Le Grand Soufflet fête ses 20 bougies ! Rencontre avec Etienne Grandjean.

© DR - Le Grand Soufflet - Orchestre National de Barbès

Le Grand Soufflet fête ses 20 bougies du 1er au 10 octobre au Chapiteau du Thabor et dans 32 communes du département. Etienne Grandjean, directeur artistique, nous parle de ce bel anniversaire.

20 ans, le bel âge… L’âge où nous plongeons dans le monde des adultes, où nous prenons des choix importants pour notre avenir, où nous nous posons des questions. 20 ans, c’est l’âge où nous profitons de la vie et où nous avons plein de rêves.

Rencontre avec Etienne Grandjean.

Peux-tu nous raconter l’histoire du Grand Soufflet ? Comment est né ce festival ?
Il est né de par ma pratique de musicien accordéoniste. J’ai commencé à jouer de cet instrument quand j’avais 16 ans. Le fait d’avoir joué dans beaucoup de festivals et un peu partout à l’étranger m’a amené à rencontrer beaucoup de musiciens. J’ai aussi joué dans beaucoup de festivals qui avaient cette thématique. Je trouvais dommage qu’il n’existe pas en Bretagne un événement autour de l’accordéon étant donné la vivacité de cette instrument dans cette région. Il y avait eu des choses sur 2 jours, sur un week-end, avec 2 ou 3 concerts mais pas un vrai festival. C’est né de cette idée. Je n’ai pas crée tout cela seul. Il a fallu que j’aille voir des partenaires, que je trouve des personnes pour m’aider. J’ai rencontré Claude Berceliot à Fougères qui m’a aidé à développer le projet et à décider d’autres programmateurs de s’y raccrocher. C’est comme cela que dès la première année, on était déjà 12 personnes dans plusieurs communes différentes. Il y avait Vitré, Fougères, Saint-Malo, Chartres de Bretagne, etc… A Rennes, on faisait des concerts à la Péniche, au Triangle. On a commencé directement avec 10 jours. Il aurait fallu beaucoup de week-ends étant donné notre première programmation. Il y avait déjà un bon nombre de lieux, il ne fallait pas que tous les concerts se marchent dessus. Il n’y avait pas ce lieu central qui existe aujourd’hui, au Thabor, depuis deux ans. A l’époque, c’était uniquement dans les centres culturels. Il a fallu quelques années avant que je ne trouve qu’il manquait un coeur au festival, un endroit festif, un quartier général.

En 1996, l’instrument était encore, pour le grand public, largement assimilé à la musique traditionnelle et au musette. Le pari de longévité n’était donc pas gagné. Tu y aurais cru si on t’avait dit à l’époque que tu fêterais les 20 ans du festival avec plus de 82 événements sur tout le département en 2015 ?
Non, bien sûr que non. Je ne l’aurais jamais cru et cela ne m’aurait pas forcément emballé. Me dire que dans 20 ans j’y serai encore, cela m’aurait plutôt fait peur ! Je suis quelqu’un qui aime bouleverser, prendre des risques, partir sur des projets divers et variés. Mon parcours est ponctué de choses très différentes donc cela m’aurait fait peur. J’ai quand même trouvé une espèce d’adrénaline qu’on retrouve un peu quand on est musicien. C’est comme quelque chose qui émerge petit à petit. Découvrir des groupes, les faire partager leur musique devant un public, faire des paris avec certains groupes qui ne sont pas connus. Il y a cette adrénaline qui fait que tu restes toujours un peu haletant. Tu es sur quelque chose qui t’emmène de plus en plus loin.

Faire changer l’image ringarde de cet instrument était un sacré pari. C’est pour cela qu’on trouve tous les styles dans la programmation ? On passe de l’électro au rock. Tu as voulu élargir la gamme musicale pour élargir le public et démocratiser le piano à bretelle ?
Non, pas du tout. Bien sûr l’accordéon avait une image ringarde qui correspondait à une génération et qui ne correspond plus à la même génération aujourd’hui. Je voulais surtout que ce festival soit à l’image de mon parcours artistique. Je suis issu des musiques traditionnelles bretonnes, mais j’ai aussi travaillé pour le cinéma, le théâtre, la danse contemporaine, la chanson, le cirque.

Je voulais que ce festival ressemble à mon parcours et démontrer que l’accordéon inspire des gens dans bien d’autres domaines que le musette.


Comment décrirais-tu cette édition 2015 ? Elle est tout de même spéciale.

Ensoleillée ! On fête nos 20 ans c’est un regard sur le travail qu’on a fait toutes ces dernières années. C’est un coup de rétroviseur. Il y a aussi l’envie de fêter cela car c’est tout de même un palier, une étape. C’est en même temps beaucoup d’inquiétudes pour la suite. Il n’est pas dit que les politiques continuent de nous soutenir au niveau où ils nous soutiennent aujourd’hui. Au delà de cette mission du territoire, il y a aussi ce chapiteau qui est un investissement financier. Cela coûte de l’argent d’être au Thabor. Il faut donc tenir la route. Après, sur l’aspect artistique, comme toutes les éditions, j’ai beaucoup d’attentes sur certains spectacles, et je sais que je suis rassuré sur d’autres. On est toujours dans le même cas de figure avec des défis. C’est le jeu d’un festival !

Pour fêter dignement ces 20 bougies, il y aura une soirée « spécial 20 ans » au parc du Thabor, le 2 octobre, pour laquelle ont été invités les artistes qui ont marqué le festival. Tu peux nous en dire plus sur cette belle soirée anniversaire ?
Les choix d’artistes pour cette soirée auraient pu être plus larges.

J’ai pris des artistes qui ont marqué par différents aspects, qualités artistiques et autres mais qui sont aussi assez proches de ce que j’imagine pour l’avenir du festival.

On est souvent sur des artistes qui renvoient vers une pratique de l’accordéon avec des nouveaux sons. Il y aura donc la Troba Kung-Fù qui vient de Barcelone, qui vient d’être élu meilleur groupe de rock de l’année 2015 de Barcelone. C’est un mélange rumba et cumbia avec une énergie folle. C’est l’un de mes groupes préférés, j’ai donc du mal à en parler autrement. Il y aura aussi Summer Rebellion, qui est un duo avec ce chanteur qui a quasiment la voix de Tom Waits, rocailleuse, avec un accordéon très rock’n roll, très soutenant à la voix. Wendy McNeill, elle vient du Canada. Elle est plus sur la tradition du songwriter anglosaxon, très folk. Les californiennes Whiskey & Women qui sont plus autour de la musique traditionnelle cajun, de la musique des Appalaches, mais relookées, elles sont un peu des punkettes avec une énergie renouvelée. Il y aura aussi DJ Panko de Barcelone, l’ancien DJ de Ojos de Brujo, un collectif espagnol qui a beaucoup tourné à une certaine époque.

Durant cette soirée anniversaire, tu t’y produiras avec Soïg Sibéril avec qui tu enregistreras un album en décembre. Ca fait quoi de se produire sur la scène de son propre festival et d’enlever sa casquette de directeur artistique ?
Oui je fais un petit intermède avec Soïg pour marquer le coup des 20 ans. Ca sera la troisième fois que je fais cela. Ca n’est pas évident si on prend en compte l’aspect du stress. Quand tu joues, tu aimes bien être relax, tu te concentres dans la journée, tu répètes. Là, je serai aussi dans le stress de l’organisation. Je vais arriver speed et je vais sortir speed. Je crois que je ne vais pas voir grand chose. Je vais quand même essayer de profiter du moment mais ça ne sera certainement pas évident.

Comment s’est fait le choix du parrain du festival ? Au départ, il s’agissait de Jean Corti qui a été remplacé par Lionel Suarez, virtuose de l’accordéon. Il se produira aux côtés de Mouss et Hakim avec lesquels il présentera d’ailleurs en avant-première leur nouvelle création le dimanche 4 au Chapiteau.
Ce choix s’est fait naturellement. Autant Jean Corti est le représentant d’une certaine génération d’accordéonistes, même s’il a accompagné bon nombre de chanteurs à une certaine époque comme Jacques Brel. Il est aussi un lien avec la nouvelle génération comme les Têtes Raides. Quant à Lionel Suarez, c’est la nouvelle génération. Il a aussi accompagné un certain nombre de chanteurs de sa génération à lui. C’est le même profil que Jean Corti. L’accompagnement de chanteurs c’est quelque chose de très spécifique chez les accordéonistes et cela demande un jeu très particulier. Quand ils sont bons, c’est de l’or en barre pour le chanteur. Lionel était en plus déjà sur place avec Mouss et Hakim et Krismenn & Alem. C’est quelqu’un avec qui je partage beaucoup de choses. Il m’avait invité sur une carte blanche en juin dernier à Toulouse, un spectacle en hommage à Claude Nougaro. On est très proches, comme je le suis avec Jean Corti.

J’avais envie d’un parrain qui ne soit pas un étranger, qui connaisse bien le Grand Soufflet. Je voulais être en famille en quelque sorte.

Ton coup de coeur de cette édition anniversaire ? Tu en as sûrement plusieurs ?
Pour moi ce qui est le plus attendu c’est justement la rencontre de Lionel avec Krismenn & Alem. C’est le truc le plus explosif. J’ai déjà pris une grosse claque avec les deux alors avec les trois, ça devrait être énorme. J’ai un deuxième coup de coeur aussi pour FlaSSh, de l’électro funk bien barrée avec deux artistes qui ont beaucoup d’humour dans leur musique. On est presque dans des soirées disco par moment. L’artiste québécois They call me Rico est aussi un gros coup de coeur. Il est dans la tradition du one-man band, avec sa grosse caisse aux pieds, ses cymbales, sa guitare. Un vrai chanteur de rock’n roll. Si j’avais à choisir, je ferais ces 3 concerts !

Quel est l’artiste qui t’a le plus marqué en 20 ans au Grand Soufflet ? Ton plus grand moment ?
Jean Corti, sans hésitation. Il est venu au festival pour la première fois, en 1999 ou 2000. Il est venu sur une soirée spéciale. Je fêtais mes 25 ans de musique, j’avais donc invité un certains nombre d’artistes. Cela se passait au Triangle, il y avait 600 personnes. Je me souviendrai toujours quand il a joué son répertoire de Brel. Il faut savoir qu’il était l’accordéoniste de Brel, mais aussi son compositeur. C’est lui qui a composé les Bourgeois, Madeleine. C’est pas n’importe qui. Quand il a fait ses enchainements, on avait l’impression d’entendre Brel. C’était très fort. Rien que d’en parler j’en ai des frissons ! Les 600 personnes ont eu les larmes aux yeux. C’était un moment très très fort. La Troba Kung-Fù fait aussi partie de mes gros coups de coeur. A chaque fois qu’ils sont passés, ils ont retourné le chapiteau.

Est-ce qu’il y a un groupe, un artiste que tu as toujours rêvé de programmer ?
Oui, mais je ne le dirai pas. Je peux juste te dire qu’il y en a 3. Je ne désespère pas de les programmer un jour…

Des nouveautés pour les 20 ans ?

Cette année, il y a certaines soirées plus « à concept ». Il y a la soirée des 20 ans, il y a aussi la soirée punk rock du vendredi avec 3 groupes qui sont sur la même esthétique musicale. La grande nouveauté, c’est le concours de palet le samedi. Les inscriptions sont complètes pour la compétition mais tout le monde peut venir voir au Thabor. C’est un samedi après-midi, il fera beau, ça sera un moment très sympa pour les competiteurs et pour le public. Il y a 30 doublettes, donc 60 concurrents. C’est une belle première !

Les 21 ans sont-ils déjà en préparation ?
Oui, je sais déjà à peu près où je vais mais je ne peux rien dire de plus. Tout peut basculer dans un sens ou dans un autre. J’ai certaines envies avec mes 3 fameux artistes que je rêve de programmer. Je commence toujours par eux tous les ans. L’édition 2016 n’est qu’une ébauche pour le moment. J’ai une idée sur la thématique, il faut maintenant que ces idées aboutissent, ça n’est pas toujours le cas.

Veux-tu rajouter quelque chose ? Un aspect qu’on aurait pas abordé qui te semble important ?
Allez sur le site du Grand Soufflet pour trouver toutes les infos, les vidéos. Il ne faut pas avoir peur de bouger sur tout le département car il ne se passe pas des choses qu’au chapiteau. Il y a aussi des concerts dans 32 communes. Il ne faut pas hésiter à être curieux !

Merci Etienne et joyeux anniversaire !

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : DR – Orchestre National de Barbès

Toutes les infos sur le Grand Soufflet > http://www.legrandsoufflet.fr

JEU
Rennes Musique et Le Grand Soufflet vous proposent de gagner 4 places pour le concert de The Roughneck Riot & Psycho Mutants.
Le vendredi 09 octobre à 21h00Thabor – Chapiteau du Grand Soufflet (Rennes)

Pour cela, répondez à cette question :
Quels sont les 3 coups de coeur de cette édition d’Etienne Grandjean ?

Pour jouer et tenter de gagner une des 4 places en jeu, envoyez un mail à : catherine@rennesmusique.com en précisant vos nom, prénom, adresse et en indiquant «The Roughneck Riot / Psycho Mutants» en objet du mail.
Attention : une seule participation par personne pourra être validée.

Les 4 premiers participants avec la bonne réponse recevront un mail mercredi 7 octobre à 9h.
Bonne chance !!!

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