TotorRo en formation de luxe pour les Transmusicales

© Catherine Rué

On ne présente plus TotorRo à Rennes. Depuis quelques années, le groupe fait l’unanimité dans le milieu musical. Dans le genre expérimental, post-rock, TotorRo fait dans la batterie psychotique et la guitare nerveuse. Les rythmes oscillent, s’énervent, se calment.

Rencontre avec Jonathan et Bertrand

Même si on ne vous présente plus à Rennes, vous pouvez quand même me raconter l’histoire de TotorRo ? C’est une histoire de copains de lycée non ?
Jonathan : même avant ! Moi j’ai appris la guitare avec Christophe qui est l’autre guitariste. On s’est rencontrés au collège et on a commencé à faire de la musique ensemble comme ça avec des personnes différentes à chaque fois. Quand on est arrivés au lycée on a rencontré Xavier qui est aujourd’hui le bassiste. Arrivés à l’université on a rencontré Bertrand qui nous a donc rejoint en 2009. Depuis le line-up n’a plus bougé. Donc en effet, si on va chercher très loin, ça remonte au collège.
Bertrand : cela fait maintenant 3 ans qu’on a fini les cours pour se consacrer essentiellement à TotorRo. On fait quelques autres trucs à côté mais c’est le truc qui nous permet de vivre aujourd’hui, on s’y consacre pleinement. On arrive en plus à retomber financièrement sur nos pieds. Il n’y a pas beaucoup de groupes à faire notre style de musique et à être intermittents. En restant fidèles à ce qu’on fait, on arrive à en vivre. Cela nous met une petite pression en plus car c’est professionnel, c’est moins dans le loisir. Il y a une autre dimension qu’il faut réussir à équilibrer. On revient de 25 jours de tournée en Europe de l’Est complètement DIY (Do It Yourself) pour équilibrer tout ça. Cela fait du bien. C’est moins fun les SMAC, les endroits où les gens ne veulent pas se coller à la scène, le rapport est un peu plus froid.
Jonathan : du coup, on a refait de l’Europe de l’Est comme on faisait quand on était à l’université pendant nos vacances. C’est une autre expérience. C’est du squat et du café concert. C’est une énergie qui fait du bien. Nous on vient de ce circuit là, mais de fil en aiguille, on est rentrés dans le circuit plus professionnel, c’est bien on est payés en cachet mais c’est moins fun. Il y a quand même des moments super chouettes, attention, je ne dis pas que tout est noir. C’est juste que c’est moins proche avec le public, c’est moins intime, on s’amuse mieux par terre avec les gens à côté de nous. On a fait la Moldavie, la Roumanie, jusqu’en Turquie, on a eu de la proximité, tu dors chez les gens qui organisent la soirée. C’est carrément plus humain.

Votre musique est dure à définir. Vous pouvez me la décrire avec vos mots à vous ?
Jonathan : en deux mots ? copains et soleil !
Bertrand : il y a une énergie un peu punk rock, c’est quand même un peu savant mais dans un enrobage grand public. C’est compliqué mais tu peux taper du pied. Tu peux suivre.
Jonathan : ouais c’est du punk rock ensoleillé en fait ! Avec une cassure rythmique pour le côté Math rock. Mais les gens arrivent à suivre. Il y a certains trucs dans le Math rock que même nous on trouve indigestes et compliqués.
Bertrand : il y a pas mal de petites subtilités mais on essaie de les mettre dans un cadre assez compréhensible. Cela va être des polyrythmies mais qui font que tu vas toujours t’en sortir.

Vous écoutez quoi au quotidien pour composer des morceaux pareils ?
Jonathan : ce qui est marrant c’est qu’on a beaucoup écouté ce genre de musique pour faire l’album et maintenant on n’en écoute plus. Je crois qu’on a saturé du truc.
Bertrand : Xavier écoute du métal, j’écoute de la techno, du psyché, etc…
Jonathan : on écoute tous de la techno vu que c’est actuel, bon la techno c’est large. On écoute plein de trucs même parfois des choses plus expérimentales avec des notes bizarres parce que nous on fait de la musique très tonale. On aime les notes bizarres.
Bertrand : comme Forever Pavot, on a bien tripé sur son album. C’est exactement ce genre de musique qu’on aime, c’est pour cela qu’on l’a invité pour notre live de ce soir au Parc Expo.

Vos albums se font selon vos rencontres du moment ? Fago Sepia et Mermonte pour Home Alone et Birds in Row pour le premier ? Cela fonctionne à chaque fois à la rencontre ?
Bertrand : on essaie de sortir un peu du truc vraiment tonal. L’album d’avant on était tout en ré majeur, tout était pareil. Maintenant on essaie des petites touches un peu Beatles. On ne se focalise pas vraiment là-dessus mais on essaie quand même un peu de changer.
Jonathan : on a vécu tous ensemble pendant un moment. Aujourd’hui on est séparés, on écoute peut-être des choses qui font moins l’unanimité au sein des quatre comme c’était le cas avant. Dans ce qu’on propose aujourd’hui, on a envie de changer. Du coup, aujourd’hui ça n’est pas une rencontre mais quelque chose de plus général dans notre composition. On est moins influencés aujourd’hui dans ce qu’on écrit. Enfin, on l’est quand même toujours un peu quelque part, mais c’est moins identifiable. Avant c’était la rencontre mais c’est aussi parce qu’on découvrait des nouveaux styles de musique. On est les cousins de Fago Sepia par exemple mais on prend maintenant à droite à gauche, on fait notre tambouille.

© Catherine Rué

Vous attendez quoi d’un concert aux Transmusicales car finalement vous avez déjà chauffé tellement de salles ?
Bertrand : une grosse teuf ! Pour nous, c’est presque une consécration. Faire le Parc, à Rennes, surtout à cette heure là, c’est un beau cadeau. Il y a plein de groupes rennais pour qui c’est leur première date. Nous on a déjà fait les Vieilles Charrues ou autres.
Jonathan : il y a aussi toute la création qu’on a fait pour ce concert. On a travaillé avec d’autres personnes. C’est un concert un peu spécial et de le faire à Rennes où les gens nous connaissent un peu ça a du sens. On est à la maison, il y a les copains, ils viennent tous nous voir. On y va à chaque fois en spectateur, d’être de l’autre côté ouah ! On va faire la fête après, même sur scène. Le fun, la fête et les copains !

C’est un concert particulier que vous donnerez aux Transmusicales, avec une formation “de luxe” qui comptera sur les présences de Clément Lemennicier (trompettiste de Bumpkin Island), Florian Renault (batteur de Wank For Peace) et Emile Sornin (le leader de Forever Pavot). Vous pouvez m’en parler ?
Jonathan : dans le cadre d’une création, on a décidé de faire des collaborations, de réarranger des morceaux à nous en invitant des amis.
Bertrand : c’était un peu une requête de Jean-Louis à la base.
Jonothan : c’est bien, cela nous confronte à quelque chose de nouveau avec des instruments qu’on ne connait pas. On est super contents du résultat avec Clément, Emile et Florian ! On est d’ailleurs partis avec Florian pendant nos 25 jours de tournée en Europe de l’Est. On avait déjà fait un morceau avec lui il y a longtemps. On savait que cela le ferait très bien avec lui.
Bertrand : au moins on savait qu’on était compatibles, que cela allait être carré, super naturel. On fait un morceau très « show batterie » avec lui mais vous découvrirez ça ce soir !

Vous avez joué un morceau hier soir au Stade Rennais avant la rencontre Rennes/Marseille. Ca s’est bien passé ? Ca fait quoi de jouer dans un stade vous qui parliez de lieux intimes tout à l’heure ?
Jonathan : c’était pas mal intimidant.
Bertrand : je stressais bien plus pour le stade hier que pour le Parc ce soir. Même si c’est plus court, c’est un environnement où les gens ne savent pas ce qu’ils viennent voir. Les gens qui étaient là n’ont pas demandé à nous voir en concert. Les conditions sont donc un peu plus difficiles.
Jonathan : il n’y a pas trop l’intention des gens mais en même temps l’expérience est super stimulante, on n’a jamais fait ça. C’est énorme un stade de foot quand on est dedans.
Bertrand : c’est une expérience qui fait pas mal rire nos amis de l’indé et du circuit DIY ! Mais c’est bien de faire les deux ! Les gens n’ont peut-être pas trop capté. Il y a eu quelques tweets de personnes qui ont aimé mais bon, statistiquement, sur 28 000 personnes, il y en a forcément qui vont trouver ça bien.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? Un nouvel album pour 2016 ?
Bertrand : une petite pause peut-être ! (rires)
Jonathan : on va juste booker le studio et on va normalement sortir quelque chose en 2016. Si tout va bien, ça sortira en fin d’année. On peut donc se souhaiter de faire un chouette album que les gens aimeront autant que le premier. Et faire la fête ce soir on l’aura bien mérité !

Merci à Jonathan et Bertrand.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Cath
TotorRo seront au Parc Expo dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes vendredi 4 décembre à 23h40, Hall 3

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