Girls in Hawaii : « la maturité te permet de voir un peu plus ce qui se passe autour de toi. »

Girls in Hawaii

Leur 5ème album « Nocturne » est sorti en septembre dernier, 4 ans après le magnifique « Everest »…

Rencontre avec Daniel et François quelques heures avant leur concert à Rennes.

Tous vos albums sont des photographies de ce que vous vivez. Nous connaissons tous l’histoire tragique de « Everest ». Qu’est-ce qui vous a inspiré pour « Nocturne » ?
Daniel : pour « Everest », la thématique était assez lourde, on avait donc envie de quelque chose de plus léger pour cet album.

On a voulu laisser venir les idées et ne pas avoir un sujet précis qui impose peut-être trop de choix musicaux. On voulait des arrangements un peu plus minimalistes.

François : on voulait aussi mettre les voix très en avant et aller vers des compositions un peu plus synthétiques.

Effectivement, l’univers de cet album est plus léger. On y retrouve quand même un thème je trouve : celui de la nuit, de l’intime, du rêve, de la créativité qui naît de la nuit.
François : Antoine et Lionel ont fait de l’hypnose. Ils ont eu cette même démarche à une semaine d’intervalle sans se concerter. Ces séances ont déclenché pas mal de choses chez eux, ils sont allés chercher des choses dans leurs rêves, dans leurs subconscients.

On a eu la musique très vite mais on ne savait pas de quoi on allait parler au départ, les séances d’hypnose d’Antoine et de Lionel ont amené le sujet. Tout est parti de ça !

Je trouve aussi que vos textes sont plus sociaux, plus sur le monde et moins sur vous. Vous parlez même du petit Aylan dans « Blue Shape », vous allez donc jusqu’à avoir des textes politiques dans cet album ?
François : c’est moins introverti que d’habitude. C’est assez paradoxal quand on pense qu’on est allés fouiller dans l’inconscient.
Daniel : l’âge joue aussi. A vingt ans, on est peut-être un peu plus tournés vers soi.

La maturité te permet de voir un peu plus ce qui se passe autour de toi. Les batailles que tu dois faire avec toi même sont faites, ça te laisse plus de temps pour te tourner vers le monde.

François : la politique, c’est quelque chose qu’on a absolument jamais fait. Après, il n’y a pas non plus de volonté politique dans notre album. On ne sera jamais un groupe politique avec des gros slogans. Que ce soit dans les paroles, la pochette ou la musique, on aime bien laisser à notre public la possibilité d’avoir plusieurs niveaux de lecture, de se retrouver à sa manière. On évite les sujets trop univoques.

Comme vous le disiez précédemment, vous avez des sonorités plus électroniques, je pense notamment au titre « Walk ». Pourquoi ce changement ?
Daniel : ça fait plus de 15 ans que nous existons. Si tu veux que la musique et le groupe t’excite toujours autant, il faut faire autre chose, essayer autre chose, sinon tu t’ennuies. C’est bon de se surprendre et de surprendre aussi le public.

Moi j’aime bien les groupes qui essaient de se réinventer, de tenter autre chose, de prendre des risques, tout en gardant évidemment l’ADN du groupe.

Chez nous, il y a toujours cette mélodie forte, basée sur la voix. C’est important pour nous de ne pas toujours réchauffer la même recette.
François : nous avons un public très fidèle. Il y a eu quelques réactions quand « Walk » est sorti mais en même temps c’est aussi un peu le but, faire réagir. Les fans de la première heure peuvent s’y retrouver dans le disque avec d’autres titres. On n’a pas changé radicalement de style non plus.

La pochette de Nocturne est du peintre anglais Tom Hammick. En quoi ce tableau a inspiré l’album ?
Daniel : le choix de la pochette est venu après la création de l’album. On trouvait qu’elle correspondait assez bien à l’univers qu’on voulait avec notre musique. Il y a l’ambiance de la nuit mais c’est quand même lumineux, le tableau est un peu bizarre et en même temps figuratif. C’était comme une évidence quand on est tombés sur ce tableau. Pour nous, le visuel est très important. L’art visuel, la peinture, la photographie, ce sont des arts qui nous inspirent, qui nous parlent.
François : Lionel et Antoine, les deux compositeurs du groupe, ont cherché un peu partout et ont pas mal galéré pour trouver cet artiste.

Lionel et Antoine sont fans de David Hockney mais il est complètement inaccessible.

Ils ont trouvé son jumeau un peu plus nocturne. Tom Hammick était super accessible et super enthousiaste. On ne sait jamais comment l’artiste va réagir.
Daniel : oui, par exemple, pour « Everest », on a fait appel à un artiste Belge Thierry De Cordier. Il vit complètement coupé du monde, il passe sa vie à peindre et il n’a jamais souhaité nous rencontrer. Il n’a pas de téléphone, pas internet. On lui a donc écrit une lettre qu’on a donné à son galeriste, la seule personne en contact avec lui. C’est intéressant de voir à chaque fois la réaction de l’artiste, de trouver un langage commun pour collaborer ensemble.

Comment se passe l’écriture des morceaux ? C’est Antoine et Lionel qui co-écrivent ? J’ai entendu dire qu’ils faisaient ça chacun de leur côté et qu’ensuite ils mettaient en commun. Je crois même qu’ils se donnaient des défis pour la composition de cet album non ?
François : oui, c’est vrai. Ils ont essayé de ne pas passer trop de temps sur les morceaux pour ne pas se prendre la tête. Effectivement, ils font ça chacun de leur côté et ils se donnaient des défis.

Par Skype, l’un disait à l’autre : « j’ai fait cette compo à la guitare, tu me fais les paroles pour 16h aujourd’hui ».

Ils faisaient des petits jeux pour s’encourager, pour créer une animation, pour se motiver à aller au bout des choses et pas juste empiler des idées.
Daniel : au début ils faisaient des maquettes déjà très abouties, quasiment finies. Pour « Nocturne », et aussi pour « Everest », ils sont arrivés avec des maquettes beaucoup plus ouvertes, cela donne beaucoup plus de place pour le reste du groupe pour travailler sur le reste de l’enregistrement. Parfois, ils donnaient juste des mélodies et des accords et on faisait le reste. On a voulu privilégier l’aspect un peu fun au studio, ne pas refaire juste au mieux la démo, mais créer aussi tous ensemble. On a eu le temps de chercher, de faire des expériences, de provoquer des choses.

Vous réfléchissez dès le départ à comment vos chansons vont rendre sur scène ?
François : quand on est en studio, on est en studio, on réfléchit vraiment au morceau avant tout. On n’est pas encore dans la prévision du live, on ne se pose pas de questions par rapport à la scène. C’est un travail qu’on fait ensuite. On travail notre live entre la fin des enregistrements et le début de la tournée. Il y a un gros travail d’adaptation de la matière du studio au live.

Daniel : à la fin de la création de l’album, la boîte de production a encore 6 mois de travail pour préparer la sortie, on utilise ce temps là pour travailler notre live.

C’est important l’ordre des chansons ? Pourquoi avez-vous choisi ces 10 titres ? J’imagine que vous en aviez enregistré plus non ?
François : on en avait 15 mais on ne voulait pas faire un album long et chiant (rires), on en a donc pris 10. C’est douloureux parce qu’on aimait bien tous nos morceaux. Mais tu te rends compte que certains morceaux ne fonctionnent pas avec les autres.
Daniel : avec chaque album on essaie d’avoir une certaine dramaturgie, une petite histoire.

Changer l’ordre des morceaux peut radicalement changer l’atmosphère, le flow. « Nocturne » est un album à écouter jusqu’au bout, il est très homogène, il y a une unité de sens qui s’en dégage.

Après, chacun fait ce qu’il veut !

Vous tournez beaucoup, en France, en Belgique, en Allemagne et peut-être ailleurs. Le public est différent selon les pays ? Vous modifiez votre set en fonction ?
Daniel : on essaie parfois de faire des sets différents pour voir si ça fonctionne ou pas. La semaine prochaine, on va jouer à Bruxelles deux soirs à suivre dans la même salle, ça pourrait être drôle de le faire à cette occasion pour voir si ça change beaucoup de choses. C’est facile aujourd’hui de s’adapter à une ville, à ce que le public de telle ville écoute puisqu’on sait tout sur internet mais on ne fait pas ça, c’est beaucoup trop marketing comme démarche.
François : mais il y a quand même des différences. En Allemagne, les gens dansent, en France, ils sont plus dans la contemplation, ils écoutent beaucoup.

En Bretagne, le public est toujours très bon, il participe, il fait du bruit, il parle, il partage l’enthousiasme. On adore jouer en Bretagne !

La scène belge actuelle est beaucoup prise par le rap et le hip hop. Comment ça se passe pour vous ? Vous trouvez votre place ?
François : on est les derniers survivants de la vague du rock belge du début des années 2000. On fait figure de dinosaures aujourd’hui quand on voit ce qui accapare les médias mais on s’en porte pas plus mal puisque pour nous ça ne change pas grand chose puisque ça n’est pas notre public.
Daniel ; ça me fait penser à l’époque du rock belge où il y avait aussi une excitation des médias, c’est pareil en fait.

Les groupes de rap et de hip hop belges sont en train de vivre ce qu’on a vécu il y a 20 ans.

François : il y a aussi eu le phénomène Stromae qui a complètement pris toute l’attention des médias. Nous on trouve toujours notre place, on ne touche pas le même public. On a un public vraiment super fidèle. Il sera toujours là ! C’est la première fois qu’on fait plein de dates complètes.

Vous auriez des groupes belges à nous conseiller pour mettre dans nos casques ?
Daniel : les BRNS forcément, Robin Millions, un groupe un peu fou qu’on aime beaucoup, les Soldout, qui jouent avec nous ce soir.
François : moi j’adore Fùgù Mango, leur disque est incroyable, très années 80, du groove avec des influences africaines, j’ai participé à cet album en y faisant les synthés.

Merci Daniel et François

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Olivier Donnet

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