur le résultat final.

Mais ça n’a pas été facile car j’ai beaucoup de mal à laisser entrer des gens dans mon espace créatif, je suis très sensible à ce niveau là. Un rapport quasi animal au territoire même si on parle ici d’un territoire abstrait.

Tu composes comment ? Tu cherches sans but précis jusqu’à l’apparition d’une idée à garder ? Tu es toujours sur l’intuitif avec le moins de temps possible sur chaque morceau pour le laisser plus brut, plus vrai ?

Oui ça se passe plutôt comme ça en général même si parfois, et c’est surtout le cas sur certains titres du nouvel album, les morceaux sont beaucoup plus travaillés a posteriori. Mais c’est très variable, par exemple le deuxième morceau du disque s’est fait d’un coup, de l’enregistrement au mixage en un après-midi. Parfois c’est plusieurs semaines avec des pauses et des allers retours.

L’idée qui donnera corps au morceau, le plus important, son « âme » aura toujours une génèse spontanée et intuitive.

Le côté arrangement, composition, intellectualisation esthétique est toujours second. C’est important aussi, j’aime ça. J’ai envie d’explorer les deux extrêmes dans le futur proche : de l’hyper intuitif et de l’hyper conceptuel.

Il y a quelque chose de psychédélique dans ta musique. C’est quelque chose que tu cherches, mettre ton public dans une sorte de transe ? Ou c’est du pur hasard ?

Hasard non, plutôt une détermination psychologique. On parlait d’influence et d’inspiration mais c’est aussi ce qu’on est, qui on est, qui est à la source de tout ce qu’on crée. Ce sont des structures qui nous suivent toute notre vie je pense. Des obsessions, dans mon cas les différents niveaux de conscience (la transe, le rêve, l’inconscient etc) mais aussi la symétrie, l’opposition des contraires, et leur complémentarité (yin et yang, plein et vide, harmonie et chaos…).

Je ne pense pas avoir choisi cela mais ce sont des obsessions liées à ma psychologie profonde.

Comment en es-tu arrivé à faire cette musique si particulière ? Je crois que tu es passionné de mythologie et de mysticisme.

Je crois que c’est lié à ma réponse précédente. Mon obsession (j’ai conscience de beaucoup utiliser ce terme) c’est de faire une musique qui me ressemble, qui représente mon être avec toute sa complexité et ses contradictions subtiles, qui sont différentes de celles de mon voisin.

Je recherche la vérité du moi à travers la création et j’essaie au mieux de ne pas me laisser influencer par des attraits puissants comme le désir de succès, quelque soit son niveau.

C’est pour cela que c’est parfois compliqué d’entrouvrir une porte à autrui dans mon processus créatif, ma recherche étant tellement personnelle et intime. Comment une tierce personne pourrait savoir si j’ai réussi dans cette quête d’une fidélité à une vérité personnelle ? Cependant cette vision qui peut paraître égoïste et auto-centrée a pour vocation à être partagée et il est important pour moi qu’il y ait une résonance émotionnelle chez l’auditeur. Je vois ma musique comme un message codé, il y a une communication évidente. C’est ça que je veux provoquer, idéalement. C’est pour ça que je déteste et combat la musique commerciale ou la musique sans intégrité, lorsque le message est corrompu, ou inexistant. Il faut que le message soit honnête, pas besoin d’être profond ou intellectuel, ou torturé, ça peut très bien être « tout va bien », « amusons nous et dansons ». C’est la sincérité qui m’intéresse et me guide. Alors tout cela c’est un premier niveau de lecture, il y en a un second, plus conceptuel, qui vient dans la construction d’un album ou d’un set live, qui s’attache au rapport entre la partie et le tout, la question du sens, de qui va au-delà de la somme des parties mais va constituer un tout cohérent. Là encore des questions d’harmonie, de symétrie, de complémentarité. Pour répondre à la seconde partie de la question je m’intéresse à la mythologie et au mysticisme oui, parmi bien d’autres choses encore. Je pense que par rapport aux deux exemples soumis ici c’est un certain rapport à la réalité, entre déni, revisitation poétique, imagination et créativité qui me parle. C’est finalement très humain d’imaginer du sens. Créer et inventer une rationalité, c’est paradoxal. Par exemple dans les sociétés anciennes on imagine que le soleil se lève pour telles raisons et de telle manière et on décide d’y croire parce que ça nous plaît comme ça. J’aime ça, cette vision du monde, jusqu’au point où ça devient dogmatique, coercitif, violent et intolérant, malheureusement un écueil quasi systématique du religieux, et là bien sûr ça ne marche plus. Ca ne marche que si l’on a conscience de la fragilité de nos théories.

Tu es guitariste à la base non ?

A la base je ne suis pas musicien au sens classique du terme, j’ai commencé à faire de la musique électronique avec des potes au Lycée (sampler, ordinateur, boites à rythme). A un moment j’ai été intéressé par la guitare pour ses capacités qui me paraissaient multiples, une certaine flexibilités sonore (avec les effets notamment). Et un côté tactile, intuitif, physique que je n’avais pas avec l’ordinateur. Donc j’ai appris la guitare, tout seul, un jeu peu conventionnel qui me correspondait. A la fin j’étais assez à l’aise techniquement à certains niveaux, principalement le jeu solo, mais je n’ai jamais su faire un accord. D’un seul coup je me suis senti enfermé avec la guitare, j’avais l’impression d’en avoir fait le tour et de me répéter donc je me suis lancé vers quelque chose qui m’attirait depuis un moment mais m’impressionnait un peu : le synthé modulaire. Et je n’ai plus touché à ma guitare depuis alors que j’en faisais tous les jours.

En fait je me vois au fond plus comme un compositeur qui manie différents outils dans le but de créer des mondes musicaux. Un compositeur qui travaille avec l’instrument en main, et pas avec une plume et une partition.

Tu aimes te cacher derrière plusieurs identités comme High Wolf, Black Zone Myth Chant ou Annapurna Illusion. C’est pour brouiller les pistes ? T’essayer à différents styles, différentes musiques ? Toutes ces identités se rencontrent ?

Tout à fait.

Je crois beaucoup à la multiplicité dans la personnalité, ce qui ne veut pas dire incohérence. Certains projets sont en phase avec certains aspects de ma psyché mais pas avec d’autres.

Et ça se traduit en musique. C’est très intuitif et personnel là encore, par exemple parfois certains ne voient pas trop la différence entre BZMC et High Wolf mais pour moi c’est très clair. Et je suis assez rigide sur cette séparation, il peut y avoir des zones grises où cela se croise mais chacun a tout de même un territoire. Et là encore se retrouvent symétrie, complémentarité, harmonie.

Au début, Black était un projet quasi confidentiel non ? Ca ne l’est plus vraiment aujourd’hui, qu’est-ce qui a fait durer ton projet ?

Au début le projet était très différent de ce qu’il est aujourd’hui, à tous les niveaux. Il est né comme ça, sans trop prévenir, le premier album a été enregistré avec un concept qui s’est imposé à moi, et tout s’est fait rapidement. Enregistré en 2-3 jours, sorti directement en mode DIY sur mon propre label en cassette, sans info, sans promo, puis plus rien pendant 2 ou 3 ans. Pour moi ça a été très court en fait, mais la k7 a fait son chemin de bouche à oreille et a voyagé dans différentes sphères. J’ai souvent dans cette période pensé à faire une suite mais j’abandonnais toujours très vite, et j’étais assez pris avec High Wolf qui avait un certain pic à ce moment là.

Puis les Editions Gravats sont venus vers moi et ont réussi à me convaincre de ressusciter le projet.

Il a fallu redéfinir le projet, le réactualiser et il a changé en profondeur. Pour reprendre mon analogie précédente il a changé de territoire, il a gardé des choses du passé, en a perdu d’autres et en a gagné de nouvelles. Et cela a changé encore une fois, récemment, pour le nouveau disque. Il y a comme un double glissement finalement, une dialectique entre mes différents projets, qu’on pourrait qualifier de mouvement dans l’espace, et un mouvement dans le temps, qui concerne chaque projet en particulier année après année. Je crois fermement en le devenir (comme opposé à la question de l’être), et ma musique en est le résultat. Je m’intéresse aux transformations invisibles, à ce qui change irrémédiablement mais que nos sens ne perçoivent pas et qui nous donne à tort une idée de stabilité. Par exemple si on se regarde dans le miroir toutes les heures on ne verra aucune différence. Mais si on regarde une photo d’il y a 10 ans c’est plus flagrant. Tout est comme ça.

Tes lives sont hyper cadrés ou tu te laisses emporter par l’ambiance générale et modifies selon le contexte ?

Là encore ça dépend. J’ai commencé pendant mes premières tournées internationales avec des sets 100% improvisés. Puis un moment j’ai voulu changer et je suis allé vers plus de préparation, pour en finir avec des compositions exclusives pour le live, des présentations spécifiques pour la scène. En vérité je commence une série de live (ce soir) avec de nouveaux sets ou j’ai vraiment essayé d’avoir une part égale entre préparation, une base dont j’ai besoin pour être à l’aise, et porte ouverte à la spontanéité pour ne pas me sentir enfermé et bloqué. C’est ce qui marche le mieux pour moi je pense.

Tu fais partie de la plateforme Shape. Tu peux m’en parler ? Qu’est-ce que cela t’apporte ?

Ca me fait jouer dans des festivals partout en Europe, ce mois-ci en Hongrie, en Pologne et en France, donc c’est forcément positif.

Pour être honnête pour en tirer d’avantage profit il aurait fallu sortir un album en début d’année plutôt qu’un mois avant que ça se termine. Mais la création a ses lois qui parfois ne coïncident pas avec le calendrier. Et les délais infernaux de production n’aident pas. Si je ne me trompe pas on a validé le disque fin avril / début mai avec Gravats et il sort fin novembre. C’est comme ça en ce moment.

On va pouvoir te retrouver au festival Maintenant. Comment s’est faite la rencontre ?

Philippe d’Editions Gravats, surtout connu comme musicien et DJ sous le nom de Low Jack, est un ancien rennais qui a collaboré avec Electroni-k (ancienne version de Maintenant), donc ils se connaissent depuis longtemps. L’équipe du festival a suivi le label et comme j’y ai sorti des disques ils m’ont découvert comme ça. Peut-être qu’ils me connaissaient avant en tant qu’High Wolf, je n’en sais rien en fait. Maintenant a décidé de m’inscrire dans Shape, je pense que mon profil de local leur a plu, en plus d’être esthétiquement en cohérence avec les propositions des festivals de Shape.

Parlons un peu de la scène rennaise. Quels sont les artistes rennais que tu suis, écoutes ? Ton dernier coup de cœur rennais ?

Je ne connais pas tout ce qui se fait ici, mais je me sens proche des propositions du collectif Consternation, tant leurs disques que leurs soirées (j’ai d’ailleurs participé aux deux facettes de cette organisation).

Très content de ce qu’ils font à Rennes. J’ai beaucoup de respect aussi pour un musicien rennais, Arno Bruil, et j’ai eu un coup de coeur pour son dernier projet Descendeur. J’aime aussi beaucoup ce que fais Unas, aussi connu sous le nom poétique de Cachette à branlette. Je pense aussi à Blind Spot, le disquaire rennais, qui est très important ici et les gars qui tiennent le magasin sont supers. Enfin ma famille ici c’est le label / maison d’édition Shelter Press, multinationale rennaise, une réussite artistique impressionnante et mes amis les plus proches.

Tu as d’autres concerts à venir dans la région ?

Pas pour l’instant.

Merci Maxime

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Anne Pilet

JEU
Gagnez une VISITE DES COULISSES DU FESTIVAL MAINTENANT ainsi que les 5 installations (ADA, Comme un Dessein, Pentatono, Hugues et carte mémoire) au Théâtre du Vieux Saint-Etienne le samedi 14 octobre à 18h30 juste avant l’ambiance électronique de Black Zone Myth Chant, le tout accompagné d’un verre !

Pour cela, répondez à cette question :
Comment s’appelle le nouvel album de Black Zone Myth Chant ?

Pour jouer et tenter de gagner, envoyez un mail à : catherine@rennesmusique.com en précisant vos nom, prénom, et en indiquant «Jeu Festival Maintenant» en objet du mail.
Attention : une seule participation par personne pourra être validée. Un tirage au sort sera effectué parmi les participants ayant donné la bonne réponse. Les gagnants recevront un mail. Jeu valable jusqu’au 11 octobre.

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