[LES EMBELLIES + JEU] Arm : « Comme on écoute un peu plus les textes dans le rap, autant qu’ils t’embarquent dans des chemins un peu moins convenus »

Arm

« Dernier empereur », le premier album solo de ARM, anciennement connu sous le nom de Psykick Lyrikah, est sorti en octobre dernier. Il jouera le 24 mars prochain au festival des Embellies.

Rennes Musique vous fait gagner des places pour la soirée du jeudi soir aux Embellies à la fin de cette interview. Jeu valable jusqu’au 12 mars.
Rencontre avec Arm.

Tu as un parcours classique (conservatoire, guitare et autres instruments). Qu’est-ce qui t’a fait basculer dans le rap ? Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire ?
En fait je n’ai pas fait beaucoup de musique « classique », j’ai arrêté très vite. Le rap a commencé pour moi à l’adolescence, fin collège début lycée, en tant qu’auditeur via des potes et mon grand frère. Mes potes écoutaient plutôt du rap français, mon frère ramenait plutôt des cassettes de rap américain. Ma culture rap a donc été une culture de rap américain, je suis passé un peu à côté de tous les classiques français. J’ai commencé à écrire parce que les gens autour de moi faisaient des choses : platines, textes ou enregistrements. Et puis, plutôt que ne rien faire.

C’était vraiment pour m’occuper au départ, pour tuer l’ennui, pour faire comme les autres, mais il s’est trouvé que j’y ai pris goût, j’aimais écrire.

A l’école c’est là où j’étais le plus à l’aise mais je ne pensais pas que c’était quelque chose qui allait me révéler.

Et ensuite, comment en es-tu venu à la production ?
Quand je me suis mis à rapper, je me limitais au texte. J’étais entouré d’un Dj et un peu plus tard d’un beatmaker pour le premier album « Des lumières sous la pluie ». J’avais toujours une frustration, je travaillais avec des gens qui faisaient ma musique mais qui n’étaient pas des musiciens alors que moi j’étais musicien. J’entendais quand c’était faux, j’entendais quand c’était pas dans le temps. Je savais ce que je voulais mais parfois j’avais du mal à le formuler. J’avais l’impression qu’il me manquait l’aspect technique. Il fallait que je m’achète des machines tout simplement. Après le premier album, mon beatmaker est parti à Paris, j’ai acheté un ordinateur et j’ai deux trois potes qui m’ont appris à me servir des logiciels de musique.

Quand j’ai su me servir des logiciels de musique, je me suis éclaté et je me suis dit que je pouvais maintenant faire tout, tout seul, je pouvais faire ce que j’avais envie, ce que j’avais dans la tête.

Mais j’aime bien parfois faire appel à d’autres personnes mais c’est devenu un choix et non plus une nécessité.

Le titre « le Dernier Empereur », un rapport avec le film ?
Oui, c’est un film qui m’avait marqué quand j’étais petit, même dans la sonorité du titre, il y avait quelque chose que je trouvais beau. Et au-delà de l’aspect historique, quand tu vois ce gamin qui est mis sur le trône très très jeune et qui finit prisonnier. Je crois qu’il est jardinier à la fin, complètement anonyme. C’est une sorte de chute absolue comme plein d’autres grands films. Et puis je trouvais que le titre sonnait aussi avec pas mal d’autres oeuvres que je lisais, que j’écoutais. Il y a souvent ce truc d’époque révolue, de royaumes oubliés, de légendes.

Dans le rap il y a souvent des titres «ego trip », comme le duc de ceci, le roi de cela, je me suis dit que « Dernier Empereur » pouvait faire un bon titre d’album de rap.

C’est aussi un peu un contre-pied car il n’y a plus d’empereur, c’est un terme qui en jette mais qui est un peu vieillot. Le double sens
est donc intéressant. Sur la pochette je suis un peu statufié, la pierre se lézarde et se fissure de partout.

C’est ton 9ème album, mais ton premier sous ce nom c’est ça ?
J’ai sorti un album l’année dernière avec Tepr qui s’appelait « Psaume » avec le nom Arm, mais effectivement c’est le premier sous le nom de Arm en solo.

Tu fais tout tout seul ? Du texte à la musique, en passant par la production ?
J’ai quasiment tout fait sur cet album. Il y a un beatmaker sur deux morceaux mais tout le reste a été fait seul, même l’enregistrement et le mix. Quitte à faire tout seul autant aller jusqu’au bout. J’ai livré à Yotanka un album presque terminé. Je n’ai jamais eu aucune direction artistique avec les labels, je fais ça dans mon coin.

L’opposé de Psykick Lyrikah, ton ancien projet dans lequel tu faisais beaucoup de collaborations. Un besoin pour toi ? Une plus grande liberté ?
Je l’avais déjà fait pour Psykick, j’ai fait quasiment tout seul l’album « Derrière moi ». Il y avait quand même quelques invités. Pour « Dernier Empereur », je voulais tenter des choses et les tester tout seul.

Je ne voulais pas être avec d’autres personnes ou inviter d’autres personnes parce que je sentais qu’il fallait que j’ouvre plusieurs portes et que je tente des choses.

En invitant de nouveau des personnes avec qui je travaillais avant j’avais peur que l’on refasse un peu la même chose. J’avais aussi envie de tenter des trucs de voix, de me sentir libre artistiquement
de faire un peu ce que je veux. En fait, Psykick Lyrikah c’était mon projet solo depuis quasiment le deuxième album. Sur « Vu d’ici », en 2007, je me chargeais déjà des musiques. Mais comme j’ai gardé le même nom que sur mon premier album et qu’en plus j’étais beaucoup entouré j’avais l’impression que dix ans plus tard c’était toujours perçu comme un groupe avec Robert le Magnifique et Olivier Mellano. Mais c’était pas un groupe c’était déjà mon projet solo dans lequel j’invitais sur scène ou autre des personnes.

Tu as donc pris le nom de Arm pour tourner le page ?
J’avais envie de faire de nouvelles choses musicales, je voulais que ce soit dissocié de Psykick Lyrikah et la symbolique du nom est importante pour se sentir libéré. Quand on termine une histoire ou quand on a une rupture c’est bon de déménager, de changer de meubles, de murs. C’est peut-être uniquement symbolique mais c’est important.

Il y a des gens qui pensent que je sors mon tout premier album alors que je fais de la musique depuis 15 ans.

Et sur scène, tu es accompagné ? Ca donne quoi en live Arm ?
Je ne suis jamais seul sur scène. J’ai toujours eu envie d’être concentré sur le texte, la voix. Si tu me mets la moindre machine sur scène, ça me prend la tête. A de très rares occasions j’ai parfois pris la guitare sur scène mais je préfère m’entourer de gens qui savent utiliser les machines, dont c’est la spécialité, ça me libère de ce point et je suis vraiment concentré sur ce que je dois faire. Avec Psykick Lyrikah on était 3 en général avec Robert le Magnifique aux machines et à la basse et Olivier Mellano à la guitare, sur la dernière tournée c’était Thomas Poli à la guitare. Maintenant je suis entouré de Pierre, que je connais bien via Abstrackt Keal Agram. C’est un touche à tout, il compose un peu, il m’a aidé à arranger les morceaux en live.

On a choisi de faire un set très simple, de tourner uniquement à deux, de ne pas faire de créa lumières, de tourner sans ingé son. On prend un risque mais c’est intéressant d’arriver un peu à nu, ça collait bien avec l’idée de repartir à zéro.

On teste les chansons en conditions parfois difficiles mais on va chercher l’énergie quoi qu’il arrive.

Tu as dit : « un bon morceau te fait ressentir des choses sans avoir besoin d’en comprendre le sens ». Chacun lit et comprend ce qu’il veut dans tes textes, il y a plein de lectures possibles. Tu aimes bien que les gens se fassent leur chemin tout seul ?
Parfois il y a des choses plus lisibles que d’autres. J’aime bien l’écriture à tiroirs. Au moment où j’écris les textes, j’ai toujours des images en tête, je pense à des choses bien particulières. Mais j’ai envie que l’écriture reste un jeu, je n’ai pas envie de dire trop simplement les choses, j’imagine des mots, des phrases autour de sujets simples. Ce que j’ai découvert avec les morceaux de cet album c’est qu’ils sont parfois aussi à tiroirs pour moi, je les écris dans un sens et quand je les réécoute quelques mois plus tard je les entends différemment. Ca veut dire que le texte s’est libéré un peu de ce que j’ai raconté à la base, on est dans une forme de poésie. Il n’y a jamais eu de cahier des charges qui dit que les chansons doivent raconter une histoire avec un début, un développement et une fin. Il y a plein de gens qui se laissent facilement prendre par le cinéma expérimental.

Comment tu expliques le succès de David Lynch ! Je pense que même lui il ne sait pas trop où il va, il veut que ses films soient des expériences sensorielles, un peu mystiques.

Et puis il y a des chansons comme « Ta main » qui changent de direction entre le moment où tu l’as composée et le moment où tu l’as sortie ?
J’ai écrit cette chanson en pensant à une personne, pour une personne, donc avec quelques directions artistiques. Au moment de l’écriture de cet album, j’ai repensé à ce texte que j’avais écrit pour quelqu’un d’autre. J’ai eu tous les premiers retours de mes proches qui ont été les premiers à l’écouter. Ils m’ont tous dit que ce morceau sur mon père était vraiment touchant alors que je ne l’ai pas écrit en pensant à lui. Je trouve ça plutôt chouette. Après j’ai l’impression que c’est des choses qu’on relève moins dans d’autres styles de musique. On se fait facilement embarquer dans les textes un peu abstraits dans la pop, le rock. Dans le rap, c’est des « ego trip » ou des histoires très limpides.

Comme on écoute un peu plus les textes dans le rap, autant qu’ils t’embarquent ailleurs, dans des chemins un peu moins convenus.

Tes morceaux sont moins noirs qu’au début, plus lumineux. Ce sont les années qui passent qui t’ont fait changer ou juste une envie d’autre chose ?
Je pense que c’est l’âge tout simplement. J’ai la chance de faire de la musique et de vivre de ma musique depuis une quinzaine d’années. Je me considère comme quelqu’un de chanceux. Même si je n’ai pas la reconnaissance c’est pas grave, je suis plutôt bien dans ma vie, je suis heureux, j’aime ce que je fais. Je préfère me concentrer sur ce que ça m’a apporté plutôt que sur tout ce que je n’ai pas eu. Parfois je fais la première partie d’artistes qui sortent leur premier album et qui sont beaucoup plus jeunes que moi, et je n’y vois absolument aucun problème.

Je ne peux pas raconter la même chose qu’à l’âge de 20 ans, je n’avais pas la même vie, je ne me sentais pas impliqué de la même manière.

Tu es plutôt dans un rap imaginaire, poétique et non pas politique ou à décrire la vie des banlieues..
Ce qui est difficile dans l’écriture c’est bien de sortir de ses automatismes. Parfois j’ai essayé de sortir de cette écriture un peu imagée, je ramène une phrase un peu plus familière pour faire retomber le truc, te ramener sur terre. Il n’y a jamais de langage soutenu, de vocabulaire compliqué, toujours un champ lexical très simple. J’aime bien ce va et vient entre du texte où tu ne sais pas où tu es et d’un coup une phrase très claire qui va tout t’expliquer, te ramener.

Concernant des textes politiques, je dis de plus en plus de choses engagées entre les lignes, c’est important, avec l’âge, nos convictions deviennent de plus en plus fortes.

Tu fais des ateliers d’écriture, tu travailles avec des scénaristes, toutes ces rencontres t’inspirent pour ta musique ?
J’ai besoin de faire ça régulièrement. Actuellement je suis sur un spectacle de danse, je travaille avec des gens que je découvre ça me nourrit, ça me permet de faire autre chose, ça évite que je m’ennuie.

Tu utilises l’auto-tune, souvent assimilé à du rap « commercial ». Pourquoi avoir choisi cet outil ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?
J’ai utilisé cet outil parce que en tant qu’auditeur de rap et de musique électronique c’est un effet que j’aime beaucoup. Evidemment je n’aime pas cet effet chez tout le monde mais c’est un truc que j’aime. Ca permet de jouer avec sa voix. Je l’ai utilisé assez discrètement. L’auto-tune est souvent associé à Booba, Maître Gims alors que ça n’est qu’un effet.

L’auto-tune a cette mauvaise image pour les gens un peu plus pointus musicalement. Moi je ne me pose pas cette question.

Des artistes comme James Blake, Sufjan Stevens ou Bon Iver utilisent l’auto-tune. On est en 2018, bossons avec des machines ! L’auto-tune est victime de racisme (rires). J’avais envie aussi de tester des choses de maintenant, je considère chaque album comme un laboratoire.

Tu parlais de la pochette de l’album au début. Tu as décidé d’y apparaître, comme dans tes clips. Tu te mets totalement à nu pour cet album ?
Mon label m’a demandé d’apparaître un peu. Si ça ne tenait qu’à moi je ne me serais jamais montré. Jusqu’à maintenant, j’ai fait des pochettes dans l’ombre ou à contre-jour et très peu de clips. Les rares clips crées, je n’étais pas dedans. J’ai tellement de mauvais souvenirs des premières images dans lesquelles je suis apparu que j’ai eu tendance à fuir ça. Et puis je fais vraiment partie des gens qui pensent que pour vivre heureux il faut vivre caché. Encore plus aujourd’hui d’ailleurs. Je ne suis pas étonné qu’il y ait de plus en plus de rappeurs qui se masquent aujourd’hui. Il y a ta vie d’un côté et ta musique de l’autre. Mais c’est plus facile pour communiquer autour d’un premier album solo. Les gens ont besoin de voir ta tête parce que les gens ont besoin de t’identifier. Pour la pochette on a trouvé une astuce, c’est un portrait qu’un graphiste a retravaillé, il a tout vectorisé, donc je suis là sans être là.

Est-ce qu’il y a des rappeurs rennais que tu affectionnes particulièrement ?
Je ne suis pas forcément très connecté avec la scène rennaise.

La seule personne avec qui j’ai gardé contact et qui rappait déjà à l’époque où j’ai commencé c’est Simba.

Il y a un projet de rap que j’aimais bien, Doogie et Enogy. Ils avaient sorti un album sur une clé usb dans un sachet de beuh. Ca s’appelait « Jeanne Dark ». Je ne sais pas s’ils existent encore. Concernant la scène rap rennaise actuelle, je crois que je suis trop vieux pour apprécier les Colombine et Lorenzo. Ce que j’admire chez eux c’est qu’ils explosent plein de codes, ils en ont rien à foutre, ils font tout eux mêmes, ils se bougent vraiment mais musicalement c’est pas mon truc. Ils ne sont pas là à attendre des maisons de disques, des subventions, ils y vont !

Merci Arm.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Gildas Raffenel

JEU
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Pour cela, répondez à cette question :
Comment s’appelle le premier album solo de Arm ?

Pour jouer et tenter de gagner, envoyez un mail à : catherine@rennesmusique.com en précisant vos nom, prénom, et en indiquant «Jeu Festival Embellies Jeudi» en objet du mail.
Attention : une seule participation par personne pourra être validée. Un tirage au sort sera effectué parmi les participants ayant donné la bonne réponse. Les gagnants recevront un mail. Jeu valable jusqu’au 12 mars.

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