Labels d’été #02 : Ideal Crash

© Tony B Good Ideal Crash

Après notre série « Comptoirs d’été », nous vous proposons de découvrir les labels rennais pendant cette trêve estivale, et les personnes qui se cachent derrière. Ces labels qui nous font découvrir des artistes, et qui organisent des concerts toute l’année dans notre ville.

Episode 02 : rencontre avec Corentin Nouailles de Ideal Crash.

Comment et quand est née l’aventure de Ideal Crash ?
Je suis arrivé dans le label il y a environ 2 ans donc ça va être compliqué pour moi de te parler de l’origine du label. Le label est né il y a 12 ans avec Simon Jouneau qui voulait produire sa musique, la faire sortir. Simon, Christophe Johanny et Marilyn Berthelot ont crée le label. Ils ont ensuite sorti la musique des copains et voilà, au fur et à mesure le label s’est construit. La première phase était dans la sortie de supports physiques, la deuxième était d’organiser des concerts, l’un alimentant l’autre.

Qui est derrière Ideal Crash et comment sont répartis les rôles de chacun ?
Aujourd’hui, nous sommes 4 avec Simon, Marilyn et Mathilde Largouet. On a effectivement tous plus ou moins des rôles. Simon étant au Canada, il se charge des aspects immatériels, des choses que l’on peut faire de loin, le design graphique entre autres. Nous 3, selon nos dispos, on se positionne sur de l’affichage en ville, sur des stands dans les festivals. Tout ce qui concerne la fabrication de nos objets à la main, on se distribue un peu le travail. C’est vraiment selon le temps que nous avons chacun.

Tous les 4, comment vous choisissez les artistes avec qui vous allez travailler ? Comment repérez-vous les artistes ? Vous fonctionnez à l’instinct, vous les voyez tous en live ?
Souvent, on fait d’abord jouer les groupes en concert. On les met parfois en première partie de groupes qu’on connaît déjà très bien et on voit comment ça prend, on les découvre sur scène et ça permet aussi de voir si le contact passe bien entre nous. Si on a été impressionnés en live, on leur propose une sortie physique en cassette. S’ils ont de l’actu à venir, un album à paraître, notre support peut les intéresser en complément. Le live et le contact sont importants.

Un groupe peut défoncer sur scène, si humainement on ne partage pas les mêmes valeurs, on n’ira pas leur proposer quelque chose.

Il faut savoir qu’on fait environ 100 cassettes, il n’y a pas vraiment de notion d’argent avec le groupe, on n’a pas pour but de se rémunérer sur nos sorties. On donne une quarantaine de cassettes au groupe et nous on vend le reste pour pouvoir rentabiliser notre investissement qui paiera la sortie suivante.

Ideal Crash reçoit beaucoup de démos j’imagine ?
Pas tant que ça ! Les gens connaissent notre façon de fonctionner, et on ne fait pas de sortie de cette façon puisque tout est dans l’humain pour nous, on aime voir les groupes, apprendre à les connaître, discuter avec eux avant qu’il ne se passe quelque chose.

Est-ce qu’il y a des critères de choix artistiques pour pouvoir signer chez Ideal Crash ? C’est quoi la philosophie du label ?
Notre style musical est assez précis en fait. On produit de la musique post-hardcore, du post-rock, des musiques noise. On a une esthétique très Do it yourself. Les groupes n’ont pas forcément un tourneur derrière eux, ils se donnent du mal pour faire avancer et perdurer leur projet, ils se débrouillent avec les complications liées à leur vie à côté, leurs métiers. Un peu comme nous finalement. On n’est pas forcément en mode « on casse tout et on donne tout dans l’année », des groupes qui tournent à bloc partout.

On a quand même notre petite fierté avec Lysistrata !

Combien d’artistes sont signés chez Ideal Crash actuellement ?
Question piège, comme ça, je dirais une dizaine…

Tu aurais ton Top 5 à me donner ? C’est une question difficile…
Ingrina, actuellement c’est une grosse claque. Je mettrais Lysistrata aussi, j’ai joué avec eux avec mon groupe et c’est dément sur scène, des mecs aussi jeunes avec une telle maturité. On les a fait jouer 2 fois avant d’assurer la sortie de l’album en cassette. Dans les sorties plus anciennes, je pense à L.D. Kharst, des mecs de Ingrina à la base, It It Anita qui ont joué pas mal de fois sur Rennes (ils ont joué aux 20 ans du Jardin Moderne en juin dernier). Je me souviens d’un de leur concert au Bar’Hic où le batteur a fini le concert dehors, il avançait au fur et à mesure du dernier morceau jusqu’à se retrouver dehors en jouant. Il s’était fait rattraper par la patrouille car il faisait trop de bruit.

Tous les groupes qui sont chez Ideal Crash m’ont impressionné en live !

Quel est ton dernier coup de cœur que tu aimerais avoir chez Ideal Crash ?
C’est une bonne question. Ma dernière grosse baffe remonte à Ingrina. Quand on les a fait jouer sur Rennes, on n’a pas eu beaucoup de monde, c’était en pleine semaine. J’avais de la peine qu’on n’ait pas réussi à avoir plus de monde tellement c’était fort.

J’ai revu Ingrina il y a quelques semaines à Nantes et on sent déjà que le niveau est en train de monter. Pour moi, c’est le groupe de l’année !

Et d’ailleurs, pourquoi ce nom ?
Il y a un lien avec un album de Deus qui s’appelle The Ideal Crash (sorti en 1999), c’est un groupe qui colle bien avec les goûts musicaux du label. C’est le genre de groupe qu’on aurait fait jouer.

Les groupes attendent souvent beaucoup des labels qui les signent. Peux-tu nous dire ce qu’un label attend d’un groupe ?
Il faut d’abord qu’ils soient concernés par le support, que ça leur plaise.

Les groupes doivent défendre personnellement le support autant qu’ils défendront la sortie vinyle, digitale et autres.

Il faut qu’ils communiquent aussi sur la sortie cassette. Certains groupes peuvent oublier ce support dans leur communication. Il faut que l’objet leur plaise aussi à eux, ça n’est pas qu’un objet de plus dans leur merchandising. La cassette doit être intégrée dans l’ensemble de leur projet de sortie. Même si c’est une sortie en faible quantité, la cassette ne doit pas être considérée comme un petit bonus.

Etre un label indépendant aujourd’hui c’est difficile ? Comment vois-tu l’avenir des labels comme Ideal Crash ?
On essaie de lancer la sortie suivante sur ce qu’on a gagné avec la sortie précédente. Il y a eu quelques fois des difficultés, des groupes qui s’arrêtent peu de temps après la sortie, des groupes qui n’arrivent plus à défendre autant leur deuxième sortie pour des raisons diverses, qui jouent moins, etc… Il y a plein de paramètres qui ne nous font pas toujours rentrer dans nos fonds. C’est aussi pour ça qu’on faisait des concerts à côté, pour renflouer un peu les caisses. Après, ça n’est pas difficile d’être un label indépendant mais ça demande un investissement personnel important.

Je ne vois pas notre avenir morose, on vend toujours des cassettes, on en vend même plus qu’avant mais il faut se bouger, produire des choses, ne pas s’arrêter.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, tu en as déjà parlé mais sur quels supports Ideal Crash sort les albums et comment vous est venue cette idée ?
On ne sort effectivement que de la cassette, il y a peut-être eu des CD au tout début du label. On s’est dit que pour sortir des vinyles il faut déjà une structure assez grosse. Ca nous est déjà arrivé mais en coproduction avec d’autres labels, mais ça n’est pas notre « marché », notre cœur de cible. Le CD, une fois mis sur ton ordinateur, il ne te sert à rien et l’emballage n’est pas très inspirant.

La cassette attire les regards, on attire la curiosité des gens quand on tient des stands sur les festivals avant même de parler musique avec eux.

Ca les force à poser des questions, pour eux personne n’a plus de lecteurs, alors que c’est faux. La cassette ne coûte pas très cher à produire, on peut faire 50 exemplaires facilement, ça permet d’avoir quand même un support physique en plus d’une sortie digitale. Et puis, avec la cassette, côté création, on a des idées à l’infini. Moi j’ai par exemple un petit cahier dans lequel je mets sans cesse des idées de packaging. On n’est pas en manque d’inspirations autour de cet objet. La taille du support permet aussi de faire plein de choses impossible à faire avec un vinyle. Par exemple, notre cassette pour Reliefs, c’est un origami en forme de fleur, impossible à faire en format vinyle. Il y a aussi l’esthétique sonore de la cassette. Les groupes que nous faisons jouer sont dans une esthétique lo-fi et ça fonctionne plutôt bien avec la cassette. A l’écoute, il y a un certain charme, un grain particulier, quelque chose d’assez musicale que j’aime beaucoup.

Selon toi, qu’est-ce qui fait un bon groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu penses de la scène musicale actuelle ?
Le groupe qui joue parfaitement sur scène, de façon hyper carrée, ça n’est, pour moi, pas la définition du bon groupe. Il faut que le groupe soit spontané sur scène, qu’il se lâche, qu’on voit clairement que le groupe prend plaisir. Il faut qu’il y ait de la cohésion dans le groupe, que tout le groupe soit homogène, qu’il n’y ait pas 2 membres mis en avant et les autres derrière.

Et la scène rennaise ?
Il n’y a pas beaucoup de rennais chez nous à part Black Boys on Moped. Je ne suis pas spécialement la scène mais on organise beaucoup de concerts au Bar’Hic.

On va faire une pause au niveau des concerts car on a eu des soirées difficiles en terme de fréquentation ce qui nous met nous aussi en difficulté pour payer les groupes.

C’est stressant quand on fait venir des groupes de loin, parfois ils viennent juste pour nous et si on n’est pas capable à minima de les défrayer, c’est raté. On a un peu d’amertume des gens qui se plaignent du coût d’une soirée. Aller voir 3 groupes pour 5 euros, c’est tout à fait raisonnable. On va quand même défendre nos prochaines sorties en faisant jouer les groupes avec qui nous travaillons, ça n’est donc pas fini pour autant.

Quelle sera la prochaine sortie de Ideal Crash ?
Jim Ballon à la rentrée 2018 et Quentin Sauvé (Throw Me Off The Bridge, Birds in Row) pour début 2019.

Merci Corentin.

Propos recueillis par Cath
Crédits photos : Tony Be Good et Ideal Crash

Pour suivre l’actualité de Ideal Crash : https://idealcrash.bandcamp.com/

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