[FESTIVAL MAINTENANT] Le Comte

Le Comte - Session live @ Studio Paradis

Le festival Maintenant au casting international ne manque pas tous les ans de promouvoir et valoriser la scène rennaise. Cette dernière représente en effet près d’un tiers de la programmation. Un tiers qui témoigne de la richesse culturelle de notre capitale bretonne. Aujourd’hui, Le Comte nous parle de son projet, de son univers, de ses influences.

Rencontre avec Le Comte

Tu as toujours voulu faire de la musique ? Ta maman jouait de la guitare, toi aussi. Comment es-tu arrivé à faire de la musique électronique ?
J’ai commencé assez tôt, en effet, par le piano puis la guitare. J’ai commencé à enregistrer mes premières démos à l’âge de 16 ans, de longues plages jouées à la guitare et noyées dans la reverb, pas mal d’expérimentations diverses, etc… Gros fan de Sonic Youth, j’ai tout essayé : des aimants sur mes micros, gratter les cordes avec un ventilateur… D’ailleurs mon premier ampli guitare a pris feu dans ma chambre, alors que je le martyrisais depuis deux heures en faisant des larsens avec trois pédales de disto les unes à la suite des autres. La musique électronique est arrivée un peu par hasard.

Je commençais à mettre de la boîte à rythme dans mes démos, écoutais de plus en plus d’artistes électroniques, et suis tombé sur un vieux synthé semi modulaire dans un dépôt vente. Je n’y comprenais rien, mais je l’ai acheté parce que j’étais fasciné par tous ces boutons.

Le début d’une grande histoire d’amour ! Je l’ai toujours, et il m’a suivi sur toute la première tournée de Juveniles.

« Everything changes permantly. How boring if it wouldn’t. » de Klaus Schulze. Tu peux nous parler de cette phrase ?
Je peux te répondre avec une autre citation, de Richard Devine ce coup-ci :
« To me the modular sound is something that is organic and changing constantly, even if you play a repeating single note with an analog oscillator you will hear slight changes and fluctuations. Then take this idea and multiply the outcome when you use a larger system with other analog and digital hybrid modules. Patching them into each other creates this interactive electrical network. The patch becomes this ever changing larger entity that evolves and mutates. The sound is not exact but always slightly drifting, unpredictable, and moving »
Ces synthés sont presque vivants, selon comment on les patche. Quand je répète, il peut m’arriver de laisser un drone tourner pendant dix minutes, juste pour écouter comment il évolue, toutes les étapes par lesquelles il va doucement passer.

Qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce projet solo, toi qui vient des Juveniles ? Tu reviens finalement aux sources avec ce projet non ?
Ça faisait quelques temps déjà que je recommençais à enregistrer des morceaux tout seul, avec l’envie de les sortir sans pour autant considérer cela comme un projet à faire vivre de lui-même. Puis Jean-Sylvain, chanteur de Juveniles – avec qui je mixe mes morceaux et qui réalise mes vidéos – m’a incité à me pencher plus sérieusement dessus.

Je reviens aux formats et aux sons qui me sont les plus naturels oui. J’ai décidé d’aborder ça sans aucune contrainte et je suis toujours aussi surpris des excellents retours que j’ai pour l’instant.

Tu t’étais déjà essayé à l’Ambient Electronica avec Monogram. Tu définirais ton projet Le Comte de la même façon ? De l’ambient Electronica ?
J’avoue que je ne sais jamais tellement quels mots poser sur ce que je fais, et je pense qu’on est pas mal de musiciens à être embêtés avec ça. Je pourrais parler de post-rock aussi, presque de pop ou de comptines. Bref, je crois que tous ces mots vous sont plus utiles à vous qu’à nous (rires), et en tant que créateur on a rarement le recul nécessaire pour avoir un vrai regard analytique sur ce qu’on fait.

Tu feras une master class le 24 septembre prochain à Quimperlé avec comme sujet « Comment créer un morceau à partir de rien ». C’est un nouvel exercice pour toi ?
Pas complètement. Electroni[k] m’avait invité à faire un ensemble de conférences l’année dernière aux champs libres, et c’était à ce moment-là une grande première. J’ai depuis essayé de rendre cela un peu plus ludique, d’y intégrer un peu plus de musique pour illustrer toutes ces théories parfois indigestes… Mais c’est un format et un exercice que j’aime beaucoup et dans lequel je me sens plutôt à l’aise, je pense donc continuer à développer cet aspect du projet.

Donc, pour ceux qui ne pourront pas assister à cette master class, comment se passe la lente construction d’un patch qui mène d’un ensemble de sources en apparence abstraites à un véritable morceau ?
La dernière master class durant près de deux heures, je me verrais assez mal la résumer en quelques lignes (rires). Et là je n’ai pas mon paperboard.

Mais c’est un peu comme de la poterie : tu mets les mains dedans, tu tentes des formes, rates deux trois trucs, te mouilles les mains à nouveau et recommences. Il y a une part de maîtrise, de technique, de lâcher-prise, d’erreurs et d’heureux hasards, comme dans tout artisanat.

Quand on regarde ton clip Eva, on te voit créer ce morceau. Cette vidéo explique comment tu travailles. On y voit tout ce travail de réglages de sons, la façon que tu as de garder ou pas certains sons, certaines imperfections. Tu aimes travailler avec tous ces petits défauts ?
Je ne souhaitais pas forcément que cette vidéo explique quoi que ce soit. On me voit travailler, en effet, mais je la prenais plus comme une sorte de teaser de l’expérience que je souhaite développer en live. Mais oui, j’aime garder certains défauts, et même parfois les mettre en avant. J’ai beaucoup écouté de LoFi, et j’ai toujours trouvé que les imperfections de la première prise apportaient souvent une sensibilité qui ne se retrouvera jamais sur les prises suivantes. Ça ne veut pas dire pour autant que je n’en fais jamais plusieurs, mais je garde souvent une partie de la toute première ébauche du morceau, la première trace fondatrice, qui a posé les bases pour toute la suite.

Quelles ont été tes influences pour composer ton EP « Chaleur et mouvement » ? Comme le souligne un journaliste des Inrocks : « Un peu de Air, un peu de Para One et surtout, beaucoup de talent. «
J’avoue que j’ai été très surpris par la comparaison avec Para One. Bon après je n’ai pas écouté ce qu’il a fait dernièrement… une BO à base de modulaires justement, il faudra que j’y jette une oreille !

C’est clairement la découverte récente d’Alessandro Cortini, claviériste de Nine Inch Nails, qui m’a poussé à me replonger dans une approche plus sensible de la musique sans me soucier des attentes d’un éventuel public.

Au niveau des harmonies, j’emprunte aussi bien à Mogwaï et Grandaddy qu’à Sonic Youth, même si ça doit être moins évident à remarquer.

Il raconte quoi cet EP ? Il parle de ton rapport aux femmes ?
Il parle plus de la période qu’on traverse après une rupture difficile, des nouvelles relations qu’on va traverser, qu’on va saboter, qu’on va laisser sur le bord de sa propre route. Il relate une période de grande solitude ponctuée de rencontres incroyables, d’histoires qui aurait dû être mais ne seront jamais.

Pour les amoureux de ton EP, est-ce que tu prévois une sortie physique ?
Dès le début cet EP a été réfléchi comme un vinyle, chaque face racontant sa propre histoire. J’espère que j’aurai l’occasion de le sortir en physique oui.

Tu seras programmé le samedi 15 octobre dans le cadre du festival Maintenant. Je crois que tu joueras sous le très beau projet du japonais Yasuaki Onishi « Reverse of Volume » aux Champs Libres. Comment s’est faite la rencontre avec electroni[k] ?
Elle s’est faite il y a un bon bout de temps maintenant, vu que j’ai rencontré Cyril Guillory (coordinateur général du festival) au lycée, que j’ai été son colocataire pendant trois ans, et que c’est durant cette période que nous avons monté ensemble le projet Monogram avec notre autre très bon ami Sylvain Ollivier, qui habitait aussi avec nous. En plus l’album de Monogram est sorti sur l’ancien label de Gaétan Naël (président de l’association electroni[k]), « Peter, I’m Flying ! ». On parle presque d’un petite famille en l’occurrence !

Tu parles souvent d’improvisation dans tes morceaux. On peut s’attendre à quoi avec Le Comte en live ? Un set totalement différent à chaque fois ?
Pas totalement différent non plus. Mais même s’il y a un fil rouge assez souvent tracé pour mes sets, j’essaie de me laisser un peu porter par le truc, d’oublier le jeu, les contraintes techniques, le public, et de partir dans une grande balade musicale sans me poser de questions. Les plages sont assez longues, et le rythme étiré de celles-ci est assez important. Si je me précipite trop, on n’a pas vraiment le temps de se laisser bercer par les titres, et si je prends trop mon temps, une forme de lassitude peut s’instaurer. J’essaie donc de ne pas trop y réfléchir, de me laisser emporter par le moment, le lieu, l’ambiance, et de prendre possession de tout cela par le biais de l’espace sonore.

Mais je teste aussi très souvent mes nouveaux titres en live avant de les enregistrer, afin de voir justement leur impact et leur façon de vivre.

Parlons un peu de la scène rennaise.

Quels groupes rennais tu écoutes en boucle ?
Mermonte, Clarens, Manceau, Her, In Love With A Ghost, La Honte et Mils, dont je ne me lasserai jamais.

Ton dernier coup de cœur rennais ?
Timsters, le nouveau projet de Julien de Manceau. C’est simple, c’est beau, sensible et froid à la fois. Ce premier titre m’a particulièrement touché et je suis très impatient d’entendre la suite !

Tu aimes aller où pour écouter de bons concerts sur Rennes ?
J’adore les soirées du label Consternation, soirées semi pro / semi privées, généralement organisées dans des lieux atypiques de Rennes, des ateliers d’artistes, etc… Ils ont une vraie démarche artistique, et programment énormément de vrais lives électro qui vont aussi bien d’expérimentations sur cassettes audio à des lives sur machines qui tapent beaucoup plus. Je connais rarement plus d’un artiste de la soirée mais sais que je peux m’y rendre les yeux fermés et serai à chaque fois agréablement surpris.

Merci Christophe.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Jean Sylvain Le Gouic

FESTIVAL MAINTENANT
Le Comte jouera le samedi 15 octobre à 17h30 aux Champs Libres, salle Anita Conti. Gratuit

Tout savoir sur le festival Maintenant > http://www.maintenant-festival.fr

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