Mansfield.TYA duo de chanson progressive à l’affiche de Mythos

Mansfield.TYA 3 © Erwan Fichou & Théo Mercier

Le duo nantais Mansfield.TYA formé par Carla Pallone et Julia Lanoë était mardi soir à Rennes pour le festival Mythos. Rencontre avec cet ovni musical qui sait toujours séduire son public.

Il fait beau, le soleil est au rendez-vous. Carla et Julia prennent un verre au soleil devant leur caravane quelques minutes avant leur balance. Lunettes de soleil, apéro, cacahuètes, je m’installe à leur table pour une rencontre brève mais très chaleureuse et simple comme je les aime.

Le public rennais vous a vu en novembre dernier à l’Antipode et au festival Les Embellies quelques mois avant pour fêter les 10 ans de votre premier album June. C’était un concert intime, éclairé aux bougies. Le public était conquis, assis sur ses coussins. Un concert qui a marqué les rennais.
10 ans ça vous fait quoi ?

Carla : ouais c’est pas mal.
Julia : on ne s’est pas trop posé la question, on a fait tout ça tranquillement.
Carla : c’est vrai qu’avec le recul je me dis qu’il n’y en a pas beaucoup des groupes qui durent aussi longtemps.
Julia : eh oui, 4ème album et c’est fort agréable !

Vous travaillez toujours de la même façon depuis tout ce temps ? Vous avez toujours la même équipe ? Le même label ? Le même studio ?
Carla : c’est nous l’équipe ! (rires)
Julia : on a toujours le même label. On a eu le même régisseur pendant 10 ans, mais il a pris sa retraite. On a la chance d’être avec les mêmes personnes depuis 10 ans, c’est plutôt agréable. On a l’impression de travailler en famille.

C’est précieux de construire une équipe, d’avoir sa famille musicale.

Vous vous êtes rencontrées en 2002 sur Nantes. Carla, tu fais aussi partie de l’Ensemble baroque de Nantes et toi, Julia de Sexy Sushi. Deux univers totalement différents mais c’est ce qui fait la particularité de votre duo justement. Votre style musical est totalement unique en France ! C’est un besoin pour vous de faire des choses complètement différentes à côté ?
Julia : c’est nécessaire pour nous de faire des pauses. Le secret pour durer c’est de ne pas se voir tout le temps. Et quand on se revoit on a des choses à raconter donc des projets qui viennent.
Carla : mais on n’a pas le couteau sous la gorge. C’est riche de faire d’autres rencontres, c’est de la curiosité, on n’est pas obligées mais cela nous apporte beaucoup de jouer dans d’autres contextes.
Julia : tant qu’on a des choses à raconter. C’est vrai que l’alliance de nos deux mondes c’est ce qui fait la spécificité de Mansfield TYA. C’est pas forcément évident de définir notre musique.
Julia : c’est même parfois difficile quand on a un morceau un peu électro, un peu violent, agressif, on se dit : comment on va incorporer du violon là-dedans ?
Carla : c’est parfois un équilibre hyper limite, fragile. C’est aussi ce qu’on aime. On continue de chercher, on ne reste pas figées dans un style.
Julia : c’est notre combat quotidien ! (rires)
Carla : il y a cet enjeu de se renouveler et donc de jouer dans d’autres groupes.

Mansfield.TYA m’a réconciliée avec la chanson française. Vos paroles sont très fortes, pleines de sensibilité, de réalisme et de cynisme sur le monde qui nous entoure.

Vos live sont toujours des moments intenses d’émotions. Personne ne ressort indemne d’un concert de Mansfield TYA. C’est très minimaliste, intime, une totale mise à nu. Vous arrivez à véhiculer des messages forts et tristes avec beaucoup de légèreté et d’humour pendant ces concerts. Comment travaillez-vous la scène ?
Julia : nous aussi, on ne ressort pas indemnes de nos concerts ! (rires) On retravaille les morceaux des albums pour les adapter à la scène. On prend vraiment du plaisir à jouer les morceaux donc cela doit se ressentir.
Carla : on fait des résidences, on travaille dans notre studio.

A quoi peut-on s’attendre ce soir sous le chapiteau du Cabaret ?
Carla : on a travaillé un nouveau live. On a fait appel à un scénographe qui s’appelle Benjamin Boré qui est aussi architecte.
Julia : on a aussi un nouvel ingé lumière qui s’appelle Simon. Ils ont travaillé ensemble, c’était super intéressant ! Il y a donc notre partie musicale et le côté spectacle. C’est un tout nouveau concert !

Venons-en à votre album « Corpo Inferno » qui est sorti en automne dernier.

Quel est le fil conducteur de cet album ? Il n’y a pas de thème particulier, vous parlez d’amour, de Gilbert de Clerc…
Julia : non il n’y a pas de thème sur cet album. Ah si ! On parle de l’hygiène essentiellement !
Carla : non elle dit cela à cause de la pochette sur laquelle il y a la déesse de la santé. Il n’y avait pas vraiment de fil conducteur sur cet album, on s’est inspirées de tout et n’importe quoi.

Vous l’avez travaillé comment ?
Julia : dans un sens global. La pochette, les paroles, les clips. Il faut un lien artistique global. On ne peut pas se concentrer que sur la musique, cela serait trop ennuyeux. On aime faire un peu de tout. On est accompagnées par des gens qui savent mieux faire que nous, comme la pochette, mais on travaille ensemble. Pour les clips c’est pareil. On travaille avec As Human Pattern, Thomas Rabillon. On adore leurs images.
Carla : il y a un côté hyper contemplatif dans leur travail qui me touche beaucoup et qui nous correspond assez bien. Avec eux, on a justement repris les idées des statues qu’on avait fait sur la pochette.

Vous aimez les collaborations sur chacun de vos albums. Pour « Corpo Inferno », vous avez invité deux plasticiens, Julie Redon et Jérémie Grandsenne et Shannon Wright. C’est vous qui allez les chercher ? Comment les choisissez-vous ? Vous leur laissez carte blanche ?
Carla : Julie Redon avait déjà fait la pochette de notre vinyle « Seules au bout de 23 secondes ». C’était un super beau vinyle qu’on avait sérigraphié.
Julia : on avait aussi fait une série de posters avec elle qui s’appelait « La petite troupe ne connaît pas la peur ». C’était toute une série de 45 tours avec un poster. On lui a demandé d’écrire des textes cette fois-ci parce qu’elle est aussi poète. Jérémie Grandsenne il est plus plasticien mais il écrit aussi beaucoup, il a un blog sur le cinéma. Il ne s’est jamais vraiment prêté à la chanson mais il avait des capacités.
Carla : sur « Nyx », on avait invité une copine violoniste à chanter.

On aime bien détourner la pratique initiale des personnes dont on aime le travail.

Par contre, pour Shannon Wright, on a vraiment composé la chanson avec elle.

Vous avez fait un remix pour l’album de Christophe qui vient de sortir. Comment s’est passée la rencontre ?
Julia : en fait, Christophe voulait faire un album de remix uniquement avec des meufs. Il aime les femmes ! C’est sa boîte de prod qui nous a contacté. On a essayé et on a réussi !

L’artwork de votre album est particulier. Il a été crée par Théo Mercier. Vous pouvez m’en parler ? Cet univers blanc, cette statue entre vous deux… Cela rappelle un peu la réédition de June.
Carla : ouais c’était notre période monochrome.
Julia : il est venu au studio, on a bien travaillé ensemble c’était super agréable. Il nous écoutait composer les morceaux. On était chacun dans notre coin. Il allait ensuite se promener à la plage et on allait le chercher parce qu’il était parti beaucoup trop loin (rires). On travaillait ensemble, en parallèle. Au début, on avait envie de partir sur un catalogue funéraire, un catalogue de pierres tombales.
Carla : il y avait déjà cette idée du minéral. On ne sait pas pourquoi on a dérapé comme cela. C’est comme nos morceaux, on part d’un truc et on arrive complètement ailleurs !

Vous avez quelle vision du monde aujourd’hui ? Vous le trouvez violent ? La musique, pour vous, c’est une façon de fuir ou une façon justement de dénoncer et de dire ce qu’il ne va pas ?
Julia : ah le monde d’aujourd’hui est bien cynique, ça c’est sûr !
Carla : on dit des choses sans être en dehors du monde. On est comme vous, on subit. Il y a une forme d’ironie dans nos paroles. Moi je ne me verrais pas véhiculer un message hyper militant, hyper frontal. C’est plus dans ton attitude, dans la vie de tous les jours que tu peux essayer de dire des choses.
Julia : monde de merde…

On ne vous voit pas à la télé, vous ne tournez pas dans de grosses salles (même si Mansfield TYA joue à la Cigale le 21 avril), j’aime votre démarche. Vous ne vous vendez pas à des marques, vous faites votre chemin depuis 10 ans avec un public toujours là, conquis et fidèle. C’est pour garder votre liberté, votre indépendance ou tout simplement parce que c’est le reflet de vos deux personnalités ? L’intégrité est une grande qualité dans le monde de la musique.
Julia : on ne nous appelle pas et on ne nous invite pas ! (rires)
Carla : il y a effectivement cet enjeu de suivre une ligne artistique qui nous correspond mais j’ai aussi envie de croire qu’il y a une place pour cela! Il y a un système très lourd.
Julia : à la télé, ils ne passent QUE un certain type d’artistes. Bon je ne la regarde pas… C’est vrai que je ne vois pas pourquoi on passerait à la télé, on n’y a pas notre place. Je comprends le système dans lequel on vit mais on est en dehors de tout cela.

Soit tu es très gros, soit tu n’existes pas, c’est comme cela aujourd’hui le système des médias. Enfin, c’est ce qu’on veut nous faire croire car il y a un autre chemin parallèle qui existe, qui fonctionne très bien et qui nous correspond.

Carla : Pour nous, c’est hyper précieux de vivre de notre musique et de rester dans une logique. De toute façon, il faut de la liberté pour créer ta musique et ne pas rentrer dans ce jeu des médias. Si tu prends trop de temps avec eux, tu n’as plus le temps d’écrire ta musique et c’est comme cela que tu fais de la merde.
Julia : c’est pareil dans le cinéma, on donne la place uniquement aux gros acteurs, aux gros réalisateurs alors qu’il y en a de bien meilleurs pas très connus. C’est encore plus dur car ton film peut n’être à l’affiche que 3 jours alors que nous, il y a encore de la place avec les concerts, des moments d’échanges avec le public.

La tournée de « Corpo Inferno » se termine début août. C’est quoi la suite du programme pour toutes les deux ?
Julia : des vacances !
Carla : il y a un petit album qui sort la semaine prochaine qui s’appelle « La Main Gauche ». C’est un album de remix et de reprises avec les Birds on a Wire, Rone, Flavien Berger, Madben et Camilla Sparksss.
Julia : on a fait un inédit. Il sort pour notre date à la Cigale (le 21 avril) ! Il va aussi y avoir un clip pour « Bleu lagon ».
Carla : et un clip pour cet inédit que nous sortons sur le vinyle. Il sera réalisé par Vergine Keaton. On a déjà travaillé ensemble, on a composé la musique de son court métrage d’animation. Une musique de 12 minutes. C’est un personnage du film finalement et cela nous change des chansons de 2 minutes 30. C’est un échange de bons procédés.
Julia : et en août c’est fini ! Vacances !

Parlons un peu de Rennes.

Vous avez eu des coups de cœur récemment pour des groupes de notre ville ?

Il y a notre amie Laëtitia Sheriff ! La meilleure !

Vous aimez venir jouer chez nous ?
Julia : grave ! On s’amuse toujours bien à Rennes. J’espère que ce soir aussi !
Carla : d’ailleurs il faut qu’on aille balancer ! Go !

Merci Carla et Julia, bon concert !

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Erwan Fichou & Théo Mercier

Soyez le premier à commenter