Labels d’été #12 : Elephant & Castle

Elephant and castle

La saison 02 des labels rennais se poursuit avec Elephant & Castle, « un label dont l’équipage pourrait avoir comme dénominateur commun la recherche d’une Terra-incognita ». Une sortie est prévue dès demain !

Episode 12 : rencontre avec Julien Vignon de Elephant & Castle.

Comment et quand est née l’aventure de Elephant & Castle ?
Le label est né en 2017, c’est une idée que j’avais depuis pas mal de temps. En tant que musicien, je me suis rendu compte que c’était compliqué d’intégrer un label. Ce label était donc pour moi la liberté de sortir mes chansons comme je le voulais. Je voulais aussi créer une famille d’artistes autour de personnes qui souhaitaient développer une certaine esthétique qui me parle et qui souhaitaient échanger. En 2017, je commençais en plus à travailler pour d’autres, à composer et produire des sons pour d’autres artistes et cela m’a permis de rencontrer et d’échanger avec des personnes qui n’avaient pas forcément de structure, d’encadrement professionnel. Cela m’a vraiment lancé à monter une structure pour aider sur l’aspect artistique via mon studio et sur l’aspect professionnel.

Le label est né avec un titre à moi sous le nom de Timsters qui s’appelle « Time », un chant de liberté, un morceau instrumental avec une voix qui répète « it’s time to let me go ». Ce morceau reflète bien l’idée du label.

Qui est derrière Elephant & Castle et comment sont répartis les rôles de chacun ?
Je suis essentiellement sur l’artistique mais j’ai besoin de personnes pour organiser tout ça. Le label est assez structuré grâce à deux personnes. Clémentin Diard était là dès le début de l’aventure, il m’épaule beaucoup, il s’occupe de toute la partie management. Il gère les artistes, il cherche des tourneurs pour les artistes, des éditeurs. Il cherche toutes les collaborations possibles qui viendront nourrir les artistes. Mathéo Favrel s’occupe de toute la partie communication, réseaux sociaux, presse. Et il y a une personne avec qui je travaille depuis très longtemps, bien avant la création du label qui s’appelle Christophe Jouan.

Christophe m’a très vite fait comprendre que c’était important de monter mon label si je voulais garder ma liberté artistique, mon indépendance.

Il est aujourd’hui le gestionnaire de la structure, il s’occupe de tout ce qui est administratif. Et nous avons aussi un comptable qui est ma maman, Claudine Vignon !

Comment tu choisis les artistes avec qui tu vas travailler ? Tu as commencé avec tes groupes et avec des personnes que tu connais mais aujourd’hui comment repères-tu les artistes ?
C’est vrai qu’au tout départ, je me suis tourné vers des artistes que je connaissais, des rencontres humaines. Pour moi l’humain est aussi important que l’artistique, les deux doivent s’équilibrer sinon ça ne peut pas marcher. Il y a la motivation de l’artiste aussi car il doit être moteur.

Un label est là pour aider, pour appuyer un artiste mais tout part de l’artiste.

Après, j’écoute beaucoup de musiques, de choses nouvelles avec l’équipe du label, on s’envoie beaucoup de sons donc cela permet de faire beaucoup de découvertes et de repérage pour le label. Le label est fondé avec des artistes en développement en qui je crois énormément, je ne suis donc pas non plus en recherche active de nouveaux artistes. On a déjà beaucoup de travail et voyons d’abord comment évolue le travail avec les artistes du label.

Elephant & Castle reçoit beaucoup de démos ?
Depuis peu on m’envoie des démos, il y a des artistes qui me contactent, je suis super content. C’est super gratifiant de voir qu’il y a certains artistes qui se reconnaissent dans l’image qu’on essaie de développer avec le label. J’écoute leurs maquettes et j’essaie de répondre à tout le monde. Généralement c’est plutôt dans une esthétique proche du label.

Tu peux justement me parler de l’esthétique du label ?
L’esthétisme du label est lié au fait que nous soyions une famille car chaque membre y a apporté quelque chose. C’est un label de pop musique. J’ai par exemple été séduit par la musique des Colorado, une synthpop avec quelque chose de très singulier, teintée de pop et d’une culture un peu nerd. Maximilien c’est une musique plus instrumentale mais toujours teintée de pop. Praa c’est aussi de la pop teintée de RnB, soul. Pour résumer, je n’aime pas parler de styles musicaux parce qu’aujourd’hui ça veut tout et rien dire. On me dit que le label a un son mais j’ai du mal à le définir.

Pour définir l’esthétique du label en trois mots, je dirais : sophistiqué, pop et synthétique.

Combien d’artistes sont au catalogue de Elephant & Castle actuellement ?
Aujourd’hui, il y a cinq artistes sur le label. Il y a Colorado, deux jeunes garçons extrêmement talentueux, frais, une rencontre capitale pour moi. Il y a Praa, le projet de Marion, auteure et compositrice, qui a commencé la guitare très jeune en reprenant des vieux standards folk américains. Elle a écrit ses premières chansons à l’âge de douze ans, elle a toujours eu envie de faire de la musique, de créer, de composer et d’incarner sa musique. Il y a aussi Maximilien, il s’est mis à produire des sons très jeune, des sons électros très inspirés, teintés de sa culture classique et de choses très modernes. Il a un son, tu reconnais sa musique dès les premières notes. Alter Real est aussi dans le label. On a travaillé sur deux EP ensemble mais la suite se fera chez Nowadays Records. C’est un artiste qui a une vraie patte, qui travaille avec des featurings pour mettre des voix sur ses musiques, c’est comme cela que nous nous sommes rencontrés d’ailleurs. Et il y a Timsters, autrement dit moi. On a aussi fait des collaborations comme avec Moodkint par exemple.

Ton coup de cœur ? C’est une question difficile mais il y a parfois un disque qui a une histoire particulière.
Avec les Colorado, j’ai vécu une histoire très particulière, cela a été très fusionnel dès le début. On s’est rencontrés au bon moment, j’avais besoin de cette fraîcheur. Ils m’ont aussi donné confiance pour monter le label, ils sont très positifs. On a fait beaucoup d’enregistrements studios avec eux dès le début, cela a permis de créer rapidement des liens très forts.

Les Colorado ont été les premiers à me soutenir.

Même si tu n’es pas en recherche d’artistes en ce moment, quel est ton dernier coup de cœur que tu aimerais avoir chez Elephant & Castle ?
Je suis quelqu’un de très enthousiaste, j’aime beaucoup de choses, il y a plein d’artistes avec qui j’aimerais travailler ! Dernièrement je suis tombé amoureux d’un artiste nantais qui s’appelle Ed Mount, il fait une musique synthétique magnifique.

D’où vient le nom de Elephant & Castle ?
J’étais à Londres il y a quelques années. Il y a un super club qui s’appelle le Corsica Studios et on y passait la soirée, le mec aux platines avait une sélection de morceaux incroyables, un carrefour de pleins de choses que je ne connaissais pas, que je ne maîtrisais pas. Un vrai souvenir.

Le Corsica Studios est juste devant la station de métro « Elephant & Castle » et en repartant au petit matin j’ai vu ce nom et j’ai eu un trip avec ce croisement, ces gens, cette musique que je venais d’écouter toute la nuit.

Il y avait en plus quelque chose de poétique dans ce nom. Cette idée est restée dans un petit coin de ma tête.

Les groupes attendent souvent beaucoup des labels qui les signent. Peux-tu nous dire ce qu’un label comme Elephant & Castle attend d’un groupe ?
On a un fonctionnement un peu particulier avec le label pour impliquer les artistes. Ils sont producteurs à 50% de tout leur travail. On partage donc tous les bénéfices. Ils sont propriétaires de leurs bandes. On attend que les artistes soient le plus impliqués possible, le plus curieux possible, qu’ils collaborent, qu’ils ne restent pas dans leur coin.

Le label est au service de l’artiste, c’est lui le chef d’orchestre, le carburant.

Etre un label indépendant aujourd’hui c’est difficile ? Comment vois-tu l’avenir des labels comme Elephant & Castle ?
C’est beaucoup de travail et beaucoup d’investissements. C’est très compliqué de développer un label en 2019. On vit quand même une période assez fascinante par rapport au business de la musique. Le streaming n’a jamais autant fonctionné, le vinyle est toujours bien présent.

Aujourd’hui plein d’artistes veulent être indépendants et ont leur propre label, juste un label pour leur groupe.

Je ne sais pas si on va aller sur de grosses majors face à énormément d’artistes qui vont se structurer en indépendant, comme beaucoup de gros artistes aujourd’hui. Je n’en sais rien. Mais je vois qu’il y a de plus en plus de structures qui proposent des services pour les labels comme l’administratif, la promotion… Des aspects qu’on ne connaît pas forcément bien. Il y a des sociétés qui proposent de gérer l’aspect distribution, l’aspect management, l’aspect réseaux sociaux. Certaines sont là depuis longtemps mais j’ai l’impression que c’est en train de bien se développer. Je le vois bien car on se fait démarcher.

Elephant and castle

Elephant & Castle sort les albums sur quels supports ?
On est essentiellement sur du dématérialisé. J’aimerais qu’on fasse des sorties physiques, ça viendra quand on aura une économie suffisamment solide. J’aimerais vraiment, je suis un dingue du support physique, de l’objet que tu as entre les mains.

Selon toi, qu’est-ce qui fait un bon groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu penses de la scène musicale actuelle ?
La singularité et la sincérité, pour moi c’est la base d’un bon groupe, d’un bon artiste qui va me toucher, me séduire. Il faut être vrai et se différencier, c’est compliqué mais c’est ce qui va me plaire. Cela va dépendre de comment le projet est incarné, l’artiste.

Et la scène rennaise ?
Rennes c’est une ville qui est géniale, il y a beaucoup d’artistes, de propositions artistiques différentes, d’acteurs qui mettent en valeur cette scène. On a une chance d’avoir des acteurs qui ont un poids et qui font sortir les musiciens de Rennes, je pense à Jean-Louis Brossard notamment. La scène rennaise est assez visible, je le vois dans les autres villes où je vais et à Paris où j’habite maintenant. Je pense à Columbine, Her. On voit qu’il y a un vrai foisonnement ! Cette ville a aussi un passé et une culture riche et elle s’en nourrit.

Il y a plein de gens qui ont décomplexé les musiciens à Rennes comme Marquis de Sade, Bikini Machine, Etienne Daho. Ce sont des artistes qui nous ont montré que c’était possible.

Quelle sera la prochaine sortie de Elephant & Castle ?
On va sortir dès demain une série de remix de l’EP de Praa, des titres plus dansants et décomplexés. Et on travaille sur un titre de Maximilien en featuring avec Clarens, un artiste rennais qu’on ne voit plus beaucoup en ce moment. Ce titre sortira courant septembre.

Merci Julien.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Nicolas Blanchadell

Soundcloud de Elephant & Castle : https://soundcloud.com/elephantandcastlemusic

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