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[FESTIVAL MAINTENANT] Gigsta

Le festival Maintenant au casting international ne manque pas tous les ans de promouvoir et valoriser la scène rennaise. Cette dernière représente en effet près d’un tiers de la programmation. Un tiers qui témoigne de la richesse culturelle de notre capitale bretonne. Aujourd’hui, Gigsta nous parle de son projet, de son univers, de ses influences.

Rencontre avec Noëmie

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Noëmie.

J’ai habité à Rennes de 2012 à 2014, période durant laquelle j’ai animé l’émission Track/Narre sur CanalB et contribué au blog Midi Deux.

Je collectionne les disques depuis plusieurs années et lorsqu’on m’invite, je les joue sous le pseudonyme Gigsta.

Tu es partie sur Berlin pour avoir plus de possibilités dans cette ville de la nuit ?

Je suis partie à Berlin en premier lieu pour mes recherches. J’écris une thèse sur la critique house et techno en Europe dans les années 80 et 90. La majorité des revues (allemandes, anglaises mais aussi quelques magazines français) que j’étudie y sont disponibles en consultation dans des archives. C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses à faire la nuit à Berlin mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle je m’y suis installée. D’autres choses me retiennent pour l’instant, comme par exemple l’opportunité de parler plusieurs langues différentes en une seule journée !

Musicalement parlant, tu en es où ? Tu mixes sur Berlin ? Tu as des projets d’EP, de LP à venir ?
Oui, je mixe un peu à Berlin. J’organise des soirées avec mon ami David (Nagababa) et j’ai une résidence mensuelle dans un bar. Je joue aussi en France. Je m’habitue petit à petit à mixer devant des gens.

J’aimais déjà partager via la radio mais il se passe quelque chose en plus lorsqu’on entend ses disques sur des bons soundsystems et qu’on peut observer les réactions des gens.

Je n’ai jamais produit de musique et je ne sais pas si ce sera un jour un véritable objectif. C’est vrai que cela m’attire de plus en plus mais davantage pour comprendre que pour mener une carrière ! J’ai des idées assez concrètes de choses que je voudrais essayer et le côté technique que j’expérimente d’une certaine façon via le montage radio me fascine. Deux de mes amis ont déjà essayé de me forcer à installer Ableton sur mon ordi. Mais hors de question que je le fasse avant que ma thèse ne soit terminée !

Quelles sont tes références musicales ?
Grande question. Mais peut-être que ma réponse va permettre de les englober toutes (les références). J’écoute l’émission hebdomadaire d’Hessle Audio sur Rinse depuis des années ! Je m’étais inscrite sur Twitter pour pouvoir interagir (c’est-à-dire être verrouillée) et c’est de ce pseudonyme que vient mon nom de DJ – impossible d’y échapper, hélas ! Ben Ufo et Pearson Sound alternent au micro et aux platines et invitent les DJs dont ils se sentent proches. Le label qu’ils ont fondé avec Pangaea, Hessle Audio, est très influencé par le dubstep ou les genres de musiques club affiliés. Aujourd’hui, leurs références sont incroyablement larges. S’ils jouent majoritairement de la house et de la techno, Ben Ufo est capable de faire un set d’au moins deux heures de jungle et drum’n’bass. Dans l’émission, ils jouent absolument de tout ! Le show peut s’ouvrir sur un vieux truc disco africain, passer par du kuduro et de la dancehall pour se terminer sur un obscur morceau de drone. L’émission n’est pas ma source exclusive de découverte musicale mais dans l’esprit comme dans l’attitude, c’est une référence importante !

Le fait que Ben Ufo et Pearson Sound soient tous les deux programmés au festival cette année est une grande chance pour les rennais et je suis très émue d’être invitée sur la même édition qu’eux.

Tu mixes aux vinyles ou au numérique ? Tu préfères quoi et pourquoi ?
Je mixe uniquement sur vinyle mais c’est plus par accident que par conviction. Je ne me serais jamais mise à mixer si je n’avais pas commencé à collectionner des vinyles. Me retrouver face à des gens, être le centre de l’attention, promouvoir mes activités musicales, tout ça n’est pas du tout naturel pour moi. En revanche, chercher et collectionner a très vite été une addiction. Ensuite, j’ai voulu comprendre comment assembler les pièces de l’ensemble que je façonnais. Après la frustration initiale liée à l’apprentissage technique, je me suis vite prise au jeu.

M’amuser à se faire rencontrer des disques que j’avais patiemment choisis a été super révélateur et m’a fait comprendre beaucoup de choses sur la musique, sur l’écoute.

Il y a aussi un plaisir peut-être superficiel, mais pour moi essentiel, lié à l’existence physique de l’objet. Par exemple, j’écris des petites notes sur les pochettes de mes disques. Une autre des mes obsessions consiste à trouver la meilleure manière d’organiser ma collection ce qui n’est pas simple car j’achète de la jungle comme de la deep house, du field recording mais aussi de la techno, des compils de locked groove et des sept pouces de funk. Je me rends compte que même si c’est absolument chronophage, c’est un moyen pour moi de penser le son : Pourquoi ai-je acheté ça ? Quand aurait-on envie d’entendre ceci ? Avec quoi irait celui-là ? Comment décrire ou qualifier celui-ci ? Tout ça m’est un peu tombé dessus et j’aimerais parfois pouvoir économiser de l’argent sur un PEL ou passer du temps à faire des trucs plus écolos que collectionner des galettes de plastique. D’ailleurs, pouvoir mixer sur clés est aussi un de mes fantasmes et ce pour tout un tas de raison. Pourriez-vous donc svp vous cotiser pour m’acheter une (voire deux) CDJ ? Mon anniversaire est dans onze mois, ça vous laisse un peu de temps.

Il y a un artiste avec qui tu aimerais mixer ?

J’aimerais mixer avec Knappy Kaisernappy car c’est une des rares personnes qui m’entoure qui essaye de penser le mix autrement qu’à partir du beat matching.

J’aimerais aussi un jour, mixer avec le DJ parisien Oxyd, qui est une de mes idoles.

Tes mix changent selon les soirées et le public, mais as-tu quand même une identité sonore bien à toi ?
J’aime bien les lignes de basses profondes et les percussions pas pareil.

Une question un peu plus politique et sociétale : en tant que femme, ressens-tu des différences de traitement, d’écoute dans le milieu électro ?
Oui. Cette question est un peu paradoxale puisqu’elle contient en elle-même sa propre réponse. On ne demande pas à mes potes mecs qui mixent s’ils ressentent une différence. D’un point de vue social ou médiatique, cette différence est sinon interrogée, du moins remarquée. Je me suis également retrouvée dans des situations où on me renvoyait à cette différence lorsque j’animais mon émission de radio et que je faisais des interviews. Ce n’était pas systématique mais c’est arrivé. Ainsi, je pourrais te renvoyer la question « en tant que femme, ressens-tu des différences de traitement dans le milieu musical ou médiatique ? » Nous n’avons pas toutes le même rapport à notre féminité ou à la question de genre en général. Nous ne faisons pas toutes face aux mêmes types de situations que cela implique. Je peux donc difficilement parler au nom de toutes les femmes qui passent des disques ou prétendre que mon parcours et mon ressenti soient exemplaires. Cela dit, je comprends d’où vient ta question et je sais que quelque part, c’est une bonne chose qu’on se la pose. Depuis un certain temps, on traverse une phase intéressante concernant les questions de genre et l’expression artistique. Le débat est présent et les acteurs de la culture en ont conscience. Mais il y a des répercussions parfois ambigües. Il m’est arrivé qu’on envisage de me programmer parce que je suis une fille ce qui s’associe pour ma part à un sentiment d’illégitimité alors même que l’initiative est censée réparer ce déséquilibre. Il devient difficile de savoir si un mec (programmateur, producteur, DJ, etc.) sollicite une femme parce qu’il croit en ce qu’elle fait, incarne et diffuse ou pour se racheter une conscience et bénéficier des impacts positifs que cela pourrait susciter. Aujourd’hui, lorsqu’un festival invite plus de femmes qu’un autre, il rédige un communiqué de presse révélant ce « visage féminin » comme s’il méritait des câlins en conférence de presse et des pouces sur les réseaux sociaux.

La génération qui m’a précédée s’est battue pour que les femmes aient une place derrière les platines. La mienne devra se battre pour prouver qu’elle y est pour les bonnes raisons.

L’émission Track/Narre sur CanalB ne te manque pas ? J’ai entendu dire que tu faisais la même chose sur une radio berlinoise ?
Si bien sûr que Track/Narre me manque. En effet, depuis plus de six mois, j’ai une mensuelle sur Cashmere Radio, une nouvelle radio à Berlin. Cashmere est le projet d’une bande d’amis qui organisait des soirées dans leur garage. Ils ont commencé à diffuser la musique qu’ils y passaient sur internet et progressivement une communauté s’est créée. Plus qu’une radio, c’est un espace de vie. Le studio ressemble à un bar. On peut y aller pour retrouver ses potes, se poser dans les canapés, boire d’excellents cocktails et bien sur écouter les DJs qui diffusent en live. J’y suis allée l’hiver dernier pour voir une émission avec Burnt Friedmann dont je suis très fan. J’ai rencontré l’équipe et rapidement j’ai pris un créneau mensuel le mardi soir de 22h et minuit, juste après les très talentueuses Johanna Knutsson et Kate Miller. L’émission s’appelle Fictions, j’y joue des samples que je découpe dans des émissions ou des films mais aussi et surtout les disques que j’achète ou les promos qu’on m’envoie. On peut écouter une émission ici : https://www.mixcloud.com/CashmereRadio/fictions-w-gigsta-5-07092016/

Une fois par mois, tu invitais Calcuta dans ton émission. Ce sont des retrouvailles au festival Maintenant ou vous avez continué à travailler ensemble régulièrement ?
La première année, j’animais Track/Narre toute seule ce qui signifiait 90 minutes d’émission à produire par semaine ! Puis, j’ai commencé à me déplacer à Berlin pour mes recherches et j’ai demandé à Anthony (Calcuta) et Mateo (Carlton) de prendre une mensuelle chacun. Ca a été le début d’une super collaboration mais aussi d’une belle amitié. Ils sont venus me voir à Berlin, lorsque je rentre en Bretagne, j’essaye de les voir et on se parle quasiment tous les jours. Je ne sais pas si on peut considérer cela comme du travail mais Anthony et moi échangeons pas mal de musique. On s’achète des disques par exemple ! Il m’a récemment offert le dernier EP de Ringard avec un artwork de Mioshe. Pour ma part, le dernier que je lui ai offert est un YYYY. J’espère qu’on pourra le jouer au Théâtre du Vieux Saint Etienne !

Tu joueras donc avec Calcuta le samedi 15 octobre pour l’ambiance électronique 5 de 20h00 à minuit au QG du festival (Théâtre du Vieux St Etienne). Comment s’est faite la rencontre avec electroni[k] ?
La rencontre avec electroni[k] s’est plus ou moins faite via Anthony (Calcuta) qui travaillait à la communication et je l’avais rencontré pour un partenariat avec Track/Narre. Et oui tout est lié ! Je connaissais déjà un peu d’autres membres de l’équipe mais pour d’autres raisons. La programmation musicale du festival a toujours été plus ou moins en accord avec ce que je faisais dans mon émission. Cette année, j’ai aussi rédigé et enregistré une émission pour le festival qui a été diffusée sur Résonance FM.

Vous pouvez écouter l’émission ici : https://www.mixcloud.com/resonanceextra/shape-festivals-hour-ft-maintenant-festival-1st-august-2016/

Parlons de la scène rennaise que tu dois toujours suivre de loin.

Ton dernier coup de cœur rennais ?
DJ Volunteer.

Tu aimais sortir où à Rennes pour écouter du bon son ?

J’aimais sortir dans les soirées Midi Deux car ils ont non seulement des beaux line-ups mais aussi des line-ups bien pensés.

Les affiches cohérentes sont souvent faites par des gens qui sont non seulement bien informés mais qui sont aussi des danseurs ! J’ai fait mon premier vrai podcast pour eux. Ce qu’ils ont fait à Rennes a été important pour moi.

Podcast Midi Deux : https://www.mixcloud.com/MidiDeux/podcast-180-gigsta/

Et j’ai bien envie de te demander la même chose sur Berlin. Quels sont les artistes berlinois que tu aimes particulièrement et quel est ton dernier coup de cœur ?
C’est une question compliquée car je ne sais pas trop ce que « berlinois » veut dire aujourd’hui. La scène que je côtoie est faite de gens qui sont de passage et qui comme moi, ont souvent vécu dans un ou plusieurs autres pays avant d’y emménager. Beaucoup d’artistes que j’admire énormément résident aujourd’hui à Berlin. Je vais formuler ça comme ça : la dernière belle surprise musicale que j’ai découverte ici et que je n’aurais peut-être pas pu faire ailleurs est Darwin. Je connaissais un peu son projet car elle anime une émission sur Cashmere et elle a fondé le label SPE:C. Je l’ai vu jouer un matin lors d’une soirée LOCKED et cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un DJ qui mixait des morceaux breakés avec de la techno, en prenant des risques, en tenant compte de son public et en prenant elle-même autant de plaisir.

Merci Noëmie.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Anthony Bogas Da Costa

Tumblr de Gigsta : http://noem-verm.tumblr.com

FESTIVAL MAINTENANT
Gigsta jouera avec Calcuta le samedi 15 octobre pour l’ambiance électronique 5 de 20h00 à minuit au QG du festival (Théâtre du Vieux St Etienne) Gratuit

Tout savoir sur le festival Maintenant > http://www.maintenant-festival.fr

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