Trans 2013 – Fakear

Portrait de Fakear par Alexis Janicotil pleut encore.

 

Fakear, c’est un artiste : Theo. Derrière sa barbe et ses MPC se cache un jeune caennais de 22 ans, qui a déjà eu le temps de faire quelques lives, y compris des premières parties de Wax Tailor. Et là il va jouer dans le plus grand hall du Parc Expo, un samedi soir. Rien que ça. Ses samples mélancoliques et poétiques sont venus jusqu’aux Transmusicales, peu de temps avant la sortie de son prochain EP « Dark Lands ». Il nous emmène dans un voyage introspectif.

 

– J’ai lu que « Fakear » ce n’était pas pour le « Fakir » mais pour « Fake ear » (« fausse oreille », ndlr). Tu confirmes ?

« Oui, mais ça peut être les deux en fait. Sur Wikipédia, ou je sais plus où, j’ai lu que la définition d’un fakir c’était « esthète qui s’inflige des blessures physiques dans un but spirituel », après je ne souffre pas physiquement mais je trouve que l’aspect spirituel est intéressant. Et pour ce qui est de la « fausse oreille », c’est parce que je viens du rock à la base, et quand je suis passé à l’électronique les gens ont un peu rigolé en disant que l’électronique ce n’est pas de la vraie musique, du coup : Fausse musique -> Fausse oreille. Voilà. Si t’as pas un bout de bois avec des cordes entre les mains, certains considèrent que ce n’est pas de la « vraie musique ». »

 

– Quel est ton parcours ?

« Je viens du milieu du rock, la musique je suis tombé dedans quand j’étais petit. Mes parents sont profs de musique, j’ai fait de la guitare comme 90% des lycéens, j’ai commencé à faire de la musique de façon un peu plus sérieuse, en composant, et puis j’ai découvert les logiciels, ça a été le déclic. Pendant deux ans je me suis enfermé chez moi, à faire de la musique juste pour moi, en faisant des petits boulots à côté. Au bout de ces deux ans, j’ai eu l’impression que j’avais quelque chose à proposer, et c’était Fakear. J’ai commencé à sortir des productions sur internet, 6 mois plus tard j’ai fait du live, avec deux, trois concerts à Caen. Ça a été pas mal aidé par Superpoze (beatmaker de Caen également, ndlr). Et à Noël 2012, j’ai gagné le tremplin Cargö à Caen, qui a été gagné l’année passée par Superpoze. En remportant ce tremplin, tu gagnes aussi un an d’accompagnement, ce qui te permet de rencontrer plein de professionnels qui t’aide à construire ton parcours. Et dans le jury de ce tremplin, il y avait Jean-Louis Brossard (directeur de l’UBU, ndlr), ce qui fait aussi que je me retrouve aux Trans. »

 

Vivre de ma musique, c’était plutôt un fantasme!

– Au moment du lycée, t’avais déjà un objectif précis ?

« Pas du tout. Mon objectif dans la vie c’était d’être plutôt dans la technique, comme ingénieur du son par exemple. Vivre de ma musique, c’était plutôt un fantasme. Et puis les concerts sont arrivés, c’était un plaisir en plus, mais je ne m’attendais pas à gagner le tremplin Cargö, et le reste… J’ai revu tous mes projets de vie, j’avais rien prévu pour… Mais c’est génial. « 

-Et tu gères bien le fait que ça aille aussi vite ?

« Le plus important ce sont les copains, j’ai toujours les mêmes. Et puis y’ a ce moment où on a envie de tracer, de faire plein de choses, tout le temps… Mais c’est tout aussi important de rentrer chez soi, se poser, faire la vaisselle et ce genre de trucs… On n’est pas un mec exceptionnel, juste un mec. J’ai du bol pour le moment, Fakear ça se tassera peut-être dans 5 ans, mais en attendant, je suis heureux, je profite. Après mon rêve serait de faire perdurer ça encore plus longtemps, de faire évoluer le projet, comme en faisant de la musique de films par exemple. »

– Et en dehors de la musique, tu as d’autres passions ?

« Voyager. Là je vais plus trop avoir le temps,  l’été dernier je suis parti un mois en Islande, tout seul avec mon sac à dos. Ça permet de se couper du reste. J’aime beaucoup ça. Sinon j’aime bien la bonne bouffe et le cinéma ! »

 

Quand je suis sur scène, je vois quelqu’un qui ferme les yeux, dans son monde, c’est juste parfait

-Vu qu’il y a beaucoup de sons orientaux dans ta musique, est-ce que c’est une culture qui t’attires ?

« Oui et non. J’ai une certaine idée du Japon mais je ne pense pas que j’irais un jour, parce que j’aurais peur de défaire le mythe que j’en ai. Pareil pour l’Afrique, en tant que petit occidentaux, on pense au Roi Lion, avec le gros soleil rouge derrière, et quand je mets des samples africains, c’est l’image que j’ai en tête. Quelque chose d’un peu tribal, mystique… J’ai envie que ça fasse ressortir des choses chez les gens, dans leurs têtes, leurs mémoires… des souvenirs. Quelque chose de brut, d’innocent. Pas forcément les faire danser, ou de leur éclater les tympans, mais si je les fais voyager comme ça, mon but est atteint. Quand je suis sur scène, je vois quelqu’un qui ferme les yeux, dans son monde, c’est juste parfait, il joue le jeu.

-J’ai regardé le clip de ta chanson « Morning in Japan » (avec des personnes portant des masques d’animaux dans la forêt, un couple de personnes âgées qui danse, ndlr), et j’ai trouvé qu’il apportait quelque chose de complètement différent à la chanson, quelque chose de bien plus triste, alors que je la trouvais de base très joyeuse. C’est quoi l’histoire que t’as voulu raconté ?

 

Je ne voulais pas spécialement qu’il soit triste ou joyeux, c’est plutôt de la mélancolie. On est dans le passé, le souvenir, … C’est ce que j’avais en tête pour ce morceau. Mais les gens se le sont beaucoup appropriés. Cest japonisant, certains l’ont perçus comme quelque chose de Kawaï (« mignon » en japonais, ndlr), et il a été associé à beaucoup de références que je n’avais pas forcément. J’étais plus dans un trip animiste à la Miyazaki, ou des humains parlent avec des loups ou des cloportes géants (Références à Princesse Mononoké et Nauzicaa de la vallée du vent, ndlr). C’est plus l’histoire de ce couple, avec cette petite vieille qui est malade, qui dit au revoir à son époux, et qui part avec les autres personnages mi-homme, mi animaux. On s’attend à quelque chose de violent de la part de ces personnages, alors que pas du tout. Ils viennent juste la chercher. C’est plus un message d’espoir, il ne lui arrivera rien, juste qu’elle s’en va. Il y a ceux qui s’attendaient à un clip très japonisant pour cette chanson, et les autres. Au final, je pense que ce clip a un peu recalé mes envies par rapport à ma musique. Je ne veux pas faire quelque chose de complètement « japonais ». Ça recale ma ligne directrice et ça prépare bien pour le prochain EP (« Dark lands »). Je pense que je vais re-travailler avec eux pour de nouvelles vidéos d’ailleurs. »

– La question sans mesquinerie aucune : sachant qu’il y a beaucoup de son orientaux dans ta musique, est-ce qu’on t’a déjà comparé à Chinese Man, qui fait aussi de l’electro ?

« C’est arrivé ouais, mais plus trop maintenant. Mais tant mieux en fait, c’est vraiment flatteur, ce sont des grosses références de l’electro. C’est comme quand on me compare à Bonobo. J’ai envie de dire merci. Après ils sont plus hip-hop, ils viennent du monde du rap, alors que j’suis plus du rock et du métal. Les influences ne sont pas les mêmes. »

– Et tes influences justement ?

« En référence il y a Archive, en influences Massive Attack, je n’ai pas assez d’une vie pour faire le tour avec leurs productions… Il y a aussi Pink Floyd, évidemment, et Genesis, dans leurs débuts, avec Peter Gabriel. Ce que j’aime c’est qu’avec eux, tu fais un voyage dans ta tête, et c’est ce dont j’ai envie aussi. Si t’écoutes Dark side of the moon, tu quittes la Terre, t’es dans une autre réalité. »

 

-Qu’attends-tu du festival des Trans ?

« Je n’attends rien de particulier tant que je n’ai pas joué. Après, c’est un festival qui est vraiment à la pointe au niveau de la recherche et de la découverte d’artiste, du coup c’est juste énorme d’être là. Si ça se passe bien, ça aura peut-être des bonnes répercussions, on ne sait pas, je ne me pose pas la question, on verra bien, je me préserve. »

– Toi qui aimerais faire de la musique de films, si tu pouvais faire la bande-son de l’un d’eux, ça serait lequel ?

« Le Star Wars 7 ! Je suis sur-fan de Star Wars ! « 

-Celui produit par Disney ?

« Ouais… Bon… On va voir, mais y’a le scénariste de l’Empire contre-attaque quand même ! Sinon, j’aimerais bien être compositeur de musique pour le studio Ghibli, ça aussi ça serait fou.  Il y a une bretonne qui a fait la musique pour Arrietty, alors pourquoi pas ! »

-Qu’est-ce que tu veux dire au public rennais pour demain soir ?

 » Bon voyage ! « 

 

 

 

 

Propos recueillis par Sophie Barel

Photos du concert par Mozpics.

 

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