The Anticipation : confidences de Laetitia Shériff sur son dernier EP

Crédits : -Photo by : Sonia Larue / - Artwork by : Eric Mahé - Atelier du Bourg

Laetitia Shériff, Thomas Poli et Nicolas Courret ont immortalisé leur tournée avec « The Anticipation », sorti le 30 octobre dernier. Cet EP est le dernier fragment du triptyque intégrant l’EP « Where’s my I.D? » sorti en 2012 et l’album « Pandemonium, Solace and Stars » sorti en 2014.

Longue rencontre et confidences avec Laetitia.

Pourquoi avoir sorti cet EP ? Une envie de retranscrire l’énergie de ta tournée en trio avec Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A) et Nicolas Courret (Eiffel) ? C’était prévu ou c’est venu d’une envie particulière après (ou pendant) toutes vos dates estivales ?
C’est ça mais pas que. Le processus de création de l’EP a été un peu compliqué. Les plans ne sont jamais comme on les décide. Tu as beau penser à comment ça va se passer, il y a toujours des changements. Si je reviens sur l’historique de mes albums, il y a eu Olivier Mellano à la guitare. J’avais composé certaines choses en pensant à lui. Il y a eu Carla Pallone, Nicolas Courret et Thomas Poli, qui enregistrait, il était à la réalisation. Pour le premier album, on a réussi à jouer les morceaux avant de les enregistrer. Pour le deuxième c’était un peu plus expérimental. On s’est enfermés un mois avec Olivier et Gaël Desbois avec qui je jouais à l’époque. On a répété tout de suite après, on avait fait une résidence à l’Antipode et on est partis en tournée. J’avais pensé partir un peu avant, se faire une tournée « crash test », c’est-à-dire partir sans ingé son, light, et enchaîner les dates un maximum mais cela ne s’est pas fait. On a réussi à faire notre tournée « crash test » avec Nico et Thomas ensuite. Cette tournée a pris cette tournure. On a beaucoup joué, on a passé beaucoup de temps ensemble à imaginer ce que pourrait être la sortie du disque et on s’est rendu compte qu’on avait énormément de chance d’être ensemble. Au fur et à mesure qu’on avançait dans la tournée, je leur ai donc proposé qu’on enregistre un EP tous les trois. Je ne voulais pas que Thomas soit derrière une console mais qu’il soit là en tant que musicien.

Comme si les choses ne pouvaient pas être éternelles, j’avais envie de marquer ce cycle. J’ai senti que quelque chose se finissait. Cela me plaisait bien qu’on finisse avec un passage en studio.

Je savais pas si Yotanka, notre label, serait partant. Ils ont voulu être dans la boucle mais de toute façon, on partait quand même au Black Box Studio ! On avait vraiment besoin de ça ! Pendant plusieurs semaines, j’ai envoyé des petits bouts de musique à Nico et Thomas. On s’est dit qu’il allait falloir faire une sélection. On s’est donc pris 3 jours chez notre sonorisateur live qui a une petite grange et on a construit nos morceaux. On en a un peu chié pour certains parce que la session studio était une semaine après. Mais on y est arrivé et on y a pris beaucoup de plaisir. On a crée quelque chose tous les trois !

Mais pendant, avant ou après la tournée ?
Pendant la tournée, en même temps. J’ai senti comme un cycle, comme si je n’allais plus revivre cela. On s’est dit qu’il fallait immortaliser notre groupe et dire qui on est, maintenant en 2015, après une bonne poignée de dates. Je pensais aussi aux gens qui me suivent, qui m’écoutent. J’avais drôlement envie qu’il y ait cela. J’aime faire des disques, j’y prends beaucoup de plaisirs. On a reçu l’EP la semaine dernière et cela m’a fait quelque chose. Il y a comme quelque chose qui reste dans l’air et dans le temps. C’est gravé.

Cet EP baptisé « The Anticipation » sera le dernier fragment du triptyque intégrant l’EP « Where’s my I.D? » sorti en 2012 et l’album « Pandemonium, Solace and Stars » sorti en 2014. C’est un EP de clôture ? Une conclusion pour passer à autre chose ?
A vrai dire, je n’en ai aucune idée ! J’ai pas tout donné, ça c’est sûr. Je sais qu’autour de ces trois créations, il y a des points communs. Certains ont évolué sur The Anticipation.

Je ne dis pas que c’est fini, au contraire. Il y a des choses qui nécessitent un temps de recul, de faire autre chose aussi. Je pense que c’est important et je sens que c’est le moment de faire autre chose. Je sais que je resterai dans le format Rock.

Je ne me pose pas encore de questions en fait, mais ta question me fait y réfléchir. Je ne sais pas encore. C’est comme dans notre vie, dans nos différentes périodes, on sent forcément quand on passe d’une période à une autre. C’est pas parce que tu en as marre, ou que tu fuis quelque chose. Pour certains c’est parce que tu prends de l’âge, pour d’autres c’est parce que tu fais des enfants, etc… Il y a aussi ce qu’on est en train de vivre au niveau sociétal et au niveau politique. Je ne dis pas que je vais m’embarquer sur un album militant et engagé parce que j’ai déjà l’impression d’être dans un engagement fort. Peut-être pas assez par moment, quand je me sens indignée, pas à ma place, pas à faire assez de choses pour que cela change. Mais je pense qu’il faut avancer. Je n’en ai pas marre de tout ce que j’ai fait auparavant mais je sens que je veux passer à une autre étape. Tout cela n’est absolument pas carriériste. Il n’y a pas ce côté je m’arrête et j’attends que tout le monde n’en puisse plus de m’attendre. Je suis plus en train d’imaginer mon secret beauté pour être dans la continuité. Je pense à d’autres projets, à m’extirper du projet Laetitia Shériff. Je le fais déjà en allant enregistrer avec Trunks, l’autre groupe dans lequel je joue depuis dix ans, en allant m’impliquer dans d’autres choses. Je crois que c’est vraiment nécessaire.

En quoi ces 3 créations forment un triptyque ? C’est quoi le fil conducteur ? Qu’est ce qui fait que ces trois créations sont liées ?
Il y a une explication très technique. Je commence mon premier EP toute seule en jouant tout. Je poursuis par l’album où Nico arrive, Olivier Mellano, Carla Pallone. Je fais les guitares. Thomas est à la réalisation. Et il y a cette tournée. L’essence même de ce que j’aime le plus dans la musique. J’aime beaucoup sortir des disques mais ce que j’aime le plus dans ce métier c’est le live. Et là, on est partis à l’essentiel à trois. Pour tout te dire, l’aventure n’est pas vraiment finie. On termine l’année en allant dans des salles mais on a très très envie de retourner d’où on est partis fin 2013. On était partis faire une petite tournée tous les trois, notre tournée « crash test ». Elle s’appelait même à un moment donné le « Dangerous tour » ! C’est des bornes avec seulement deux conducteurs. Douze jours sur la route avec onze dates dans les pattes. On est partis fatigués mais on est revenus en forme, regonflés de toutes nos rencontres.

On aimerait bien retourner là où on a fait de belles rencontres, finir la tournée comme cela, aller jouer chez les gens qui ont cru en nous au départ sans qu’il y ait de disque.

J’oublie pas là d’où je viens, j’oublie pas les gens qui m’ont soutenu et c’est un plaisir toutes ces rencontres. Du coup, on va finir la tournée là-dessus si on veut encore de nous. C’est prévu pour 2016. On anticipe ! (jeu de mot)

Pourquoi avoir enregistré au Black Box Studio ? Pour le cadre calme et authentique ? Pour le matériel d’enregistrement vintage ? Beaucoup d’artistes comme Anna Calvi, Arthur H, dEus, EZ3kiel, Mesparrow, Miossec, Shellac, The Kills, etc… y sont passés.
On a commencé à mettre de l’argent de côté pour pouvoir se permettre d’aller au Black Box Studio, c’est un studio vraiment superbe et c’était un de mes rêves d’aller dans ce studio pour faire les prises. On avait envie d’aller là pour un tout. C’est surtout, encore une fois, une histoire de rencontre. Avec Trunks, on y a déjà enregistré et mixé. Avant de faire mon premier album, Gaël Desbois et Olivier Mellano me parlaient du Black Box. Je suis allée faire une petite visite pour découvrir l’endroit. C’est Iain Burgess qui nous a accueilli, c’est le fondateur de cet endroit, avec Peter Deimel. C’est Iain, il y a 21 ans, qui a décidé de partir de Chicago, de mettre tout son studio dans un container, de prendre sa bagnole et de faire le tour des patelins. Cette partie de sa vie est juste magique. Iain a une très grande importance dans la scène hardcore et rock de Chicago, il est décédé il y a trois ans. Du coup, c’est Peter avec Sylvie Pichard et David Odlum qui continuent l’aventure. C’est l’histoire du lieu qui te donne envie d’y aller. Il y a aussi les retours des gens qui te parlent de leur expérience au Black Box. Effectivement, il y a des personnes qui y sont passés que j’aime énormément, comme The Ex.

Enregistrer au Black Box, c’est aussi une façon de faire partie modestement de cette histoire. A chaque fois que je suis passée au Black Box, j’en suis toujours sortie différente, avec un truc en plus.

Pourquoi avoir nommé l’EP « The Anticipation » ? C’est un genre littéraire mais aussi une note de musique.
The Anticipation, c’est surtout le titre d’un des morceaux de l’EP qui n’est jamais passé à l’enregistrement. C’est un morceau qu’on n’a pas arrêté de trifouiller et que je jouais déjà toute seule en 2010. Mais c’est aussi un gros clin d’oeil à tous les thèmes que j’ai pu aborder, à ce que j’ai pu imaginer dans l’album précédent, tout ce vers quoi ça m’a fait aller : gavage de films de Science Fiction, gavage en parallèle de l’actualité, gavage de romans d’anticipation, dont certains que j’avais déjà lu auparavant.

Ce titre, j’y avais déjà pensé pour l’album précédent sauf que le morceau The Anticipation n’était pas dedans. Je ne l’avais jamais dit ça !

J’ai découvert que c’était aussi une note de musique au moment où j’ai commencé à écrire deux ou trois lignes du morceau. C’était par hasard, c’était pas pour faire mon savant fou ou mon intellectuelle. Je me suis dit que c’était marrant. Des fois, un nom, ça ne tient à rien. L’EP s’appelle comme ça, et le premier morceau de cet EP aussi. Tout cela s’est décidé collectivement, je tiens à le préciser.

Justement, en parlant de collectif, comment s’est passé l’écriture de cet EP ? Qui a fait quoi ?
J’ai proposé des petites formes musicales. Des fois c’était juste de la guitare. Je fais avec les moyens du bord, soit sur K7, soit GarageBand sur ma tablette parce que c’est plus ludique et plus simple pour moi qui ne suis pas technicienne. Du coup, j’ai cumulé plein de choses, j’ai ré-écouté mes K7, j’ai retranscris en mp3 des petits bouts de musique à l’arrache. J’envoyais tout cela aux gars. Pendant ce temps-là, je commençais à me diriger vers des thèmes. Je vais te raconter l’histoire du 2ème morceau «The pachyderm memories » pour te montrer comment on fonctionne tous ensemble. J’étais en Off à la maison et j’ai vu un truc horrible sur un éléphant en captivité dans un cirque qui s’était fait la malle en tuant son dompteur et qu’on a tué de plusieurs dizaines de balles. Quelques semaines après, j’ai regardé un documentaire sur des éléphants en Afrique du Sud qui se retrouvent toujours au même endroit pour survivre. J’ai focalisé sur cette famille d’éléphants qui, à chaque cycle, fait comme une boucle. Je les ai trouvé beaux, forts et hyper organisés. Ce qui leur permet de survivre à chaque fois c’est leur mémoire.

J’ai eu l’idée de cette chose qui m’obsède aujourd’hui : nous sommes bombardés d’infos. On est gavés d’histoires. A qui peut-on faire confiance ? Comment faire le tri ? Qui va garder nos histoires ? Qui va être ce disque dur ?

En quelques jours, je me prends ces deux images. Cet éléphant de cirque qui pète un câble, qui se fait tuer, qui a été en captivité. Cela me foudroie, ça m’obsède. Et je tombe sur une autre image parce que j’avais envie de quelque chose de plus lumineux. Et voilà comment on peut imaginer écrire quelque chose. Tout cela pendant que Thomas et Nico étaient en train d’imaginer, d’avancer. Moi je me suis occupée de l’écriture et une fois qu’on s’est retrouvés avec nos instruments, on a essayé de construire quelque chose, un univers. Cette histoire sur les éléphants, c’est un exemple parmi d’autres mais quand j’en ai parlé aux gars, Nico m’a dit qu’il était en train de lire un livre sur Shiva, la divinité indienne qui est un éléphant. Cette divinité écrit les choses que lui racontent les gens avec sa défense cassée pour ne pas oublier, pour graver sur son disque dur. On était vraiment sur les mêmes sujets et sur la même longueur d’onde. Comme on se parle beaucoup, comme on est curieux, c’est une grosse synthèse de tout ça. En studio, je continuais d’écrire. Tout ça c’est fait très rapidement ! Il se trouve aussi que Peter est très présent pour tout ça. Pour lui, c’est important de connaître les significations des choses, il est très curieux. On peut discuter des formes avec lui c’est super enrichissant. Au niveau du temps passé, je dirais qu’on a commencé en début d’année jusqu’à cet été avec des choses qui me turlupinaient depuis longtemps et la vieillerie The Anticipation qui a été réactualisée.

Les textes de ce nouvel EP parlent donc des choses qui t’inquiètent aujourd’hui ?
Je sais pas, l ‘EP est tout neuf. Le fait de t’en parler ça me fait réfléchir. Je sais juste que c’est un tout, que je l’ai fait avec mes compagnons. Mais je dirais que c’est quelque chose qui m’amène un peu plus vers la lumière. J’essaie de trouver des solutions à tout ce qui est problématique dans ma vie par le même biais, les images, les métaphores. Le morceau Pachyderm, je te l’ai expliqué parce que c’est une belle anecdote et ça permet de voir comment ça fonctionne entre nous. Après, il faut laisser une part de mystère pour que les gens s’accaparent les histoires comme ils le veulent.

Il est uniquement disponible en vinyle. Pourquoi ? Pour le côté bel objet collector ?
C’est juste pour qu’il soit là, pas pour se faire du blé.

Il y a effectivement que 500 exemplaires. Je n’ai même pas communiqué sur le côté « série limitée ».

Le premier EP c’était pareil. C’est avant tout pour en avoir avec nous en tournée. Il faut que ça existe tout simplement. Pour le côté vinyle, on aurait pu faire, c’est vrai, un CD, mais c’était pas le truc de déployer toutes les facettes d’écoute. Cela prend du temps en plus. Communément, on a décidé que ça serait uniquement un vinyle. Et quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus c’est tout. Le but c’est d’en avoir sur la route !

Pourquoi avoir décidé de ne sortir que 5 titres et ne pas avoir attendu un peu plus longtemps pour offrir un album ?
Bonne question. Je pense qu’on avait tout simplement pas le temps. On se disait qu’on rentrait dans un cycle et que c’était maintenant. Un album on peut le faire si on a un peu d’économies, qu’on connait la bonne usine. Mais le truc le plus fun qui va avec un album c’est quand tu pars en live. Tu remodifies ton set, des fois des morceaux. Je sais pas en fait. Pour nous c’est un mini album, c’est venu comme ça. On avait ce qu’il fallait pour un cinq titres et on voulait faire ça maintenant.

Il y a une réelle identité musicale chez toi, une atmosphère particulière. Cela fait 10 ans que tu es dans la musique et que ton public te suit. Tu ne laisses jamais indifférente. On reconnait tout de suite ta patte. Tu l’expliques comment ?
Merci pour le compliment ! Je ne saurais pas l’expliquer. La base de ce que je fais est assez forte, c’est le seul domaine (faire des morceaux, les écrire) qui ne me prend pas la tête. Je ne me dis pas faut ceci, faut cela, je ne suis pas obsédée par ça. Je veux vivre à côté. Ma patte c’est que j’honore tout ce que je fais, en toute modestie, mais je continue à rester curieuse, je n’ai pas la prétention d’avoir un grand succès. On m’a souvent dit que je me tirais une balle dans le pied. Certaines personnes me disent qu’ils aimeraient m’entendre plus, me voir plus. C’est pas vraiment ce dont j’ai envie.

Je veux être libre dans tout ce que je fais, dans mes choix. C’est de plus en plus fort et de plus en plus assumé.

Là il se trouve que je suis dans une période de ma vie musicale et professionnelle où je trouve des gens qui me nourrissent, c’est fluide, c’est circulaire. Je n’ai plus du tout à me battre pour défendre quelque chose. Pour atteindre ça, il y a des traversées du désert, comment tu te construis toi, qu’est-ce que tu aimes chez toi, qu’est-ce que tu détestes, qu’est-ce que tu as envie de changer. Ce qui me permet de répondre à certaines questions, c’est la musique. Cela me permet de m’éloigner un peu de tout, ou alors de faire un focus sur des choses qui me détruisent de l’intérieur. C’est peut-être pour ça que je fais du rock’n roll, c’est un moyen d’expression qui moi, m’a sauvé de ma grande timidité et de mon passé. Je ne me fâche plus maintenant sur des choses vraiment très formatées, deshumanisées. J’ai arrêté de me prendre la tête. Toutes ces choses prennent de la place aujourd’hui. Mon focus à moi c’est de respecter les autres, en leur donnant quelque chose de sincère. S’il y a des gens qui aiment c’est merveilleux. Ceux qui n’aiment pas, comme je ne suis pas en haut de l’affiche, je ne me les prends pas dans la gueule. Ceux que je rencontre et qui n’aiment pas, je les écoute, je les entend. Par contre, si ça n’est pas argumenté, je leur tourne le dos. Je sais faire ça aujourd’hui. Je pense être assez sereine.

Est-ce qu’il y a une date qui t’as marqué sur toute votre tournée ?
C’est marrant mais tu vois la serveuse (nous sommes au Café Cortina), elle est bénévole au Schmoul à Bain de Bretagne. C’est une bande de potes. Ils font ça depuis quinze ans. C’est ce genre de festival qui me plait. Il y a une concertation au niveau de la programmation. Ce sont des gens différents donc ça fait que la programmation est très éclatée. C’est un rendez-vous où il y a de plus en plus de monde. Il y a une particularité très forte par rapport à l’accueil des artistes. J’en ai été victime. Toutes les loges sont personnalisées. Pour moi, il y avait des textes et une photo qui m’a marqué, celle de William Butler Yeats, un poète qui m’a fait chanté, c’est grâce à lui. Ils m’ont fait pleurer car c’était très touchant. Ce genre d’attention touche, l’accueil est adorable. Il y avait 800 personnes et une super programmation. Il y avait Orange Blossom, le Peuple de l’Herbe, un groupe de Lille avec deux ou trois potes dedans. C’est le rendez-vous de l’année dans le coin, c’est super familial. Il y a plein d’endroits qui m’ont marqué mais de voir une bénévole du Schmoul juste devant nous ça m’y fait penser.

Tu peux me parler du Label Yotanka ? Tu y es depuis le début ? Comment s’est fait la rencontre ?
Chaque sortie de mes albums a été avec des gens différents. Avec Thomas, on avait déjà enclenché l’enregistrement chez nous de l’album Pandemonium et on s’était dit qu’on irait jusqu’au mastering. C’est François des Tontons Tourneurs qui nous a dit en 2013 : est-ce que cela ne vaudrait pas le coup d’envoyer les enregistrements à Vivien de Yotanka. Pour moi, Yotanka c’est Zenzile, Von Pariahs. C’est ce que je connaissais à la base du label à l’époque. Je ne connaissais ni Vivien, ni Vincent mais j’avais beaucoup de respect pour leur travail. On a donc envoyé nos sons et on a eu une réponse très rapide de Vivien qui nous a dit que l’équipe était partante. Il y a eu fusion avec Impersonal Freedom qui était un micro label, pas du tout voué à distribuer quoi que ce soit, juste des toutes petites sorties que Thomas faisait. Ils ont fusionné et on a commencé à travailler ensemble. J’ai vu de quel bois ils se chauffaient et cela m’a beaucoup plu. Ils ont quelque chose de très limpide, de très clair. Ils sont très attentifs, il y a vraiment de la compréhension générale, avec les mêmes envies. Ils m’ont guidé sur des choses. Je fais de la musique indé mais jusqu’où je peux, je n’ai pas toutes les compétences. Il me manquait certaines choses. La visibilité comme les clips, j’en avais envie mais pas les compétences. Avoir un site internet. Je me suis laissée faire comme un petit chat là-dessus.

On voulait créer un band, pas juste sur scène mais avec François des Tontons Tourneurs, Yotanka, Impersonal Freedom, Nicolas, Thomas et moi.

Patchrock était là aussi, ils m’ont proposé une carte blanche, des résidences. Depuis presque un an, je travaille avec Amandine Aubry, ma manageuse, elle travaille aussi chez Patchrock.

Il y a quoi dans ta discothèque personnelle ? Ton album fétiche ?
Peut-être pas en boucle mais très souvent, j’écoute Leonard Cohen et son album « Songs Of Love And Hate ». Il y a aussi un maxi des Breeders que j’écoute beaucoup et que j’adore avec une reprise des Beatles. Mon dernier coup de coeur ? J’ai acheté le dernier Mansfield.TYA et aussi celui d’un des deux membres de Air. C’est étonnant et il y a toute une explication sur sa démarche dans le disque que je trouve intéressante et très honnête.

Quels artistes rennais tu écoutes ?
Lady Jane. J’ai vu pour la première fois de ma vie Missing Season en concert lors de la soirée de concert de Daniel Paboeuf. Février, j’ai beaucoup d’affection pour Don Lurie.

Mes coups de coeur rennais ? Fat Supper, My Sleeping Doll, We Only Said, les Bumpking Island, Moller Plesset, ce groupe me plait énormément.

Leur histoire, leur façon de faire de la musique, c’est comme des frères pour moi. Ils étaient déjà là quand je suis arrivée sur Rennes.

Tu sors où à Rennes pour écouter de bons concerts ?
J’aime bien aller à l’Ubu. J’ai eu ma période où le poteau me faisait chier comme tout le monde mais c’est parce que je n’osais pas aller au premier rang. Ce poteau ! Il sera toujours là. J’aimais beaucoup aller à la Bascule.

Je vais là où peuvent être des associations qui programment des choses que j’aime, que j’ai envie de découvrir. Je pense à Kfuel.

Le Bar de la Cité aussi, c’est un endroit fort avec la Cité juste en face. J’allais beaucoup à l’Antipode à une époque et au Jardin Moderne. J’adore les Ateliers du Vent. Cela part toujours des programmations des associations qui te fidélisent.

Merci beaucoup Laetitia pour ce moment.

Propos recueillis par Cath
Crédits : -Photo by : Sonia Larue / – Artwork by : Eric Mahé – Atelier du Bourg

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