IAM

Pour la Saint Valentin, j’me suis offert mon tout premier concert de rap. Je m’étais toujours dit que pour cette première fois, il faudrait quelqu’un de spécial (je suis une romantique, une idéaliste) et il était donc logique que ce soit avec le tout premier groupe de rap que j’ai écouté, avant même d’avoir une dizaine d’années : IAM. 

IAM, ce sont les années 90 en France. IAM, c’est Akhenaton (Philippe Fragione), Shurik’n (Geoffroy Mussard), Kheops (Éric Mazel), Imhotep (Pascal Perez), et Kephren (François Mendy). IAM, c’est la chaleur marseillaise au Liberté de Rennes, un soir où on oublie une énième tempête bretonne. 

On laisse le vent aux portes, et on s’emporte. 

Premières notes. J’arrive pile pour « Nés sous la même étoile ». Une de mes préférées. Ce moment où on a l’impression que le concert n’attendait plus que nous pour commencer. La lumière des appareils photos dans la fosse renvoie aux étoiles qu’on voit apparaitre en projection-mapping au fond de la scène. J’aperçois même des briquets. Et 4 lascars sur scène, 3 autres derrière, aux platines. Du regard, je fais un tour d’horizon : le Liberté est plein comme un oeuf ou presque, de tous les âges, … Et sur toutes les lèvres, les paroles. « La vie est belle. » 

 » Hey Rennes, es-tu là ?!  » nous crie le groupe. Le public est bel et bien là. Ça hurle. Personnellement, j’ai oublié la Bretagne, la tempête est dehors. 

Ça enchaine sur le premier single de leur dernier album (IAM) s’intitulant « Si j’avais 20 ans ». Ce qui est bizarre, c’est qu’entre la première fois où j’ai écouté le groupe et aujourd’hui, j’ai 20 ans passé. Le moment de se demander si nous, on a mangé le monde comme ils disent dans la chanson. 

IAM, c’est aussi un groupe nourri de pop-culture. Y’a du japonisant, du samouraï dedans. Les toiles où sont projetés les clips sont au format kakémono, en référence à la bannière du groupe. Le logo lui-même est incrusté dans un temple japonais. Un souvenir des dessins animés qui débarquaient sur TF1 dans les années 80-90, toi même tu sais. Dans un autre registre, y’a même… du Dark Vador. Quand la salle tombe dans le noir et que la voix d’un des plus grands méchants se fait entendre, la foule est en liesse. Des lumières vertes sondent la masse. Les premières notes de « L’empire du côté obscur » se font entendre en même temps que des sabres lasers rouges apparaissent sur scène. Joie. Ce titre de 1997 est indémodable. Cet album, « L’école du micro d’argent », inoubliable. Le public redevient enfant ou gagne près de 20 ans, l’espace d’un instant. Ça doit être ça, le pouvoir du côté obscur… 

 Le groupe pointe du doigt les trois mecs aux platines juste derrière, le moment d’un interlude «instrumental » où on peut entendre quelques bribes de chansons telles que « Ça vient de la rue ». On nous explique :  » Qui dit concert de rap dit… Dj’s ! « . La foule remue gentiment, un moment de calme avant la reprise. 

En tout cas, IAM à Rennes, ça ne venait pas de la rue, c’est une longue histoire. Ils nous disent avoir fait les Transmusicales en 1990 salle de la cité.

Le concert continu, le public ne s’essouffle pas. Le groupe non plus, loin de là. Des petits pas de hip-hop par ci par là, des « Badboys » et autre « Bouge la tête » en passant par des indications telle que « Lève les bras et touche le ciel ». De ce que je vois, le public essaye vraiment de toucher le ciel, n’en doutez pas. Je vois des mains qui jamais ne se baissent. 

On entend le titre « Dangereux » et son refrain entêtant. Une mamie qui fredonne à côté de moi « I’m dangerous ». Surréaliste. 

Puis « Sombres Manoeuvres » de l’album « Arts martiens ». Le clip est projeté sur les kakémonos. Des notes orientales se font entendre, souvent présentes dans leur son. Tantôt, des murs de briques ou des fenêtres apparaissent  sur les toiles. Le groupe nous raconte des histoires de gens qui se retrouvent face à des murs, ou qui arrivent à les surmonter. Le titre « La saga » arrive alors naturellement. Comment le groupe est né, à partir de rien. 

Le moment de parler du contexte politique et social de la France. De ceux qui peuvent appeler certains membres du groupe « des singes ou des bonobos au mieux ». Sauf que « ça parle les singes hein ! », on rit pour ne pas pleurer. « Ça sent la botte en cuir et le bras tendu ». Triste constat. La tempête n’est pas forcément là où on l’imagine. Mais pour le moment, c’est la fête, avec eux. Et puis, on enchaine : « Je ne pense pas à demain parce que demain c’est loin ». 

 Les clips défilent, un banc arrive sur scène, ils s’assoient pour chanter, comme à une bonne soirée entre potes. Ça sent la fin.  » Merci Rennes ! Ne changez rien : votre énergie, l’ambiance… ». 

Ils partent. 

Ça crie, ça tape du pied comme un gosse capricieux. Tout ça pour qu’ils reviennent. IAM. « Je suis ». On est. Le cri d’une génération qui a envie d’exister. 

Pour le rappel, je croise les doigts. Au sens propre du terme. Je prie pour qu’ils fassent « Petit frère ». À la place, le rappel commence avec la bande-son du premier Men in Black, dans les gradins ça se lève. Ambiance boite de nuit. Les introductions de musiques disco s’enchainent.  Tout le monde se lève dans les gradins et esquisse des pas de danse. L’un des chanteurs se ramène avec une veste à paillettes de toute beauté.
Des pas, par ci par là. Et on danse le MIA « avec l’accent ! » 

Ça enchaine sur « Petit scarabée », une chanson qui n’est finalement pas apparu sur le dernier album, pour des raisons inconnues. « Petit scarabée! Petit scarabée !  » Et enfin… « Petit Frère ». On a le coeur gros, on la chante tous. L’émotion est palpable. 

 » Un dernier coup d’éclat », de « Arts martiens », un dernier au revoir, et les lumières se rallument.

Ce soir, c’était nos souvenirs et nous. Le souvenir d’un vrai bon rap français. Vrai, touchant, énergisant et révolté. Et c’était très bien comme ça. Merci à vous tous, IAM et public rennais, pour cette belle soirée de Saint Valentin. 

Sophie Barel

Photo par Mozpic

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