Nakhane : « J’ai ces héros dispersés dans mon cerveau et David Bowie est l’un des leurs. Ils ont crée le monde de Nakhane. »

Nakhane

Nous avions rencontré Nakhane aux Trans Musicales 2017 pour sa création originale à l’Aire Libre. Depuis, il a sorti un deuxième album « You Will Not Die ». Il sera de retour à Rennes et jouera sur la scène de l’Ubu le 10 octobre.

Rencontre avec Nakhane (interview réalisée pendant les Trans Musicales 2017).

Tu es chanteur, musicien, acteur, romancier, danseur. Tu es un artiste pluridisciplinaire. L’art en général t’aide à t’exprimer, à t’évader ?
Parfois cela me sert à dire des choses importantes.

Au début, c’était surtout sur moi, j’étais égoïste, je voulais juste m’exprimer sur ce que je ressentais et ce que je ne pouvais dire dans la vraie vie aux autres.

Cela a commencé avec d’autres artistes en lisant d’autres livres, en écoutant la musique des autres et cela m’a aidé. Cela m’a donné un langage afin de comprendre le monde et c’est là que j’ai commencé moi-même à m’intéresser à l’art. Je ne sais pas si je suis un danseur. Je danse juste sur scène, cela m’arrive, je ne me qualifierais pas de danseur.

Un second album en 2018 sort pour la 1ère fois juste avec ton prénom. Pourquoi avoir supprimé « Touré » ?
C’est une longue histoire. Je suis né Nakhane Mavuso et j’ai été adopté par une tante quand j’avais environ 7 ans. Quand elle m’a adopté, j’ai moi-même changé mon nom de famille avec le sien et je pensais que je faisais partie de la famille, d’une nouvelle « famille normale ». Et plus tard, en changeant mon nom en « Touré », j’ai trouvé une appartenance culturelle mais c’était comme si j’essayais de fuir quelque chose, de me fuir moi-même. Il y a 2 ans j’ai senti que je n’avais plus besoin de ça, je n’avais plus besoin d’appartenir à quelqu’un. J’en ai assez, j’ai 29 ans maintenant, je n’ai plus besoin de fuir. A un moment donné, vers 28/29 ans, tu t’obliges à traiter avec tes propres non-sens.

Pour moi un des symboles était d’abandonner mon nom parce que les noms de famille sont très importants, ce sont presque des prophéties.

Tu vis entre Londres et l’Afrique du Sud. Pourquoi Londres ? Cette ville t’inspire ?
Je ne sais pas pourquoi Londres est devenu l’endroit où il faut être ! Par paresse de part la langue. Mon producteur est anglais donc cela était logique d’aller à Londres pour moi. Et je voulais changer, je voulais être seul pour un long moment, le plus longtemps possible sans mes amis et ma famille. Je vais vraiment bien. Je m’éclate autant que je le pensais. Et la vérité c’est que je le suis, je suis vraiment bien seul ! J’aime mes amis et ma famille, mais il y a quelque chose avec le fait d’être seul dans une ville qui ne te connaît pas.

Dans une ville que tu ne connais pas, tu découvres des parties de toi que tu ne connaissais pas avant, ou du moins que tu essayais de tuer ou de garder enfoui.

Et tu ne peux que grandir de ça, tu vois, te comprendre toi-même, mais ça n’était pas vraiment un choix que j’ai fait, c’est juste arrivé comme étant une option, c’était la plus simple.

Tu es un symbole LGBT en Afrique du Sud.
Je ne sais pas ce que je ressens sur le fait d’être un symbole LGBT. Il y a quelques jours, mon label a mis ma vidéo «Clairvoyant » en ligne et l’a sponsorisée sur ma page Facebook et c’était intéressant pour moi de lire certains commentaires homophobes. Cela ne me blesse plus parce que les gens me disent ce genre de choses depuis que j’ai environ 5 ans. La seule chose c’est que la manière de m’insulter pourrait être plus créative. Ce n’est pas nouveau donc ça ne me blesse plus autant. Ils sont juste ridicules. Au début, quand j’étais plus jeune, cela faisait que je ne me prétendais pas gay et maintenant ça fait que je ne veux plus me battre. Maintenant, le mot en anglais est que ça me renforce, ça me rend plus fort, je suis ici et je vous emmerde ! Je ne vais pas arrêter ! Je suis gay !

Lorsque j’étais plus jeune, il n’y avait personne qui me ressemblait, qui était honnête avec sa sexualité et c’était très difficile parce que ça me faisait me sentir seul et fou, et faux.

Donc s’il y a quelqu’un quelque part, des enfants dans une petite ville qui n’ont personne qui leur ressemblent et que je suis cette personne alors tant mieux.

Tu as reçu des menaces de mort pour le film « Les Initiés ». C’est vrai ?
C’est vrai, c’est vrai. Les hommes sont juste… les hommes ont peur, les hommes sont tellement habitués aux hétéros, ils sont habitués à vivre leur vie mais personne ne leur en fait le bilan. Personne ne leur dit pour leurs conneries et ils se sentent toujours menacés. Ils réagissent d’une certaine manière. Donc, c’est juste très intéressant pour moi . Comment ces hommes dans le film et le sujet du film étaient une menace pour le monde, tu vois. Et que la seule façon qu’ils avaient pour se sentir bien était de me menacer de mort. Mais d’un autre côté, j’ai eu un grand soutien des femmes noires féministes et des hommes queer. Aussi fort et aussi féroce que la haine. C’était très intéressant.

Tu t’es mis à la musique à quel âge et pourquoi ?
Depuis que je suis né. Je veux dire, j’ai grandi dans une famille très musicale. Ma maman et ses sœurs chantaient toutes dans une chorale. Mes premiers souvenirs musicaux sont six voix dans une pièce chantant de la musique chorale. Ca remonte donc à très longtemps. Ensuite, quand j’ai bougé de la ville où je suis né, qui s’appelle Alice, vers la ville Port Elizabeth, ma maman m’a fait connaître la soul music. Marvin Gaye, The O’Jays. Mais pendant longtemps, je n’ai connu que la musique chorale, la musique chorale traditionnelle et celle de l’ouest. Haendel, Mozart, Hayden. Et je savais que je pouvais chanter de mon jeune âge parce qu’elles me l’avaient dit. Elles m’ont appris comment chanter, la respiration, le contrôle, elles m’ont appris les tonalités. Je me souviens quand j’étais gamin et que j’allais à l’école, je chantais tout seul.

Avec ma mère, dans la voiture, on chantait tout le temps ensemble. Elle m’apprenait tout le temps les gammes. Elle me disait : « tu sais, tu devrais te servir de ta voix ».

C’est quelque chose qu’elle m’a dit jusqu’à mes 9 ans. Quand tu chantes tu dois être très conscient de la manière dont tu utilises ta voix, tu sais crier. Je savais ce qu’il me restait à faire pour le reste de ma vie.

J’ai lu que pour toi, David Bowie est une référence universelle ?
Pas universelle, Bowie n’est pas universel, peut-être dans mon monde… Il y a quelque chose de particulier… Il y a quelque chose en David Bowie que j’aime, il n’avait peur de rien. Comment il a crée la musique qu’il faisait, ce qu’il disait, c’est ce qui m’intéresse. Et l’écrivain James Baldwin, il a vécu à Paris pendant quelques années. Il est connu en France je crois. Il a changé toute ma vie. J’avais 19 ans et j’ai découvert un de ses livres appelé « Just above my head ». Je me suis vu dedans pour la première fois.

J’ai ces héros dispersés dans mon cerveau et David Bowie est l’un des leurs. Ils ont crée le monde de Nakhane, ils sont des continents en quelque sorte.

Merci Nakhane

Propos recueillis par Cath

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