City Kay, le sextette nu reggae des Transmusicales

© Catherine Rué - City Kay

Les rennais de City Kay ne sont pas des débutants puisqu’ils ont quatre albums à leur actif, dont « Daystar » le dernier. City Kay c’est avant tout un projet reggae avec un mélange d’électro, de dub et de trip-hop, ce qui en fait un groupe unique en son genre.

Rencontre avec Yoann, Loeiz et Jay.

Comment et quand est né le projet City Kay ? C’est quoi votre histoire ? Elle remonte à 2007 c’est ça ?
Jay : Ouais 2007. Le projet s’est monté en plusieurs étapes, il a mis un an à se monter le temps de réunir tous les musiciens, de choisir leur profil, de les réunir autour du projet. En 2008 il s’est vraiment monté. On se connaissait déjà avec Loeiz. J’avais dans l’idée de monter un projet reggae avec un certain profil de musiciens. Une fois à Rennes j’ai pu rencontrer plein de zicos et j’ai proposé le projet à Aurel et les autres. J’ai même passé des annonces à l’ancienne !
Yoann : c’est la même équipe depuis 2007 à part à la batterie. On est six en tout. Il y a moi à la guitare, Loeiz au clavier, Jay à la voix, Simon à la batterie, Pierre à la basse et Aurel à la guitare aussi.

Comment expliquez-vous que votre projet ne commence à faire parler de lui que depuis votre quatrième album ? Il est différent des autres ? Vous avez réussi à trouver un nouveau son ?
Yoann : c’est lié à nos choix artistiques. Avant on était axés sur le reggae roots qui est un style un peu fermé. On s’est donc ouverts à des influences un peu plus électro, pop. Cela intéressait donc des gens un peu en dehors du milieu reggae. Cela a permis d’ouvrir le projet. On a aussi plus bossé sur cet album, au niveau de la production. On a su s’entourer aussi pour que les gens entendent cet album. Avant on sortait des albums sans vraiment savoir les défendre, les distribuer. C’était plus confidentiel, donc cela ne faisait pas parler. C’est donc à la fois la musique et l’entourage qui font que cet album fait plus parler de lui.
Loeiz : c’est le parcours classique des musiciens finalement, prendre le temps, percer au bout de quelques années. Au final, c’est assez rare les musiciens qui sortent un seul album et cartonnent direct. C’est la maturité ce quatrième album ! (rires)

Vous êtes six. Comment travaillez-vous ? Comment vous vous organisez pour la création et la composition ?
Loeiz : dans l’idée, Jay qui est au chant compose une chanson au départ. C’est lui en général qui compose un chant sur une instru. Une instru c’est une maquette de musique sur ordinateur et Jay charge des chants dessus avec ses propres mélodies, ses propres harmonies. Il arrive avec ça. Nous ensuite, on se l’approprie tous ensemble. On peut changer les accords, arranger les chants. A la fin, il y a une phase de production, encore une autre étape que je fais. Je rajoute la petite couche électro. En tout cas, pour le dernier album, c’est comme cela qu’on a travaillé.
Jay : et après, on refait une passe, on se revoit et on essaie de donner un petit côté un peu plus live. Cela passe donc par plusieurs étapes mais tout le monde participe. A un moment donné, tout le monde passe dans chaque étape. Pour tout ce qui est parole, chacun ses textes. J’écris beaucoup mais Yoann aussi, il a écrit une ou deux chansons sur le dernier album. On fait tous un peu de tout en fait !

C’est quoi le nu reggae ? Vous pouvez m’expliquer ce terme ?
Jay : on est en France, donc il faut coller des étiquettes. On est obligés de préciser « nu » parce qu’on est en 2015. Avec le terme reggae tout court, les gens pensent qu’on fait du reggae roots, à l’ancienne. En fait, c’est fait avec la même démarche que le reggae à l’ancienne, un peu pionner, défricheur de sons. Mais la différence c’est que c’est fait avec les instruments et les influences d’aujourd’hui. Eux ils mettaient du rock 70′, de la pop 60′, nous on y met la musique qu’on entend aujourd’hui. Le reggae de toute façon c’est plus une saveur qu’un style ! La base reste du reggae mais pour la comm’ de mettre juste reggae c’est pas attirant. On aurait pu mettre Tropical Pop ! Il y a 30 ans, quand on disait reggae c’était sexy, aujourd’hui plus vraiment.
Loeiz : il y a aussi un aspect important dans notre démarche. Ce qui a toujours été fait en Jamaïque c’est d’essayer de pousser la qualité de la production, trouver des nouvelles sonorités avec du matos mais aussi de la bricole, du fait maison, de l’artisanal tout en élevant la qualité de production. Dans les années 70, ils faisaient des trucs hallucinants en terme de qualité.

C’est une question que j’aime bien poser, mais pourquoi ce nom ? City Kay, ça veut dire quoi ?
Jay : des fois, j’aime bien dire que j’ai pas envie de dire. (rires) C’est plusieurs sens, c’est d’abord une onomatopée du style, on retrouve le rythme quand on répète City Kay. En gaélique, Kay veut dire brume et associer à la ville, ça fait la brume de la ville et j’adore l’image que ça fait, ça colle pas mal à notre son, à notre atmosphère un peu vaporeuse et urbaine.

Vous pensez quoi de la scène reggae à Rennes ? Vous trouvez qu’elle est bien représentée ? Vous avez suffisamment d’endroits pour vous produire sur Rennes qui reste une ville Rock ?
Yoann : il n’y a pas de scène reggae à Rennes. Quand on joue à Rennes, ce sont des soirées qu’on produit. A part quelques petites assos qui nous ont programmés au 4Bis, mais récemment ce sont des soirées qu’on a produit au Jardin Moderne ou pour notre sortie d’album à l’Ubu. Il y a très peu de groupes de reggae sur Rennes mais il y a une grande culture des « sound system » avec des soirées qui marchent bien. Pour ce qui est du reggae joué, la scène est inexistante par rapport à la scène rock. Tous les groupes que l’on croisent sur la route jouent partout sauf à Rennes. Ils cherchent des plans mais ne trouvent pas. C’est fermé, c’est chaud à Rennes, il n’y a pas de prog’ reggae. Au Bar’Hic à la rigueur, en organisant soi-même sa soirée, c’est possible.
Jay : c’est pas un bassin reggae à Rennes, dans le sens populaire, cool du terme. Rennes est une ville de musiciens et le reggae est souvent vu avec condescendance. Je l’ai souvent constaté. Dans la plupart des villes, de très bons musiciens prêts à mettre tout ce qu’ils ont dans le reggae, c’est rare. Mais visiblement, nous on a réussi, sinon on ne serait pas aux Trans ! A Rennes, en fait il y a très peu de production, plein de musiciens, des studios desquels tu peux sortir avec quelque chose de commercialisable. Il y aurait besoin de production et de vision artistique sur Rennes. C’est vraiment une ville de groupes de live, de musique de genre. C’est une ville de très bons musiciens, on me le dit partout ailleurs en France. Cela n’est absolument pas un problème de qualité de musique. Il y a un gros vivier à Rennes ! Donc non il n’y a pas de scène reggae mais un public reggae.
Loeiz : quand tu regardes Her, je n’en ai jamais entendu parlé avant, ils débarquent et ils font un vrai truc artistique. C’est un truc qui se tient, qui se suffit à lui-même. Ils ont tout capté !

Qu’attendez-vous des Transmusicales ? Cela vous fait quoi de passer sur la scène du Hall 8 samedi soir ?
Loeiz : la première chose, c’est qu’on joue dans la ville où on s’est construits et sur le plus gros et mythique festival rennais et français !
Jay : on voit cela comme un tremplin mais aussi comme une reconnaissance, un honneur d’y jouer. En plus, au Parc Expo, le samedi soir à cet horaire là, c’est une preuve de confiance. Pour un festival avant-gardiste, ça fait du bien ! On est fiers ! Cela brasse du monde qui vient d’un peu partout, des personnes qui n’écoutent pas forcément notre musique.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? Une belle tournée mondiale non ?
Jay : exactement ! C’est ça ! Une tournée nationale et un peu en Belgique, Suisse, une tournée limitrophe. On va essayer de tourner avec notre album toute l’année avec une version 33 tours qui sortira au printemps, avec un titre ou deux en plus… On va voir ! Un album peut être pour 2017.

Merci Yoann, Loeiz et Jay

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Cath

City Kay sera au Parc Expo dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes samedi 5 décembre à 00h30, Hall 8.

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