Ropoporose : « on fait de la poppy noise ! Du « rock à tiroir » ! »

Ropoporose © Suzon Ben

Le duo fraternel Ropoporose était en concert ce dimanche aux Champs Libres à l’occasion des premiers dimanches du mois consacrés au festival des Embellies. Leur 2ème album « Kernel, foreign moods » est fraîchement sorti, j’avais envie d’en savoir plus.

Rencontre avec Pauline et Romain

Commençons par une petite question basique mais pour ceux qui ne vous ont encore jamais vus sur scène, qui fait quoi dans votre duo ?
Pauline : je fais de la guitare, du synthé, je chante et je fais des percussions.
Romain : moi, je chantonne, je joue de la batterie et un peu de guitare.

Quel a été l’élément déclencheur pour créer ce duo ? Pauline, tu étais au conservatoire, Romain, tu jouais déjà dans pas mal de groupes.
C’est Richard Gauvin, le programmateur des Rockomotives qui vous a motivé ?

Pauline : il nous a boosté après mais il ne nous a pas dit de jouer ensemble.
Romain : en fait, on écoutait la même chose avec Pauline et on s’est dit que c’était le moment d’essayer quelque chose tous les deux, de faire de la musique ensemble. On ne s’était jamais posé la question avant. On a commencé quand Pauline avait 14 ans et moi 18. On jouait chacun de notre côté sans mélanger nos idées. On s’est retrouvés dans nos goûts musicaux, on a donc commencé en reprenant des morceaux avec notre matériel. Pauline avait eu une pédale double pour son anniversaire, on a commencé à enregistrer des trucs ensemble. On était que deux mais on s’est rendu compte qu’on pouvait empiler des sons pour donner quelque chose de pas mal à la fin. On a commencé avec 2/3 petits bouts de morceaux qui ne ressemblaient pas à grand chose.

Richard Gauvin, programmateur des Rockomotives, qu’on connaissait déjà, nous a vu en concert et il sentait qu’il pouvait y avoir quelque chose de bien derrière notre duo.

Il nous a donc programmés pour nous pousser à continuer notre projet. Nous étions programmés 5 mois après avec comme impératif, 30 minutes de set. C’était un bel enjeu et une jolie intention ! Le concert était étrange avec des morceaux sans début, sans fin, mais il y en a un ou deux qu’on joue encore aujourd’hui. Cela nous a permis d’aller plus loin, plus vite, on n’aurait peut-être pas eu cette dynamique qu’on a encore aujourd’hui.

Ca aide d’être frère et sœur pour travailler ensemble, pour se dire les choses ?
Pauline : ça permet de se dire les choses sans trop se parler, on se fait des signes. C’est assez simple et intuitif entre nous deux.
Romain : je pense que c’est comme n’importe quelle relation mais c’est vrai qu’on se comprend souvent sans trop se demander grand chose et c’est plutôt chouette !

Vos morceaux ont des couleurs musicales assez différentes. Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, vous diriez que vous faites quel genre de musique ? De la noise pop ?
Romain : oui c’est un peu le terme « noise pop » qui s’est dégagé depuis le début. Notre musique est à la fois pop et à la fois noise, c’est les deux grosses couleurs. En tout cas c’est pas punk, c’est pas folk ! Par contre, on ne fait pas de pop-rock, je n’aime pas ce terme, ça me fait penser à une radio…

Pauline : on fait de la poppy noise ! Du « rock à tiroir » !

Le 17 février dernier est sorti votre nouvel album « Kernel, Foreign Moons ».
«Kernel» signifie noyau, « Moons » les satellites. C’est l’image de votre musique ? Attractive, aérienne ? Pourquoi ce titre ?

Pauline : pour cet album, on voulait trouver un nom qui ait un sens. Pour le premier album, on avait juste pris le titre d’une chanson, on ne s’était pas foulés. Dans cet album, il y a des thèmes organiques, animaliers et d’autres plus célestes, plus soniques, plus spaciaux. Donc on a voulu réunir ces idées dans le titre de notre album. Le terme « Kernel » c’est d’abord parce que ça veut dire noyau, terre et il y a un centre dans cet album, 4/5 morceaux qui sont vraiment ensemble et les autres qui sont plus satellites.
Romain : on voulait vraiment trouver un titre qui définisse notre album, on trouvait cela important. Le titre permet de créer l’identité de l’album, à mon sens, il est moins décousu que le premier, qu’on aime quand même beaucoup ! Cet album est plus cohérent, on est plus matures, il est mieux construit.

Pauline c’est toi qui écrit les paroles.
Il parle de quoi cet album ? De chevaux, d’oiseaux sacrés, de lune…
Qu’est-ce qui t’inspire ? Je crois savoir que ce sont des images plus que des histoires que tu aimes décrire.

Pauline : il n’y a pas vraiment d’unité sur cet album au niveau des paroles, il n’y a pas de lien.

Oui, j’écris plutôt sur des images. Pour moi, les paroles viennent assez tard dans notre façon de composer. C’est une ligne mélodique en plus.

C’est pour un tas d’autres choses que de raconter des histoires. On fait notre musique et on se demande ce que cela peut bien nous inspirer pour écrire quelques chose dessus. C’est généralement assez vague.
Romain : les paroles suggèrent des impressions, des idées en fait.
Pauline : les seules qui puissent avoir un mini sens c’est peut-être « Fishers are love » et « Barking in the park ». Deux chansons où il y a à peu près un début, un déroulement et une fin.

A vous deux, vous faites tout : la guitare, les claviers, les percussions, les voix, l’écriture, les arrangements. Vous avez même rajouté du banjo pour cet album !
Romain : sur le premier album il y avait des cuivres. Sur cet album on voulait plus se concentrer sur la guitare, le synthé et la batterie, ce qui est quand même le cas. Mais c’est vrai qu’on a rajouté un banjo sur « Skeletons » avec un vieux synthé Farfisa qui ne sonne pas bien. Pour le morceau « Barking in the park » il y a un instrument qu’on a construit nous mêmes dans le cadre d’un workshop avec un luthier. C’est un instrument qui a un son de mandoline étrange. Tous ces instruments en plus créent des aérations dans cet album.

Et puis, ça donne du sens à nos achats impulsifs comme le banjo. On l’a acheté sur un coup de tête, au moins il y en a 30 secondes sur l’album !

Pauline : c’était une bonne affaire qui a rejoint tous nos autres achats mais au moins il a servi ! C’était donc un achat utile !

Vous en avez déjà un peu parlé mais vous l’avez composé comment ce nouvel album ? Ca part d’un riff de guitare ? Vous avez toujours le même processus de création ?
Pauline : on peut partir de n’importe quoi sur lequel construire.
Romain : on part quand même toujours de l’instrumental. On ne compose pas chacun de notre côté, on se retrouve pas ensuite avec chacun nos idées. On fait vraiment tout ensemble, ce qui fait que notre composition peut parfois être assez rapide.
Pauline : on a aussi des idées qui restent un an dans un coin sans savoir quoi en faire. On enregistre pas mal de choses qu’on essaie de mettre ensemble ou pas.
Romain : on fait un travail de puzzle en fait. On a des choses qui sont restées dans un tiroir qu’on écoutera un jour !
Pauline : et les paroles arrive en fin de composition pour compléter l’ensemble.

Vous êtes allés en studio à Saint-Cadou. Il s’appelle comment ce studio ?
Pauline : il n’y en a qu’un là-bas, il s’appelle « Streat Ar Skol »

C’est Thomas Poli qui vous a conseillé ce studio ?
Pauline : oui, il nous a demandé où on voulait enregistrer et comme on ne savait pas, on lui a dit de nous emmener là où il se sentait bien, là où il était déjà allé. Il connaissait très bien ce studio donc on l’a suivi à Saint Cadou !
Romain : et il a fait le bon choix, c’était super.

On a passé 10 jours dans un petit village du Finistère, hyper mignon, avec deux commerces. C’était parfait pour passer 10 jours en autarcie et les gens étaient super agréables. C’était une super aventure humaine avec Thomas Poli.

Comment s’est faite la rencontre avec Thomas Poli et comment avez-vous travaillé avec lui ?
Pauline : on se connaissait déjà un peu, on s’est souvent croisés en concert avec Laetitia Shériff puisqu’on a partagé plusieurs fois la scène avec elle.
Romain : on se connaissait aussi via les Rockomotives à Vendôme où il vient très régulièrement. On a surtout eu de la chance que Thomas soit libre pour travailler avec nous sur cet album car il a un emploi du temps de ministre. Quand on a commencé à travailler ensemble, on avait déjà tout maquetté. On lui a fait quand même écouter en amont et sur place on a tout réinventé. On retravaille quasiment tout quand on enregistre les morceaux. On a donc viré plein de trucs de nos maquettes. Il avait amené beaucoup de matériel, on a donc utilisé pas mal de ces instruments. Il avait plein de gadgets ! Dès qu’on jouait quelque chose, il nous proposait un instru qu’il avait amené, une pédale spéciale que personne ne connaît. C’était ultra créatif avec lui, très vivant !
Pauline : il nous donnait des idées d’arrangements. Je pense au titre « Spouknit » où il nous a donné une idée de guitare que je ne peux pas faire en live. Il nous a apporté plein de choses, c’était très bénéfique.

Quelles ont été vos influences pour cet album ?
On y retrouve du Arcade Fire, du Sonic Youth, un mélange de pas mal de choses en fait. Je retrouve aussi du Laetitia Shériff dans votre son (Thomas Poli doit y être pour quelque chose). Vous vouliez que cet album sonne comment ?

Romain :

Moi je voulais que ma batterie sonne comme dans l’album TNT de Tortoise.

Et je voulais aussi entendre du Blonde Redhead car je suis vraiment devenu fan. Ce sont deux influences majeures pour moi pour cet album, ce sont des sons qui m’ont aidé dans la construction de l’album. Sonic Youth et les autres influences sont toujours valables aussi d’un point de vue plus général. Peter Kernel n’est jamais très loin non plus, c’est un groupe qu’on aime beaucoup.

Qu’est ce qui a évolué depuis votre dernier album « Elephant Love », sorti il y a 2 ans ?
Romain :

aujourd’hui, on est plus gourmands sur scène, dans les arrangements, c’est plus riche. Les morceaux sont moins éclatés, moins longs, on est plus matures.

Je sens au niveau de la batterie que j’ai beaucoup progressé sur cet album.
Pauline : on a fait une seule résidence de 2 jours, c’est court pour travailler. On profite de nos concerts pour continuer de travailler, de s’améliorer.
Romain : pour le premier album, on a enregistré quelque chose qui allait vraiment être notre live, nos 10 morceaux, on a travaillé et enregistré en pensant « scène ». Pour ce nouvel album, on a eu la chance de le travailler avec Thomas Poli, on l’a donc enregistré avec tous les sons qu’on avait envie, on s’est fait plaisir en se disant qu’on verrait ensuite pour le live. Il y a donc des choses qu’on ne peut pas faire sur scène, qu’on travaille encore aujourd’hui. On l’a travaillé dans l’autre sens.

Vous faites parti de la famille « Yotanka ». Ce label vous suit depuis le début. C’est vous qui êtes allés vers eux ? Comment s’est faite cette collaboration ?
Pauline : on a rencontré l’équipe de Yotanka après la réalisation de notre premier album.
Romain : ils nous ont aidé pour la sortie du disque. On était contents d’avoir ce coup de main et eux étaient contents de ce premier album. Il y a eu de bons retours, on a tourné 1 ans et demi avec. Et puis cela a permis de faire le nouvel album avec Thomas Poli puisque Laetita Shériff est chez Yotanka aussi. C’est une accumulation de rencontres et de situations. On est ravis qu’ils aient crus à ce deuxième album !

Vous avez joué aux Bars en Trans en 2013.
Vous connaissez la scène rennaise ? Est-ce qu’il y a des groupes que vous affectionnez particulièrement ? Un coup de cœur que vous avez eu récemment ?

Pauline : moi je suis perdue en géographie…

Romain : j’aime beaucoup Fat Supper, Totorro. J’aimerais bien revoir Mermonte en concert. Et puis, forcément, Laetitia Shériff.

Pauline : je ne savais pas que tous ces gens étaient de Rennes ! Pour moi, la musique est universelle, il n’y a pas de frontière ! (rires)

On pourra vous retrouver cet été dans un festival breton ? Pour ceux qui ne peuvent pas venir vous voir jouer aujourd’hui, on pourra vous retrouver où dans la région ?
Romain : c’est loin d’ici Vannes ? On jouera début avril à Auray aux Nuits Soniques, je crois que c’est le moins loin…

Merci Pauline et Romain.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Suzon Ben

FESTIVAL LES EMBELLIES
Tout savoir sur le festival Les Embellies :
http://www.festival-lesembellies.com/

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