Une icône au Grand Soufflet avec Little Bob Blues Bastards

Little Bob © Charles Dutôt

Hier soir, le Grand Soufflet avait invité Little Bob Blues Bastards. Une soirée placée sous le signe du blues avec le duo Gotti Henaux juste avant. Moment assez rare, Roberto Piazza nous a accordé un petit moment pour discuter de sa carrière.

Rencontre avec Roberto Piazza

Avec Little Bob Story tu es devenu une véritable icône du rock n’roll, tu as énormément joué outre-manche. Finalement tu te tournes plus vers un univers blues, tu retournes à tes origines. Pourquoi ?

Je fais du blues batardisé. Sur mon premier album sorti il y a 40 ans il y avait un morceau des Howlin’ Wolf, il y avait aussi un titre des Animals qui est aussi un groupe très inspiré par le blues black américain donc oui je reviens à mes racines.

Mais bon, je fais du blues batardisé rock n’roll, il est un peu voyouté, tout simplement parce que je ne peux pas oublier ce que je suis, un chanteur de rock n’roll ! Le blues m’a toujours inspiré, depuis le début de ma carrière, depuis que je pense à faire de la musique. Avec les Blues Bastards j’ai en effet voulu faire un truc un peu différent mais en gardant, ou en essayant de garder, mes musiciens de Little Bob Story. J’ai gardé le guitariste et le contrebassiste qui jouait dans Little Bob avec moi depuis 25 ans.

Tu es arrivé à l’âge de 12 ans au Havre, il faisait froid, tu venais d’Italie. C’est peut-être aussi ça qui t’a donné le blues ?
Ah le blues au Havre… C’est une ville portuaire et ouvrière, un peu triste, un peu dure. Les pavés sont salis par la pollution des usines. Le vent était froid, il pleuvait. Moi je venais d’une ville du Nord de l’Italie où il faisait beau, je jouais au foot dehors avec mes potes. L’arrivée au Havre a été difficile et effectivement j’ai eu le blues tout de suite. Cela m’a peut-être inconsciemment orienté…

Le premier album de blues qui t’a marqué, que tu t’es acheté ?
Je m’en souviens très bien. J’allais acheter le dernier 45T des Stones à l’époque où il y avait de vrais magasins de disques au Havre. Le disque n’était toujours pas arrivé.

La vendeuse était embêtée et elle m’avait conseillé le disque des Howlin’ Wolf. Elle ne s’était pas trompée. Pour moi c’est le meilleur disque de blues.

Il y en a plein d’autres de très bons disques, mais celui-ci m’a beaucoup marqué. Il y a aussi les disques de Robert Johnson, Fred McDowell, John Lee Hooker. Il y a tellement de bons bluesmen. J’aime surtout les disques roots, delta blues, delta soul.

C’est Elvis, Little Richard, les Animals, comme tu l’as précédemment dit, et les Small Faces qui t’ont ouvert la voie ?
Oh oui certainement ! Dernièrement, j’ai lu un bouquin sur Elvis. Quand il était môme il n’avait pas le droit d’aller dans les clubs noirs. Il essayait toujours d’écouter coûte que coûte dehors. Il est à moitié indien dans son sang, il a un côté un peu black qu’on ne retrouve pas forcément dans ses ballades sirupeuses mais dans ses premiers albums. Je ne pouvais pas rester insensible à cela.

Ensuite, j’ai vu Little Richard et là cela a été le BOUM pour moi, la révélation.

Au niveau des anglais, j’aimais beaucoup les Stones mais aussi comme tu dis, les Animals, les Small Faces qui étaient plus branchés blues et qui reprenaient beaucoup les standards des bluesmen noirs américains.

C’est quoi pour toi le blues ? La souffrance en musique ?
C’est beaucoup de ressentis. Les blacks racontent leurs vies, les choses drôles et légères mais aussi les choses tristes. C’est plus souvent des sujets tristes. Ca l’est encore aujourd’hui. Quand on voit ce qui se passe aux Etats-Unis, quand tu es black et que tu es suspect dès que tu mets ta main dans la poche et qu’on te tire dessus… Mais bon, on ne va pas parler de l’Amérique, ils m’énervent. Quand je vois qu’il y a autant de monde pour voter Donald Trump, je ne peux pas admettre cela, ça me fait peur. Et puis, leur lobby des armes à feu…

J’ai une chanson « Only liars ». Le couplet fait « they talk about peace and they sell their guns ». Et oui, ils parlent de paix mais ils vendent des armes.

Malheureusement la France fait pareil. C’est les boules. Le pays des droits de l’Homme… c’est même pas respecté. En ce moment, l’actualité est très féroce, comme une sensation de guerre froide qui commence à s’installer.

Poutine, Erdogan, Bachar el-Assad… Tout ça me file les boules, tout ça me file le blues…

C’est en 2012 que tu montes un nouveau groupe de blues avec tes Blues Bastards. Tu en as déjà cité mais qui sont-ils ?
Il y a mon neveu Jérémy mais il ne jouera pas ce soir avec nous. Il joue aussi dans un groupe de jazz et comme cet univers est beaucoup plus aidé que le rock n’roll il a choisi de jouer avec eux ce soir, c’est normal. Mais j’ai un super remplaçant, Mathieu, qui joue avec nous à chaque fois qu’on vient sur Rennes, comme à Transat en ville. Au Mondo Bizarro c’était mon neveu donc non il ne le remplace pas à chaque fois sur Rennes finalement. Mathieu est un peu plus rock que Jérémy. Jérémy est un peu plus swing et je tiens à ce que ça swingue tout le temps pour que les gens aient envie de bouger tout en racontant mes histoires sérieuses. Il y a aussi Bertrand le contrebassiste, il vient du jazz aussi, il joue dans des big band de jazz. Bertrand joue avec moi depuis 25 ans. J’ai demandé à Gilles de jouer avec nous. Il jouait déjà dans Little Bob Story, ça fait donc 35 ans qu’on joue ensemble. C’est un rockeur, un riffeur à la Keith Richards, il joue en open tuning. Je le voulais avec moi pour ce nouveau projet car il envoie des trucs qui sont surprenants. J’ai un super clavier aussi mais il n’est pas avec nous sur toutes les dates. Ce soir il ne sera pas là. Il vient aussi du jazz. Et il y a enfin Mickey BLOW, il a joué avec les Stunners, un groupe de rock n’roll plutôt rythm’n blues français. Il est donc très branché soul et blues. Il a aussi joué avec Johnny Thunders, Dick Rivers… Avec toute cette équipe, j’ai commencé à écrire et on a arrangé tous ensemble. Notre premier album est sorti en octobre 2013, il s’appelle « Break down the walls ». Casser tous les murs… je sentais déjà que les murs étaient autour de nous.

En 2015, tu as sorti ton 2ème album « Howlin «  avec cette formation. Tu peux me parler de cet album ? Quels changements avec le 1er ?
C’est une suite logique. Le groupe est de mieux en mieux, ça crache le feu et en même temps ça peut faire des nuances incroyables que je n’avais pas forcément avant.

Tu en penses quoi de la scène blues française ? Il y a de bons guitaristes de blues en France ?
Oui il y a plein de bons groupes ! Mais j’essaie de faire un truc un peu différent.

Blues Bastards parce qu’on batardise notre blues.

J’ai pas envie de faire le même blues que tout le monde et ça n’est pas la peine puisqu’il y a plein de personnes a le faire déjà très bien. En plus, j’ai un côté rital, on peut retrouver ce petit côté latin dans ma façon d’écrire, dans ma manière de chanter. On fait des ballades, on raconte la vie, il faut se battre dans la vie, personne n’est né pour perdre.

Ton 1er single « Don’t let me be misunderstood «  est sorti en 75. Tu as 25 albums à ton actif, 40 ans de carrière… Plus de 300 concerts outre-manche ! Tu en gardes quoi comme souvenir ?

Aujourd’hui, c’est moins facile d’aller jouer en Angleterre. Ils paient très difficilement les musiciens. On sait que quand on y va, on perd de toute façon de l’argent. Mais on va y retourner, ne serait-ce que pour prendre son pied ! En Angleterre, on est partis des pubs, des petits clubs pour arriver à jouer dans des salles plus grandes. On y a creusé notre sillon. On y est retourné de temps en temps mais ça n’était plus pareil. Pourtant, à l’époque, les anglais nous connaissaient, nous aimais, on remplissait des clubs comme le Marquee et autres grands clubs londoniens. On faisait des festivals avec Motörhead, les Stranglers…

J’étais en Angleterre en pleine explosion punk. Les Clash démarraient, les Sex Pistols aussi. Tout cela se passait en même temps que nous 

Ils aimaient bien venir nous voir car on jouait mieux qu’eux ! (rires) J’avais déjà de bons musiciens avec moi.

Tu as donc rencontré beaucoup de grands artistes. Lemmy de Motörhead a participé à ton album Ringolevio en 87. Un petit mot sur Lemmy ?
Lemmy et moi étions dans la même boîte de disques. J’ai tellement d’histoires à raconter avec lui, il nous faudrait 3 jours d’interview pour tout te dire. Il nous lâchait tout le temps quand on allait dans des bons restos, il préférait prendre du speed. J’ai eu les boules quand il est mort. J’ai aussi eu du chagrin pour Bowie, Prince. Pour moi, ce sont des génies de la musique, même si ça n’est pas ma musique et ce que j’écoute. Il faut reconnaître la valeur des gens.

En tout cas j’espère que les gens vont venir ce soir ! Fais-leur découvrir ma musique avec Rennes Musique !

Merci Roberto.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Charles Dutôt

FESTIVAL DU GRAND SOUFFLET
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1 Commentaire

  • octobre 15, 2016

    Renaud

    Chouette article … Juste une rectification, Mickey Blow il a joué avec Johnny Thunders pas John Lee Sanders 🙂

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