Rezinsky du hip-hop impulsif à la fois sombre et subtil.

© Marion Chapelain

Rezinsky (contraction de RezO et Pepso Stavinsky) c’est un duo hip-hop venu d’Angers et de Rennes, des morceaux bruts, un rap spontané qui vous emporte, un mélange des rimes de Pepso Stavinsky avec les samples du beatmaker RezO. Leur EP « Les Hérétiques » est sorti en juin dernier.

Rencontre avec Pepso Stavinsky et RezO dans le cadre des Bars en Trans.

Salut Pepso et RezO ! Tout d’abord est-ce que vous pouvez vous présenter tous les deux ? Comment vous vous êtes rencontrés ? Vous venez d’Angers et de Rennes. Vous avez chacun votre rôle dans le duo. Pepso tu envoies les paroles et RezO tu envoies le son.
RezO : moi je suis beatmaker, je fabrique la musique de Rezinsky.
Pepso : et moi je fabrique les textes.
Pepso : on s’est rencontrés à une émission de radio, même si on s’était déjà captés sur le net. Je suis arrivé en 2011 à Rennes suite à l’invitation d’Artisanal, un groupe d’ici, pour faire un featuring sur leur album. On a enregistré tout cela en free style chez RezO. Par la suite on a fait une émission de radio ensemble.
RezO : c’est bien ça. Moi j’anime une émission de radio depuis 1998, Nex RezO sur CanalB. Quand il est venu à la radio, on a tout de suite eu le feeling, on s’est tout de suite bien amusés.
Pepso : j’ai tout de suite eu un feeling avec Rennes aussi, tout de suite de bons feeling humains et artistiques. J’ai décidé de faire mon premier album « Voir la lune » à Rennes chez Koolkal. RezO y a produit un titre. On a fait pas mal de collaborations, de featuring pendant 2 ou 3 ans avant de se lancer dans Rezinsky. On s’est un peu lancés dans le projet sans trop savoir ce qu’on allait faire. On a sorti les titres au fur et à mesure. En fait, on s’est invités sur plein de projets et on est devenus super potes comme cela.
RezO : on a pourtant deux identités complètement différentes. Moi je suis bloqué dans les années 90 de par mon âge et Pepso est ouvert aux musiques actuelles. On n’avait donc pas prévu de bosser ensemble à la base mais à force de s’envoyer des prods, on a vu qu’on pouvait se créer une identité qui pouvait être originale.

Vous vous êtes associés pour produire cet EP. Qui a fait quoi et comment s’est passée la création ? J’ai entendu parler de validation de sons juste par téléphone pour certains morceaux, c’est ça ?
RezO : le projet est né dans ma tête suite à une interview de Pepso sur le site l’abcdrduson, qui est un site très connu dans le monde du rap, où il disait qu’il serait amené à travailler de moins en moins avec moi. Du coup, je me suis mis à faire des sons et à lui les envoyer pour le contredire. Il me disait que sur certains il bosserait bien dessus. Je lui envoyais les sons par téléphone, ou par MMS.
Pepso : à l’époque, je vivais à Paris. Moi j’ai écrit tout l’album là-bas. Après on a quand même travaillé en binôme. Quand j’arrivais le week-end, je n’avais pas fini mes textes. On se prenait une journée pour un morceau. Je finissais d’écrire, on se posait sur les refrains, on cherchait des gimmicks, on finissait les morceaux comme cela et on enregistrait dans la foulée. Il y a même un morceau que j’ai écrit entièrement en studio. Il y a un côté très brut dans notre création avec des défauts qu’on a gardé pour le côté sauvage et sombre de ce projet. On a beaucoup fonctionné à l’instinct.

Mais, du coup, Rezinsky est né quand ? C’est un duo tout récent alors ?
Pepso : le premier morceau a été enregistré en juin 2014, on ne savait pas qu’il y aurait une suite. Il n’y avait même pas le nom Rezinsky encore, on était toujours Pepso et RezO. L’identité a vite plu, on nous a appelé rapidement pour des concerts. Le nom Rezinsky, on l’a trouvé au moment où il a fallu sortir un clip avec Pand’Or en octobre 2014. Rezinsky date donc d’octobre 2014. Notre premier concert date du 30 janvier dernier au 1988 Live Club. Depuis on a fait environ 25 dates.

Tu parlais d’une identité assez sombre. C’est quoi le style Rezinsky ?
RezO : il y a une touche bien évidemment, ce travail de break. J’ai été puiser des samples un peu plus sombres, ailleurs que dans la soul. J’ai toujours aimé et collectionné la soul. J’ai essayé de m’en éloigner un peu. En fait, on s’est tirés tous les deux de nos univers pour se retrouver dans un univers parallèle dans lequel on se sentait à l’aise.
Pepso : on a un style musical assez épuré avec des textes très personnels, de l’auto-fiction avec quand même un côté fantasme qui accentue le sentiment. Un côté brut de décoffrage qu’on n’aura pas sur le prochain album. On voulait garder quelque chose d’assez écorché, sans trop d’arrangements sur les voix, sans trop de lissages. Une sensation de vécu sur les morceaux. C’était un sacré exercice finalement le fait de rentrer chacun dans le monde de l’autre ! J’en avais marre de parler de mon quotidien de rappeur, je n’en parle quasiment plus dans ce projet.

Vous pouvez me parler du clip « Les hérétiques », réalisé par un rennais Damien Stein ? C’est un clip qui a beaucoup divisé.
RezO : effectivement, il a fait parler en bien et en mal. Plein de gens ont été choqués. Nous, on aime travailler avec Damien parce qu’il a vraiment un esprit différent quand il fait de l’image. Il ne vient pas du tout du monde du hip-hop et du rap et on aime bien donner nos morceaux à des mecs qui n’ont rien à voir avec notre milieu. Forcément, ils ne vont pas avoir une vision pleine de clichés mais une vision assez novatrice. Nos trois clips sont réalisés par des gens qui ne viennent pas du tout de notre univers. Pour le clip « Les Hérétiques » on a laissé carte blanche à Damien. Il avait déjà réalisé un clip pour l’album précédent de Pepso, un clip déjà bien barré qui avait bien fait souffrir Pepso en tant qu’acteur. Il a recommencé.
Pepso : Damien nous a dit une fois, il y a deux rappeurs avec qui je peux faire n’importe quoi c’est toi et Safirus (Darjeeling Speech). On lui fait totalement confiance. Le clip est sorti en mars. J’ai passé deux jours en salopette, torse nu, sans trop dormir, pour finir dans une rivière.
RezO : les gens ont parfois été choqués par la noirceur du clip, c’était notre but. Il faut créer une émotion, ne pas laisser indifférent et pour le coup, Damien a bien rempli son contrat.
Pepso : on crée, on réveille ce qui est en nous mais à partir du moment où on le donne cela ne nous appartient plus. Si cela peut réveiller ce qui est en chacun, les pulsions enfouies… Tu l’acceptes ou tu ne l’acceptes pas. C’est un parti pris de vouloir éveiller des choses, ne pas rester qu’en surface. Avec Damien, c’est cela qui est bien. Il y va à fond. J’aime bien quand il y a un autre regard qui interprète nos morceaux, de voir si cela colle ou pas. La connexion fonctionne avec Damien, le mec est libre, on ne dirige pas, carte blanche. Le but est d’apporter un nouveau monde et de ne pas rester que dans le notre.

Ca parle de quoi vos titres ? De femmes comme dans « Jolie môme », d’amour, de fêtes, comme beaucoup ou d’autres choses ? Qu’est-ce qui vous inspire ? Tu disais tout à l’heure Pepso que c’était du vécu.
RezO : du vécu métaphorisé !
Pepso : il y a un côté très fantasme. J’aime écrire sur les expériences que j’ai avec les femmes. Dans ce que je regarde en films, dans ce que je lis, la femme est très présente. Il y a la fête aussi, le monde de la nuit, avec le revers de la médaille qui va avec. Gueules de bois et descentes violentes. Il y a aussi le côté enfant pré-trentenaire immature qui refuse de grandir pour ma part. Tout autour de moi, mes amis font des enfants, achètent leurs maisons. Moi je bouge beaucoup, je ne veux pas grandir, je me retrouve des fois sans logement, je vais à droite à gauche. J’ai un côté atypique par rapport à ce schéma. Je sens quand même que je vieillis, que je vais vers la trentaine, que je me pose des questions, que je flippe. C’est assez inspirant en tout cas.

Vous attendez quoi de votre concert de ce soir ? C’est important pour vous de faire partie de la famille des groupes programmés aux Bars en Trans ?
RezO : cela fait plaisir forcément ! Cela met une double pression parce que c’est toujours un peu plus stressant et étrange de jouer dans sa ville. On sait que si cela se passe bien, il y aura des dates à tomber ensuite. Mais un grand plaisir et une bonne petite dose de stress positif. Safirus jouera avec nous ce soir comme souvent quand on fait un set long.
Pepso : Saf est aujourd’hui une des seules personnes avec qui j’arrive à écrire des histoires. On écrit sur les mêmes sujets, de la même façon avec une esthétique différente. Il y a une connexion entre nous, on écrit pas mal ensemble.
RezO : on est en train d’écrire des choses ensemble pour une future collaboration.

Justement, vous avez des projets pour la nouvelle année ? Une tournée ? Un nouvel EP avec une aussi belle pochette (réalisée pas Silas) ? Un album ?
Pepso : un nouveau projet va sortir au premier semestre. On travaille dessus à fond. On aime bien créer dans l’urgence pour garder la spontanéité.
RezO : j’avais envie de collaborations avec certains musiciens. J’ai du mal avec la musique électronique, j’avais envie de quelque chose d’acoustique. Le prochain disque sera donc différent.

Merci à Pepso et RezO.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Marion Chapelain
Réalisateur du clip Les Hérétiques : Damien Stein http://damienstein.com/

Rezinsky // La Notte // Bars en Trans // vendredi 4 décembre // 21h35.

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