Comptoir d’été #16 : le Papier Timbré

Le Papier Timbré - © Mozpic's Mo

Pendant la trêve estivale, rennes musique vous propose de découvrir ces bistrots rennais où les amateurs de bonne musique aiment traîner leurs oreilles. Ces bistrots où l’on aime découvrir des artistes, ces bistrots où l’on aime se retrouver autour d’une passion commune, ces bistrots où l’on se sent chez soi…

Episode 16 : rencontre avec Jean-Marie du Papier Timbré

Tu peux nous raconter l’histoire du Papier Timbré ? Depuis combien de temps on vient écouter de la musique chez toi ?
Ici c’est un bar depuis pas mal de temps. On n’a pas de traces historiques précises mais il y a des traces d’une zone d’encavage de fûts de cidre. Le poteau de calage est sur la devanture. Cela nous fait dire que c’est un très ancien bistrot mais nous n’avons pas de date exacte. Nous avons repris ce bistrot en juin 2009. Nous voulions y faire de la musique depuis le début. Après c’est un petit lieu donc on n’en fait pas énormément. Nous voulions proposer des moments sympas et intéressants. La particularité de ce lieu c’est que c’est un café avec des livres. C’est aussi une maison d’édition ! Nous avons une maison d’édition qui s’appelle Les éditions Goater qui existe depuis le début. Nous publions une quinzaine de livres par an qui sont distribués partout en France. C’est assez complémentaire. C’est une spécificité du Papier Timbré.

Il n’y a pas beaucoup de bars/maisons d’édition qui existent. Il y a beaucoup de correspondances entre ce que nous publions comme livres et ce que nous proposons dans le bar. Nous faisons des livres sur les bistrots, des livres politiques, féministes, des polars, des livres pour enfants sur les punks par exemple.

Nous faisons des livres dans pas mal de langues comme Persepolis en breton. Ici c’est assez actif toute la semaine. Nous accueillons une fois par mois des sessions slam avec l’association Slam Connexion, nous faisons des blind-tests les mercredis, nous accueillons aussi une AMAP pour des paniers de légumes, l’AMAP Hiroko qui est une des plus anciennes de Rennes. Nous proposons aussi des films, pas mal de documentaires, des soirées débats, des soirées de soutien liées à l’actualité politique et militante de Rennes, des soirées lecture, des soirées théâtre de temps en temps, des expos. C’est un lieu qui est donc toujours en mouvement ! On fait attention à faire du local majoritairement pour tout ce que l’on entreprend ici. Nous accueillons donc de jeunes formations qui veulent expérimenter leur live. Nous faisons de temps en temps des concerts en plein air sur la place Saint Etienne, notamment pour la fête de la musique, le cadre est bien agréable.

C’est quoi l’histoire du nom de ton bar ?
Avant cela s’appelait le Nozdei. Pour ce qui est de notre nom, cela est en rapport avec les révoltes du Papier Timbré de 1675. Cela est devenu les Bonnets Rouges. A l’époque, il y a eu des émeutes anti-fiscales. A Rennes, cela a duré longtemps, d’avril à juin. C’est donc une émeute qui a marqué l’histoire de cette ville. Cela nous correspond tout à fait, un symbole culturel, historique et breton.

On écoute quoi chez toi ? Il y a un style de musique bien particulier ?
C’est assez ouvert ! Du rock, du jazz, de la folk et tout ce qui est musique métissé. La folk passe très bien ici car nous nous limitons en terme de volume sonore. Nous avons aussi une culture punk forte.

Nous aimerions bien accueillir et expérimenter de la musique classique, de la musique baroque en bistrot. Nous recherchons un quatuor si quelqu’un est intéressé !

Pourquoi pas des apéros avec chants d’opéra ? Cela pourrait être très sympa et nouveau.

Est-ce qu’il y a un concert qui t’a vraiment marqué ? Ton meilleur souvenir au Papier Timbré ?
Ici ce qui est sympa c’est la proximité avec le public.

Nous aimons beaucoup Bonheurs inutiles qui viennent ici une fois par an. C’est de la chanson punk, un grand éclat de rire assuré, c’est très second degré.

Il y a eu quelques grandes dates ici quand nous faisions partie des Bars en Trans. Nous aimerions bien retourner dans ce projet d’ailleurs. Christine and the Queens est venue jouer chez nous à cette occasion, c’est sans doute la chanteuse la plus connue qui soit passée ici. Ladylike Lily aime beaucoup ce lieu, Del Cielo aussi. En hip-hop, nous sommes proches de Unité Maü Maü qui est un groupe de Rennes et qui a un discours politique qui nous parle.

Qu’est-ce que ça t’apporte de tenir ce genre d’établissement ? Le/les plus par rapport à un bar classique ?

Nous n’aimerions pas être juste un « débit de boissons », nous n’aimons pas ce terme. Ici, nous proposons autre chose, c’est un lieu de convivialité, d’échanges, de rencontres.

C’est cet aspect qui nous anime sinon nous ne ferions pas ce métier.

Est-ce que tu participes à des festivals rennais ?
Oui, nous allons être dans le Petit Soufflet avec le bœuf la Tête à l’Est. Nous soutenons le Grand Soufflet et ce que fait Etienne Grandjean. Nous sommes en lien avec pas mal d’associations sur Rennes ce qui nous permet de proposer pas mal de choses différentes. Nous sommes aussi dans l’association Culture Bar-Bars mais nous ne participons pas à leur festival. Une semaine avant les Transmusicales c’est un peu mal placé pour Rennes.

As-tu participé à l’essor de groupes rennais ? Des groupes qui auraient fait leur première scène chez toi ?
Ladylike Lily commençait déjà à être connue quand elle passait chez nous. Ici, il y a pas mal de « bouts d’essais » avec les musiciens. Je ne saurais pas te dire si nous avons participé à l’essor d’un groupe de chez nous. Peut-être My Sleeping Doll qui fait des scènes plus grosses maintenant, qui a joué plusieurs fois ici.

Rencontres-tu des difficultés ici par rapport au voisinage ? Des plaintes à cause du bruit ?
Maintenant ça va, la période difficile avec certains riverains propriétaires est passée. Nous avons fait des travaux d’isolation phonique mais c’est pas facile, nous sommes dans un vieux bâtiment ici.

Nous faisons attention au type de groupes qui passent ici avec un niveau de décibels assez bas pour ne pas embêter les voisins. Nous faisons essentiellement de l’acoustique.

Nous faisons attention aussi au niveau des horaires pour que cela finisse assez tôt, vers 10 ou 11 heures. L’été c’est plus difficile de faire commencer les concerts tôt.

Que penses-tu de la politique rennaise concernant les bars à concerts, les lieux culturels en général ?
Cela nous importait qu’il y ait une organisation au niveau des bistrots à Rennes. Nous avons donc participé au lancement du groupe Bar-Bars de Rennes avec des temps précis comme la rédaction de la charte de la vie nocturne, des états généraux de la culture pour montrer que le bistrot c’est autre chose qu’un débit de boissons.

Le bistrot c’est aussi un lieu d’activités, de solidarité, c’est avant tout un lieu culturel ! C’est ça qui fait la qualité d’une ville.

Je pense qu’il y a urgence car avant il y avait 400 bars sur Rennes, aujourd’hui nous devons être en-dessous de 200. Dans plein de quartiers rennais il n’y a pratiquement plus de bistrots. Dans les quartiers, les bars sont encore plus exposés aux plaintes des riverains qui veulent vraiment de la tranquillité. Nous aimerions qu’il y ait quelque chose de fait pour que les futurs locataires ou propriétaires soient systématiquement informés de la proximité d’un bar avant de louer ou d’acheter pour ne pas qu’il puisse venir se retourner contre les établissements ensuite.

Une ville sans activité dynamique dans les bistrots ne ressemble à rien !

Il faudrait aussi autoriser à nouveau la création de Licence IV sur Rennes vu le peu de bars qu’il reste, c’est tout à fait possible. Pourquoi pas imaginer des espaces le long du Canal ou dans les quartiers où il ne se passe pas grand chose. Il y a une meilleure écoute aujourd’hui sur ce que peut être un bistrot de la part de la ville mais il faut qu’on avance. Il y a du mieux avec le co-financement du GUSO. Il y a encore du boulot mais cela avance bien plus qu’avant. Avant nous avions plus de devoirs que de droits. Il n’y avait qu’un traitement répressif des bistrots, aujourd’hui c’est mieux. L’environnement juridique et les normes ne sont pas encore adaptés pour les bistrots. En tout cas, ici, nous sommes bistrophiles !

Quand tu as le temps, tu aimes aller écouter des concerts dans quel bar à Rennes ?
Même si on ne se voit pas souvent, nous sommes proches de la Quincaillerie Générale, de la Cours des Miracles qui est aussi un café-librairie.

Allez découvrir le Petit Bénéfice à Pacé, un vrai bistrot comme on les aime !

Pour ce qui est des concerts on aime bien aller chez ceux cités précédemment, mais aussi à la Bernique Hurlante qui en fait de temps en temps, et au Ty Anna Tavarn.

Aurais-tu des conseils à donner pour ouvrir un bar comme le Papier Timbré ? Des conseils que tu aurais aimé qu’on te donne avant de te lancer ? Des choses à faire et à ne pas faire ?
Il faut être super motivé, très curieux et passionné pour faire cela.

Il faut vraiment beaucoup aimer les gens pour que cela fonctionne et dure dans le temps.

Il y a toujours des passages difficiles mais il faut être très rigoureux. Ce qui est difficile c’est d’avoir toutes les compétences nécessaires en même temps, de la gestion, de la compta, du service, de l’organisation d’événements, cela fait beaucoup de choses. Il faut vivre passionnément ! Il faut bien s’accrocher, surtout au début où c’est difficile. Mais on est là, il faut pas hésiter à venir en parler et voir ensemble, trouver des solutions ensemble et essayer de passer les caps difficiles.

C’est quoi le budget moyen pour venir passer une bonne soirée au Papier Timbré ? L’entrée et la bière de base sont à combien ?
Ici, les concerts sont au chapeau ou à prix libre. Il faut savoir que nous payons les musiciens qui viennent jouer chez nous en plus de la caisse.

Nous faisons souvent des concerts de soutien, l’argent va donc à des caisses de solidarité. Dans ce cas, nous demandons aux personnes de mettre un peu plus dans la caisse.

La bière c’est comme partout, elle est à 2,50. Ici, nous n’avons que des bières bretonnes. Nous faisons attention à avoir au maximum des produits bios, équitables et en circuit court.

Budget moyen pour votre soirée au Papier Timbré :
Vous donnez en moyenne 3 euros à l’entrée ou au chapeau. Vous buvez toujours 3 bières pendant votre soirée même s’il fait très chaud en ce moment.
Entrée 3 euros + 3×2,50 euros de bières = 10,50 euros pour une bonne soirée au Papier Timbré.
Sortir à Rennes ne coûte pas cher !


On pourra venir écouter des concerts encore longtemps au Papier Timbré ? Tu as peut-être d’autres projets en tête ? Des envies d’ailleurs ?

Oui encore pendant longtemps ! A la rentrée, nous participons au Barathon avec Didier Wampas. Cela se passera toute une journée dans 6 bars. Il y aura pas mal de choses à la rentrée !

Merci Jean-Marie.

Lire l’épisode suivant : l’épisode 17 avec Christophe du Panama.
Lire l’épisode précédent : l’épisode 15 avec Federico du Cubanacan.
Lire tous nos comptoirs d’été (saison 1 et 2) : ils sont tous ici.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Mozpic’s Mo

Le Papier Timbré : 39 rue de Dinan à Rennes
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