L’âme de Gardel était au Grand Soufflet avec Otros Aires

Otros Aires © 2 BAJA

Pour sa 21ème édition, le Grand Soufflet a invité les argentins Otros Aires. Un nouveau type de tango a résonné sous le chapiteau du festival samedi soir. Le chanteur et créateur du projet, Miguel Di Genova nous a accordé un petit moment avant de monter sur scène pour faire danser le « Perfect Tango » à tous les rennais.

Rencontre avec Miguel Di Genova

Otros Aires, c’est né à Barcelone finalement, pas en Argentine. Tu as présenté ton projet musical dans les bars de la ville, cela a été bien perçu et tu es revenu avec tous tes morceaux à Buenos Aires pour enregistrer ton album avec des musiciens argentins. C’est ça ?
Oui en effet, Otros Aires est né à Barcelone tout simplement parce que j’habitais là à ce moment de ma vie. Cela a commencé aux alentours de 2003. A cette époque, tout le monde venait à Barcelone, les gens du monde entier, c’était un peu « the place to be ».

J’avais ce projet derrière la tête de mixer le tango et la musique électronique mais absolument pas à titre professionnel, je voulais juste faire cela pour le fun.

J’étais architecte de métier, pas musicien. Mais ce projet avait quand même quelque chose de spécial pour moi. Pour être honnête, j’avais aussi peur que les gens n’aiment pas ce mélange. Je ne trouvais pas de boulot en tant qu’architecte, à un moment donné il faut bien manger c’est donc comme cela que j’ai commencé à aller mixer dans les bars de la ville. Et les gens ont tout de suite aimé donc j’ai continué ! Ensuite, je suis rentré à Buenos Aires comme tu dis et trouvé mes musiciens pour lancer réellement le projet.

Tu penses que cela aurait été plus compliqué à faire découvrir à Buenos Aires ?
Oui, à ce moment là il y avait un nouveau mouvement qui s’appelait la New Jungle. Et puis en Argentine, il faut faire attention quand tu touches au tango, c’est comme une religion, il faut y aller avec des pincettes. Là-bas, le tango c’est comme « Ne touche pas à ma maman » ! Après cela a permis à la jeune génération d’aimer le Tango.

Tu fais de l’électro tango, c’est un nouveau type de tango. Tu peux m’expliquer ? C’est toi qui as inventé ce style ?

Je n’appelle pas cela de l’électro-tango, j’appelle cela du « tango du 21ème siècle » !

C’est un mélange de vieux sons avec les outils d’aujourd’hui. J’ai quand même quelques chansons acoustiques.

C’est pour ne pas faire mourir le tango ? En Argentine on dit que le tango n’est plus écouté que par les touristes.
Non ce n’est pas tout à fait ça. C’était juste pour les touristes il y a 40/50 ans de cela.

Au début des années 2000, les jeunes argentins se sont mis à danser et le tango n’était plus réservé qu’aux touristes.

Il y a encore des lieux pour les touristes et des lieux pour les argentins, la différence se voit au niveau du prix (rires). Quand la soirée n’est pas chère c’est que c’est pour nous !

Comment choisis-tu les sons, les voix que tu intègres dans ta musique ? Ce sont des sons des années 30/40 ? Tu utilises la voix de Carlos Gardel d’ailleurs.
Je choisis des sons que j’ai écouté toute ma vie. Des sons des années 50, de toutes les époques en fait, mais beaucoup de vieux sons.

Je fais beaucoup de recherche « archéologique » sur le tango, j’essaie donc de mettre ces vieux sons dans le son de notre époque.

Pourquoi ? C’est pour la magie d’autrefois, le bon vieux temps ? ou c’est juste par nostalgie ?
Non ce n’est pas de la nostalgie mais j’ai un problème avec le temps. J’aime faire venir le passé dans le présent. On ne peut rien changer au temps, tout file, tout passe très vite et je suis comme tout le monde, cela me fait peur. Mais j’essaie de me dire que le temps ça n’est pas ça, que le temps c’est relatif.

Avec ma musique, je fais des expériences sur le temps, je possède une machine à remonter le temps avec Otros Aires !

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire du tango, tu peux nous parler de Carlos Gardel, Rosita Quiroga ou Edmundo Rivero ?
Gardel était un chanteur français, il est né à Toulouse, c’était un grand chanteur de tango ! Certainement le plus grand chanteur de tango de tous les temps. Il a inventé le tango dans la rue, il faisait des films, il avait compris ce qu’était un artiste. Il est malheureusement décédé dans un accident d’avion. Il est devenu encore plus célèbre après sa mort tragique car il était au top de sa carrière à ce moment là. Il n’avait que 40 ans je crois. Rosita Quiroga est la plus célèbre chanteuse de tango. Elle était très célèbre dans les années 30. Elle n’a pas eu la même popularité que Carlos Gardel. Quant à Edmundo Rivero, il est plus actuel, il est des années 50/60. Les premières fois qu’il voulait faire de la musique et intégrer des groupes, on lui a dit qu’il ne savait pas chanter. C’est vrai qu’il a une voix très spéciale. C’était un désastre pour lui que personne ne veuille l’écouter et l’encourager. Il a donc beaucoup bossé, étudié, il a appris à jouer de la guitare et sa carrière s’est faite petit à petit.

Quand on vous écoute on pense à Gotan Project non ? Quelles sont tes références ?
Ah oui, j’aime bien Gotan Project, je trouve ça très chouette ce qu’ils font. Il y a un argentin, un français et un suisse dans ce groupe.

Ma plus grande référence est Us3, un groupe d’acid-jazz. Il mélangent du hip-hop et du jazz.

C’était vraiment ma grande influence au début de Otros Aires. Aujourd’hui, je dirais que j’écoute de tout, je trouve des sons à droite à gauche, je fouille. J’écoute Kraftwerk, Daft Punk, je peux écouter de tout, mêmes des groupes très « fashion ».

Tu as plusieurs albums à ton actif, de grandes tournées internationales. C’est quoi l’actu à venir pour Otros Aires ? Un nouvel album avec une grande tournée ?
J’ai des projets mais je ne peux vraiment pas encore en parler, je suis désolé. Et puis j’ai peur de trop parler, de trop en dire…

Vous avez beaucoup tourné. Vous n’êtes jamais venus en concert dans la région ?

Non c’est la première fois en Bretagne ! Et on aime beaucoup les bretons, ils sont très chaleureux et accueillants.

Otros Aires ce soir au Grand Soufflet ça va donner quoi ? Tout le chapiteau va danser le tango tu crois ?

Je ne sais pas. Je ne sais pas si des adeptes de la danse vont venir ce soir. Les gens vont sûrement bouger mais plus comme sur des musiques funk que sur du tango je pense. On verra bien comment sera la soirée !

Merci Miguel.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : 2 BAJA

FESTIVAL DU GRAND SOUFFLET
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