Boca River : « la nouvelle sensation Shoegaze rennaise »

Boca River - © Catherine Rué

Nous avons rencontré les Boca River à l’occasion du festival Hey! May Days. Le quatuor rennais de noise-pop shoegaze a sorti un LP prometteur en mars dernier, intitulé « Away ».

Pouvez-vous nous éclairer sur les membres du groupe ? Qui sont PE JU MA BE que l’on trouve sur votre descriptif ?

JU : C’est vrai c’est pas très clair… C’est le début de chaque prénom. Julien Authier (bassiste), Mathieu Brunet (guitariste), Benoit Carbone (batteur) et Pierre-Edouard Mercier (guitariste et chanteur).
PE : j’ai un prénom trop long, j’ai décidé de couper tous les noms.

Vous étiez tous dans des groupes différents avant ?

JU : j’ai participé à pas mal de groupes, dont 2 qui ont marché un peu plus que les autres : Tom Violence (référence à Sonic Youth) et Caravelle.
MA : moi j’ai eu plein de petits trucs avant, mais rien d’extraordinaire, rien de connu.
PE : avec Mathieu, on fait de la musique ensemble depuis 2008. On a fait une pause parce qu’il est parti en Allemagne faire une année Erasmus. On a toujours joué ensemble finalement, on jouait ensemble dans Verbal Kint’s Gone. C’est une formation qui a beaucoup évolué. Il y a eu 4 batteurs différents, 5 bassistes, 300 chanteurs et une chanteuse. L’historique de ce groupe est assez compliqué. Même Mathieu a été remplacé pendant son année en Allemagne.
JU : mais ça fait 2 ans qu’on joue tous les 4 ensemble et que ça n’a pas bougé !

Du coups, vous vous êtes rencontrés comment ? C’est quoi l’histoire de Boca River ?

PE : avec Mathieu on était au lycée ensemble mais on est devenu potes quand on a commencé à faire de la musique ensemble. Dans Verbal Kint’s Gone, on avait un batteur qui devait partir, il m’a donc présenté Benoit pour ne pas nous laisser en plan, c’était très classe de sa part.
JU : et moi c’est drôle puisque je les ai vu ici (au Mélody Maker), j’avais 3 grammes et je me suis pris une baffe énorme, j’étais à fond ! Je remettais la batterie de Benoit en place, je jouais avec la guitare de Pierre-Edouard. Le son me parlait à mort.
PE : et juste après on cherchait un bassiste. On s’est rappelé de Julien et on s’est dit « tiens, lui, il avait l’air motivé ! »
JU : en fait, on a discuté un peu après le concert, je leur disais que moi aussi je faisais de la musique. Pierre-Edouard savait que je jouais dans Caravelle et connaissait le groupe. Du coups, ils ont eu ensuite un problème de bassiste et ça s’est fait comme ça. Benoit m’a contacté pour que je prenne la basse juste pour un concert, et en fait, on s’est bien plu et je suis resté.

Pourquoi ce nom ? Il y a une histoire de foot là-dedans non ? Je me suis dit que le chanteur devait être passionné !

PE : c’est complètement une histoire de foot ! Le frère de Benoit est journaliste sportif à Buenos Aires. Il y a 2 équipes de foot là-bas, qui s’appellent le Boca Junior et le River Plate. En revenant en France, il nous a parlé de ce derby qui est quelque chose là-bas ! Les gens le vivent à fond…
JU : y’a même des morts des fois !
PE : et nous c’était pendant la période où on voulait changer de nom car on avait changé de formation. On voulait repartir à zéro.
BE : on s’est fait un brainstorming, on est parti sur n’importe quoi !
PE : on est arrivé sur le foot alors qu’on n’est pas du tout footeux, sauf un peu Julien (qui revendique un foot old-school). On s’est dit : on va jumeler les 2 équipes et ainsi rassembler l’Argentine entière. On va être un groupe qui apporte la paix en Amérique du Sud (rires).
JU : on trouvait surtout que ça sonnait bien, les gens le retenait facilement et même en français ça se dit bien.
MA : Verbal Kint’s Gone, c’était bien sur une affiche mais c’est tout ! C’est dur à retenir et à dire…
PE : bon, depuis je me mets un peu au foot.

Vous travaillez comment ? Qui fait quoi ? Chacun a un rôle précis dans le groupe ?

JU : ça peut être free-style !
PE : j’apporte une base, on la travaille ensemble. Je viens avec une structure à 3 accords et puis après on bosse ça ensemble, chacun apporte sa touche, en repet’. Ensuite, j’écris, je fais rarement les chants avant. Y’a d’abord la musique, les paroles viennent ensuite.
JU : ou des fois on fait tout ensemble. On part sur un truc…
PE : on bosse ensemble, on est un vrai groupe ! Y’a pas un mec qui dit « toi tu fais ci, toi tu fais ça » ! Si y’a Benoit qui fait la comm’, c’est son rôle…

Quelles sont vos influences ? Vous avez des influences différentes ? Je trouve que vous avez un univers bien marqué sur Away.

JU : moi je suis un énorme fan de Sonic Youth mais ça sonne pas Sonic Youth. C’est quand même mon groupe de référence.

Après les influences ça se sent, c’est Ride, My Bloody Valentine, Slowdive, des trucs comme ça.

PE : c’est vraiment tout ce qui est shoegaze anglais des années 80, début 90. Boo Radleys dans les voix, même Oasis au final, les Cure. J’aime beaucoup les Chameleons. Des voix éthérées et pas de solo.
JU : moi j’ai amené un côté un peu plus bourrin, noize, qu’il n’y avait pas avant. Mais il y a quand même des morceaux très doux, très calmes.
PE : un petit côté The Smiths aussi. Après on n’est pas hermétiques… J’ai aussi beaucoup écouté de techno, ça serait sympa d’en rajouter (rires). On écoute tous des trucs différents en fait.

Un très bon 6 titres cité dans la sélection du mois de Longueur d’Ondes, bravo ! De très bons papiers et critiques sur cette sortie, du positif… La suite c’est quoi ?

BE : faire pas mal de concerts, ça serait bien !
PE : ça serait bien de viser des salles un peu plus importantes.
MA : des festivals aussi, y’a plein de jeunes groupes qui en font (Madcaps).
PE : après c’est le boulot de Benoit car on n’est pas forcément un groupe grand public. On a un public assez ciblé. Moi j’aimerais bien retourner en studio à la rentrée, on va essayer de recomposer. Il faut qu’on fasse quelques nouveaux morceaux dans l’objectif de jouer dans des salles un peu plus grandes, trouver des premières parties à l’Antipode, à l’Ubu. Après faut voir avec les programmateurs…

Les Boca River seront en concert le 31 mai au Jardin Moderne à l’occasion de la Braderie Musicale.

Vous pouvez nous parler du clip de Two Miles Away ? Une petite aventure mexicaine ?

PE : le clip a été réalisé par Ricardo Silva et Adrian Durazo, 2 mexicains originaires de Tijuana. On a été mis en contact avec eux par notre label. Ragnar (directeur de Cranes Records) est parti quelques mois à Tijuana pour ses études. Il a rencontré Ricardo et Adrian. Il a fait écouter les groupes de son label à Ricardo qui est réalisateur, et il a tout de suite accroché avec notre son. Il a voulu bosser avec nous. Nous, on a dit oui car on aimait bien l’esthétique de ses vidéos. Ce qu’on aime bien aussi dans ce clip, c’est qu’il ne colle pas à l’ambiance générale de notre musique. On n’est pas derrière nos 2 jaguars à tirer la tronche. Y’a des enfants qui jouent, qui sautent dans l’eau. Ca fait pas « shoegaze », y’a quelque chose de décalé. Au final, ça passe bien, c’est pas filmé dans la noirceur, c’est assez coloré. On a trouvé ça drôle, bien filmé et bien monté, y’a de très beaux plans.
BE : c’est notre 2ème côté latin.
PE : On est très Amérique du Sud mais on parle pas espagnol ! Va falloir qu’on s’y mette ! Grâce à ça d’ailleurs, on a pas mal de sud-américains qui nous suivent, des messages d’Argentins qui nous donnent même les scores des matchs de foot.

Comment êtes-vous arrivés chez les manceaux de Cranes Records ?

PE : c’est Renaud, l’ex-guitariste, qui les a contacté sur le web. Ils ont sympathisé, il y a de ça 4 ans. Ils nous ont invité sur une scène à Evron. Concert chaotique… On avait 1 chanteuse, 3 guitaristes et un batteur qui jouait avec un casque pour pas être perdu dans ses tempos, c’était n’importe quoi ! Mais bon, on a bien rigolé, on a passé une bonne soirée, on a joué devant 15 personnes. Du coups, avec Cranes Records, on est restés potes. Après ils ont attendu qu’on enregistre un titre. On leur avait déjà envoyé quelques morceaux mais ils n’étaient pas convaincus. Ce qu’on leur a envoyé l’année dernière les a convaincu et du coups, on a signé chez eux ! On était ravis vu les groupes qui sont chez eux ! C’est un petit « Creation » à la française donc c’est sympa.
JU : ça vend moins de disques que Creation ! Mais Cranes est un bon label indé.
PE : y’a les Dead Mantra qui sont dessus qui sont des super potes à nous. Seventeen at this time, j’suis aussi très copain avec Raphael, le guitariste. C’est très chouette d’être dans cette famille. Au final, ce sont plus des amis qu’une relation de travail.

Il y a une scène ou un festival qui vous fait rêver ?

La Route du Rock, ça nous fait rêver ! Pour n’importe quel groupe du coin, c’est la Route du Rock…

PE : j’ai vu Cheatahs l’année dernière, j’me suis dit « P… c’est quand même le son de Boca River ! ». Benoit et moi, on est bénévoles à la Route du Rock d’ailleurs ! On fait le parking, on gare les voitures, on se prend la boue des bagnoles. On avait fait le Levitation Festival à Angers l’année dernière, mais c’est trop psyché. Tous les mecs sont en boots et slims, vestes en jean, comme moi finalement… (rires)

Parlons un peu de Rennes…

Vous aimez traîner où sur Rennes ? Des endroits de prédilections pour écouter de la bonne musique ?

JU : moi, depuis que ça n’est plus Bern (du groupe Dead) et Thierry au Sympathic, je n’y traîne plus. J’aime bien aller au Bistrot de la Cité, au Mélody Maker de temps en temps, au Dejazey, au Bar’Hic.
PE : on traîne pas mal au Mélody Maker, au P’tit coin, c’est pas très Rock mais on a un très bon ami qui tient le bar. Après, on va au 1988 Live Club voir des concerts, on va à l’Ubu danser sur de l’électro, on va à l’Antipode, au Moon, au Bar’Hic. On va un peu partout en fait ! Pour vraiment écouter de la bonne musique, ce qui nous correspondait avant, c’était le Sambre, le Sympathic, mais ils sont fermés maintenant. C’était vraiment dans notre esprit. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’endroits, c’est souvent très garage, c’est pas trop notre style.

Votre meilleur concert rennais en tant que musiciens ?

PE : la release au Bar’Hic il y a 2/3 mois ! Bizarrement avec Mathieu, on avait adoré la Paillote l’année dernière . On avait joué devant 10 personnes mais tout le monde était à fond ! On n’avait pas du tout envie de le faire et on est ressorti de là en sueur ! Y’avait personne mais qu’est-ce qu’on s’est marrés ! On avait fait un concert super punk ! Mais c’est vrai que le Bar’Hic c’était bien !
JU : au niveau réussite, le Marquis de Sade aussi !
PE : en fait on n’a jamais loupé de concerts, on s’est toujours appliqués (rires).

Votre meilleur souvenir musicale rennais en tant que spectateur ?

JU : moi c’est les Béru au Liberté avec les lachrymos, c’était la guerre civile ! Il y avait un punk devant chaque CRS. C’est mon meilleur souvenir de concert !
PE : moi, ma plus grosse claque c’était les Juveniles, il y a 2 ans à l’Ubu pour leur Release. J’aimais pas trop ce qu’ils faisaient avant. Quand j’ai vu le concert, je me suis dit « merde », j’suis allé me rhabiller et depuis je les écoute à mort. C’est ma plus grosse claque musicale.
BE : pareil, les Juveniles.
MA : moi je me prends des claques aux Transmusicales.

Quels sont les groupes rennais que vous suivez et écoutez en ce moment ?

JU : Yummy Yummy. Jean-François, le compositeur, est un très vieil ami à moi, on a fait de la musique ensemble pendant 10 ans. C’est pas trop dans notre veine mais on est tellement potes que du coups j’aime bien. Y’a eu Dead aussi pendant un moment, j’avais adoré leur concert au Mondo Bizarro, et puis Bern est un pote.
PE : des musiciens avec qui on a beaucoup d’affinités, c’est les Betty The Nun. Après des groupes rennais qui sont pas des potes, c’est dur à trouver ! On est quand même dans un microcosme, y’a plein de groupes à Rennes et on se connait tous.

Une dernière question qui fera plaisir à Anthony de rennesmusique : sur quel album aimez-vous faire l’amour ?

PE : moi je n’ai jamais fait l’amour ! Non, mais j’aime bien travailler en silence.
BE : sur notre album (rires) !
JU : j’ai de très bons souvenirs sur le dernier album des Pastels. Sinon j’aime beaucoup Teenage FanClub, sur l’album de Grand Prix.
MA : moi plutôt sur de la dream pop, sur le dernier de Beach House.

Merci.
Cath

Pour voir les Boca River : le 31 mai au Jardin Moderne à l’occasion de la Braderie Musicale du Jardin Moderne
Pour écouter les Boca River : http://bocariver.bandcamp.com/
Pour acheter Away : Vinyle dispo chez It’s Only, via le groupe ou via Cranes Records.
Pour suivre les Boca River :
https://www.facebook.com/bocariverband
https://instagram.com/bocariverband/

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