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Bertrand Belin : « Ca rassure que les thèmes de ce disque trouvent un écho »

L’énigmatique crooner, Bertrand Belin était au festival Mythos. Son 6ème album « Persona » vient de paraître. Un album où le regard du poète met en avant une fragilité sociale.

Rencontre avec Bertrand Belin

Persona définit l’image que se donne un individu dans la société, un masque qu’il porte. Tu peux m’en dire plus sur le choix de ce titre, de ce mot ?
Tu as dit l’essentiel. J’aime beaucoup ce mot car il a plusieurs significations. La plus ancienne concerne le masque effectivement, l’emploi qui en est fait au théâtre, sur scène.
Persona, c’est cette personne que l’on croit être, que l’on finit par se persuader d’être face aux regards des gens qu’on rencontre tout au long de sa vie.
Elle est intéressante cette vibration entre la profondeur de l’existence et le nécessaire négoce avec les autres. On vit à plusieurs, on n’est pas seul. C’est un mot qui est beau. Il est à la fois très ancien mais encore assez vierge, assez vide, un peu transparent. Il va très bien à la modernité, voir à la science-fiction. C’est un mot qu’on peut remplir de plein de choses comme le devenir de l’homme, au sens de l’espèce humaine. Persona est un mot vieux mais indémodable. On me parle souvent du film de Bergman qui a ce titre mais ça n’est pas la raison pour laquelle j’ai choisi ce mot.

Dans cet album tu évoques le mépris de classe., la déshumanisation du monde du travail, les violences conjugales, la place des femmes, la révolte, la condition animale, les migrants.  Chanteur mais surtout citoyen?
Mes textes incarnent les autres dans une sorte de réel tranchant. Je ne traite pas de grandes questions philosophiques avec lyrisme, je ne peux pas me le permettre car il faut pouvoir l’assumer, l’incarner en profondeur. Je ne suis peut-être pas à ce point obnubilé par le devenir de l’humanité, par ces forces de vies. Je le serai sûrement un jour.

Tu es plus sensible aujourd’hui face à la confrontation quotidienne entre les classes sociales ?
La question de la solitude est un thème que j’aborde depuis toujours. Ca se ressent plus sur ce disque, peut-être parce que c’est plus frontal dans certains textes. Ce disque paraît aussi dans un contexte où ces questions sont déjà mises en avant, il se révèle donc plus. J’ai toujours cru qu’écrire une chanson c’est simplement un révélateur. Il ne s’agit pas de dire ce que je pense mais ce que je crois qu’il serait bien de penser pour chacun de nous.
Je ne m’imagine pas qu’on doit tous penser comme moi mais j’imagine qu’il y a bien un endroit où on pourrait tous penser pareil, un endroit fraternel.
Tes personnages sont des silhouettes, des fantômes, on ne sait pas qui ils sont, si ce sont des hommes, des femmes, leur âge. C’est pour que les gens puissent s’identifier ? Se faire leur propre histoire ? Malheureusement s’y retrouver ?
J’essaie de tout faire pour ne pas me préoccuper de ça, pour ne pas savoir ce que les gens attendent. Je n’ai pas du tout le sentiment de faire quoi que ce soit pour que le public croit telle ou telle chose. Il existe des démarches artistiques qui consistent à aller au devant de ce que les gens attendent mais moi je ne me sens pas là-dedans du tout.
Après il y a quand même quelque chose de rassurant quand le public est en accord avec toi. Ca rassure que les thèmes de ce disque trouvent un écho.
Les arrangements sont minimalistes, tu chantes avec ta voix grave, de façon posée, lente, en articulant bien les mots. C’est pour mettre encore plus en valeur le sens de tes mots, tes propos ?
Chacun fait ce qu’il veut avec mes chansons mais c’est vrai que dès qu’on chante en français, la question se pose essentiellement sur le texte. Quand on parle de groupes anglo-saxons, cette notion disparaît complètement. Cela questionne finalement le métier de critique musicale et non celui des musiciens. C’est quelque chose que je constate et qui m’interroge. Je comprends le principe puisque c’est notre langue, c’est ce que notre cerveau reçoit en premier lieu mais les journalistes se figent un peu trop là-dessus. L’accueil n’est pas le même dans la presse pour les groupes internationaux et les groupes qui chantent en français. Je ne défends rien mais je m’intéresse aux problématiques liées au langage en général, et c’en est une qui est intéressante.
On est combien de grands fans de Dylan sans connaître le sens de ses textes.
Grands Carnivores, ton 3ème roman est sorti en même temps que l’album Persona, en janvier dernier. Que trouves-tu dans l’écriture de roman que tu ne trouves pas dans la chanson ? Tu as dit « Ce que je chante c’est ce que je vois, ce que j’écris c’est ce que je pense ».
Les deux univers n’ont rien à voir. La chanson c’est l’union de la musique et des paroles et les deux sont indissociables. La musique occupe une grande place dans la chanson, il n’y a pas que le texte malgré parfois les apparences. Le texte est vraiment façonné par la musique. On peut dire des horreurs en chanson et ça passe si on y met de la musique guillerette par-dessus. Le ton donné est important pour comprendre la démarche. C’est beaucoup plus difficile sur une page d’encre noire et c’est beaucoup plus long qu’une chanson. L’écriture de chanson est donc beaucoup plus contraignante dans la pratique. Le roman permet de pousser des réflexions plus loin, plus poussées.
Je me surprends souvent sur des choses de moi que j’ignorais et qui ressortent en écrivant des romans.
Les livres c’est plutôt une manière réflexive d’écrire et les chansons une manière émotive, sensible sans passer par l’argumentaire, l’explication.

On dit de toi que tu es le digne héritier d’Alain Bashung. Tu parles souvent du chanteur folk canadien Bill Callahan ou encore de Gérard Manset.
Gerard Manset, ça n’est pas le fait qu’il écrive des livres car il y a des tas de gens qui écrivent des livres et avec qui je n’ai rien en commun. Les gens citent moins souvent Manset parce qu’il est moins célèbre que Bashung. Je ne me sens pas forcément proche d’eux, je chante en français donc on m’associe toujours à des chanteurs français. Je n’ai pas beaucoup de points communs avec Bashung musicalement, son travail était plus aventureux. C’est très flatteur mais cette comparaison n’est pas vraiment fondée.
J’aime beaucoup Manset aussi, sa gravité solennelle. Je me retrouve un peu dans ses thèmes mais je n’ai pas le même courage que lui quand il s’agit d’incarner les choses qui fâchent.
On trouve quoi dans ta discothèque idéale ? Quels sont tes classiques ?
Je retourne toujours vers Hank Williams, Béla Bartók, Sergueï Prokofiev, Bill Callahan.
« Sometimes I wish we were an eagle » de Bill Callahan est un album culte pour moi.
Je peux aussi vous citer l’album de Lou « Le seul moment » qui vient de sortir. Ce disque est parfaitement réussi. Elle écrit merveilleusement bien. Et puis forcément dans les albums parfaits, il y a le premier album d’Elvis.

Content de revenir jouer sur Rennes et en Bretagne, toi qui es de Quiberon ?
C’est toujours un plaisir de venir jouer à Rennes et à l’ouest en général. En particulier à Mythos, j’ai de très bons souvenirs ici, ça n’est pas la première fois que j’y joue. Le cadre est magnifique, il fait toujours beau, il y a plein de bons groupes à voir, il y avait même une boum pour les enfants cet après-midi. C’est classe !

Merci Bertrand.

Propos recueillis par Cath
Crédit photos : Elodie Le Gall


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