Mesparrow : « j’ai eu envie de faire sonner la langue française comme je faisais sonner l’anglais »

Mesparrow

Elle vient de sortir son second album « Jungle contemporaine ». Mesparrow était jeudi dernier en concert à Rennes dans le cadre des Embellies devant un public séduit.

Rencontre avec Marion Gaume

Sur ton premier album, il y avait un titre dans ta langue maternelle. Pour ce deuxième album, tu as choisi d’écrire en français. Pourquoi ce choix ? Tu voulais tout simplement que le public comprenne ce que tu avais à dire ?
En effet, je voulais que le public comprenne mes paroles. Quand j’ai composé mon premier album, j’étais en Angleterre et je suis venue le jouer en France. C’est là que je me suis rendue compte qu’en fait les gens ne comprennent pas aussi facilement l’anglais. Le public a en général plus tendance à écouter les mélodies et moins les textes.

A la fin des concerts, on venait toujours me féliciter mais me dire aussi que c’était dommage de ne pas comprendre les textes. Cet aspect m’a beaucoup frustrée.

Pour mon second album, j’ai eu envie de relever le défi d’écrire en français, de faire sonner la langue française comme je faisais sonner l’anglais, j’ai pris cela comme un challenge. Et je suis bien contente d’avoir relevé ce défi !

C’est plus compliqué d’écrire en français ? Ca change quelque chose dans la composition, dans le processus de création ? Cela change même ta façon de chanter non ?
Ca change la façon de chanter puisque le palais ne se forme pas de la même manière si on parle en français ou en anglais. En anglais, j’avais peut-être pris des tics, copié des chanteuses vu que cela n’a jamais été ma langue, alors qu’en français, il fallait que je trouve ma manière à moi de chanter. Je ne voulais pas chanter avec un accent légèrement anglais comme certains font. Je suis allée m’inspirer du côté de Rodrigo Amarante et sa façon de chanter en brésilien, de faire sonner ses consonnes. Il y a donc vraiment une nouvelle façon de chanter. J’ai beaucoup travaillé ma voix, ma technique vocale pour me reposer la voix car elle est fragile. Concernant l’écriture, c’est peut-être un peu plus long pour écrire, mais c’est surtout beaucoup plus en profondeur étant donné que j’ai plus de vocabulaire, je fais beaucoup plus d’allers-retours dans mon écriture.

En France, il y a aussi un passé de la poésie, les gens sont très attachés aux paroles quand ils les comprennent.

Tu parlais de Rodrigo Amarante, mais as-tu été inspirée par des artistes francophones pour cet album ? Je pense à Flavien Berger ou Camille notamment.
Au moment où je composais cet album, j’écoutais vraiment beaucoup Rodrigo Amarante et il m’a beaucoup inspiré dans ses arrangements, dans ses touches un peu bossa, jazzy. Dans mes références françaises, il y a toujours des traces de Barbara que j’écoutais beaucoup avant. Il y a certainement, inconsciemment, des traces d’elle dans ma composition. Avec Camille on a la même façon de travailler avec notre voix au centre, je pense qu’on doit avoir la même méthode. Camille est plus dans l’acoustique, moi je suis plus dans l’électro avec des arrangements différents. On doit aussi avoir le même côté ludique, le côté « la gamine qui est en nous » que j’aime aussi dans sa musique.

Tu voulais parler de quoi sur cet album ? Il y a un fil rouge sur la séparation, les histoires de couples compliquées non ? Toutes tes paroles sont d’ailleurs disponibles sur ton site internet.
Il y a des débuts et des fins d’histoires d’amour, des regards sur le fait d’être une femme de 30 ans aujourd’hui. Dans « Jungle contemporaine », il y a du moi avec le monde actuel qui nous entoure. Il y a un mélange d’autobiographie et d’un autre monde que j’emmène ailleurs, vers des rêveries avec toujours un regard un peu plus détaché sur le monde, un côté observatrice comme dans « Fantôme ».

C’est un mélange d’émotions, de sensations mais aussi d’idées politiques, la manière dont j’envisage un peu le monde…

Tu travailles avec des boucles de voix. Ta voix éraillée, fragile et gracieuse, c’est ton instrument principal en fait ? Il n’y a pas de batterie et la guitare est en arrière plan sur cet album, la voix est l’élément central de ta musique.
Pour moi, ma voix c’est mon clavier. Il va y avoir ma voix lead et plein d’autres voix qui vont amener d’autres textures. La voix lead chante, raconte l’histoire sur mon timbre naturel. Et je vais travailler d’autres couleurs, d’autres matières, avec mes autres voix qui vont plus être des voix rythmiques.

D’où ton nom d’ailleurs ! Mesparrow, un petit moineau qui chante…
Oui ! Cela veut dire « Moi, moineau ».

Dès le départ, je voulais un nom d’oiseau, les oiseaux chantent et sifflent, c’est leur manière de s’exprimer, à travers le chant.

Je trouvais que « Sparrow » ça sonnait bien et puis, le petit moineau, c’est lui qui est dans ton jardin, sur le rebord de ta fenêtre. Il est tout petit, commun, mignon…

Tu aimes chercher de nouvelles choses, de nouvelles sonorités, c’est ce qui t’anime dans la musique aujourd’hui ? Faire évoluer les choses ? Peut-être faire un prochain album encore totalement différent ?
Oui ! C’est bien que tu m’en parles parce que les gens me disent souvent « maintenant que tu as trouvé ton son, tu vas pas encore changer sur le prochain album ! ». Et moi je me dis que si ! Je ne vois pas l’intérêt de toujours faire la même chose. Quand je faisais mes études dans les Beaux-Arts, on présentait un projet, on l’exposait et ensuite on travaillait sur autre chose, une autre idée, une autre série. Pour moi, un album, c’est pareil. On développe un univers, une esthétique autour d’un thème avec une démarche particulière. Pour le prochain album, on va chercher autre chose. Et j’adore ça ! Et puis, j’ai envie de retrouver une émotion à chaque fois. Si je fais toujours la même chose, cela devient une routine et je ne suis plus en train d’exprimer quelque chose de fort.

Pour ressentir des choses fortes, il faut être dans la passion, dans quelque chose qui nous tienne.

C’est pas quelque chose de risqué par rapport au public ? Tu n’as pas peur d’en perdre en cours de route ?
Si je pense que c’est risqué mais pour le moment les gens que je vois, les retours que j’ai, sont positifs. Certaines personnes m’ont dit qu’elles avaient l’impression que je me dévoilais encore plus sur cet album du fait d’être en français. Cet album n’est pas plus ou moins intime que le premier, c’est juste que la langue en français leur ouvre une porte. Pour le prochain album, j’ai envie d’aller vers quelque chose de plus dans le grain de la voix !

Tu as aussi opéré des changements dans ton entourage. Tu es maintenant chez Yotanka et tu t’es entourée de personnes spécialisées dans l’electro-pop, dont un membre d’Isaac Delusion . Tu travailles aujourd’hui avec des personnes qui te correspondent plus, qui te laissent plus de liberté tout en te conseillant ?
Pour mon premier album, je suis restée en solo tout le long du processus et puis j’étais encore en train de chercher certaines choses. Pour « Jungle Contemporaine », je l’ai fait avec Nico d’Isaac Delusion et ensuite on l’a apprivoisé, approprié avec Fabien et Lionel qui m’accompagnent sur scène. Aujourd’hui, on est vraiment un trio, on a trouvé notre truc qu’on va même pouvoir encore pousser sur le prochain album. Ca n’est plus Mesparrow en solo. Aujourd’hui, ça devient plus riche, ça s’ouvre vers autre chose.

Comme tu viens de le dire, sur scène aussi il y a des changements. Tu as fait une résidence au Chato’Do à Blois. Mesparrow en live aujourd’hui, ça donne quoi ?
Sur la résidence, on a travaillé avec Luis, qui a déjà fait les lumières sur ma précédente tournée. Nous, dans nos arrangements, on est sur quelque chose de plus incisif, de plus dense par rapport à l’album.

Il y a plus de grain sur scène, quelque chose de plus énergique, de plus dynamique que l’album.

Tu as même changé de look !
J’ai plus souvent eu les cheveux longs en fait. Pour le premier album, je cherchais justement l’originalité avec mes cheveux courts. Je suis plus moi aujourd’hui !

C’est Izumi Idoia qui a illustré ton album et qui a aussi fait des cartes que tu vends à tes concerts. Tu peux me parler de cette artiste ?
Yotanka, mon label, basé autour d’Angers et de Nantes me proposait de travailler avec des personnes de leur région. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais dans leurs propositions. Je me suis donc mise à chercher sur internet. J’ai passé toute une nuit à cliquer sur des photos d’illustrateurs/trices. Quand je suis tombée sur le travail d’Izumi Idoia, j’ai tout de suite aimé ! J’adore ce qu’elle fait. Elle connaissait ma musique. C’est une super rencontre artistique et humaine. C’était déjà son langage, elle n’a pas tout changé pour faire mon visuel. Elle était libre sur la création. Elle s’est inspirée du titre de l’album. On a fait des séances photos ensemble et ma façon de bouger l’a aussi inspirée. Je fais beaucoup de gestes avec mes mains donc elle a dessiné des mains sur le visuel. Je pense qu’on a quelque chose en commun toutes les deux. Elle a aussi travaillé sur ma tenue de scène. On a imprimé ses dessins sur ma tenue. Elle a aussi dessiné sur le clip, ses dessins ont été animés. On voulait continuer à travailler ensemble au-delà de la pochette !

Comme on est sur Rennes Musique, j’ai une dernière question par rapport à la scène rennaise. Est-ce que tu suis particulièrement certains artistes rennais ? As-tu eu un coup de cœur rennais récemment ?
J’aime beaucoup Arm & Tepr, j’aime beaucoup les arrangements. J’adore les textes à la fois dark et sensibles. Je les ai vus en live et c’était super ! Il y aussi Robert le Magnifique, j’aime beaucoup son dernier album, je l’ai aussi découvert en live. Laetitia Shériff est aussi une copine, j’aime beaucoup sa musique et son univers.

Merci Marion

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Fabien Tijou et Izumi Idoia

FESTIVAL LES EMBELLIES
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