Tiny Feet

Tiny Feet est le « one woman band » d’Emilie Quinquis, artiste originaire de Brest ayant posé ses valises à Rennes ces dix dernières années. D’abord comédienne formée à l’école du TNB elle abandonne cette carrière pourtant prometteuse car elle s’y sent malheureuse, préférant la voie de la création musicale en solo. Elle compose une démo pour les Jeunes Charrues en décembre 2011, et finit en demi-finale avec Mermonte en avril 2012. Elle enchaine sur les Bars en Trans la même année puis de nombreux endroits à Rennes (Ubu, Antipode, Jardin Moderne, Oan’s Pub, Ty Anna, bibliothèque du Triangle). Aidée par la ville de Rennes et la plateforme Ulule pour le financement elle enregistre son premier album « Silent » en 2012-2013, sorti à l’occasion de cet apéro-concert à l’Antipode.

J’ai rencontré Emilie la veille de son concert, entre deux sessions de répétitions sur scène. Nous avons discuté de son parcours, construit seule car elle sortait « de nulle part », de son processus de création solitaire par nécessité (« pour le moment »), et du fait d’être une femme dans un milieu majoritairement masculin. Sur ce point nous tombons d’accord sur la complexité de créer des liens professionnels sans que la séduction y interfère, et de certaines réflexions misogynes qu’on subit quand on a des soucis techniques (c’est bien connu les femmes n’y connaissent rien, même quand il s’agit de leur outil de travail). Elle a toutefois le « caractère brestois » qui aide à couper court à ces conneries, et fait suffisamment de belles rencontres pour que cela reste anecdotique.

Pas mal de monde s’est déplacé pour le concert le lendemain. Je n’avais jamais vu Tiny Feet sur scène malgré ses nombreuses dates dans le coin, ce fut donc une découverte, et une très belle. Emilie jongle élégamment entre guitare, basse, archet et pédales de looping, sans oublier le micro qui fait résonner sa voix émouvante, pour délivrer 40 minutes de son « electro-rock expérimental » sombre tantôt planant (« Memories) tantôt énervé (« Fellow »). Les tâtonnements du bout de ses petits pieds ne se font pas sentir tant elle joue avec assurance et générosité. Comme d’autres personnes je suis allée la remercier pour ce moment à la fin. Maintenant que j’ai retenu sa personnalité et sa musique je tâcherais de la revoir aux prochaines occasions.

Emilie a plein de bonnes choses prévues pour 2015, dont un deuxième album en travail, une apparition sur une compilation de Fence Records, le label de King Creosote avec qui elle a déjà travaillé. Elle va également être accompagnée par l’association Run Ar Puñs (basée à Châteaulin), et y donnera un concert le 31 janvier. Puis elle partira assurer la première partie de Yann Tiersen sur une quinzaine de dates en Scandinavie et Europe de l’est du 16 février au 7 mars. 

Quand elle a quitté le théâtre pour la musique ses collègues lui avaient dit « t’as intérêt de réussir », tout porte à croire qu’elle est en bon chemin.

Lucie Inland.

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