Louise Roam, de l’électro pop sensible et personnelle.

© Catherine Rué

Aurélie Mestre, alias Louise Roam, est auteure, compositrice, interprète et productrice d’une électro pop personnelle inspirée de ses voyages et de ses nombreuses années d’études classiques de violon, guitare et trombone. Louise Roam présentera son nouvel et second EP Avaton à l’Aire Libre dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes, plein d’émotion et de sensibilité.

Rencontre avec Aurélie Mestre, alias Louise Roam.

Aurélie, peux-tu te présenter ? Tu viens d’un univers très classique, comment es-tu arrivée à l’électro ?
J’ai commencé par le violon à cinq ans, je suis passée par le conservatoire. J’ai fait de la guitare électrique, du trombone. J’ai une formation très classique, et un jour, on m’a mis au Rex. J’étais pas toute jeune, bon j’avais 20 ans. Je n’ai pas compris ce qui se passait. J’ai eu du mal à rentrer dans la musique électro, à l’apprécier, à la comprendre. Cet aspect assez figé, c’est péjoratif mais c’est comme cela que je l’ai ressenti avec un bpm très régulier, qui ne bouge pas. C’est tout le contraire du classique où il n’y a pas de bmp mais une intention, un moment T, un presto en début de partition et dans ce presto, par exemple qui a une cadence assez élevé, on peut respirer, on peut élargir, on peut raccourcir, on peut jouer avec les émotions. Du coup, quand je suis arrivée, je n’ai pas compris, c’était très froid. Après j’ai découvert des artistes électro comme Gui Boratto, James Olden, je suis tombée complètement amoureuse et je suis tombée dans l’électro comme cela. Je n’ai pas une énorme culture électro, je ne suis pas une énorme fan d’électro mais je suis tombée dedans.

Tu viens de sortir ton second EP Avaton, après Raptus en juin de cette même année. On sent qu’il y a une évolution entre les 2, que tu as donné plus de place au chant et à l’émotion dans Avaton. Peux-tu me parler de ton univers ? As-tu le sentiment de l’avoir trouvé où es-tu toujours en recherche ?
Je sais pas si on peut dire qu’on trouve un univers et qu’on y reste. Je crois qu’il faut prendre des risques. Comme là, c’était marrant de faire ce travail sur le chant parce que pour moi le chant c’était quelque chose qui était très très loin dans ma tête. Je n’aurais jamais imaginé mettre cette voix en avant. C’est pas figé. Il y a des choses que j’ai envie d’améliorer, j’ai des idées pour la suite. L’univers reste la patte, c’est important. J’ai envie d’améliorer l’écriture, faire quelque chose de plus concis. Pour le moment, mes morceaux sont assez longs. Comme les morceaux d’électro finalement, on est sur du 5/6 minutes sur l’EP. J’aurai peut-être envie de raccourcir, de faire du 3 minutes 30, de faire quelque chose de plus pop. A voir… Les choses ne sont pas figées…

C’est Pierre Lefeuvre (Saycet), avec qui tu collabores sur la tournée de son troisième album, qui t’a donné envie de chanter ?
Le travail de la voix c’est un travail qu’on a fait dans le cadre de Saycet. Quand je suis arrivée dans le projet, Pierre m’a dit « vas falloir que tu chantes ». J’ai dit ok, mais par contre j’ai jamais travaillé ma voix. On s’est aperçu que le timbre correspondait à la musique. On s’est dit qu’on pourrait aller plus loin. J’ai donc pris des cours de chant et j’ai découvert ce nouvel instrument. Cela m’a donné envie de continuer.

Tu as ramené ton premier EP de Suède, le second de Grèce. Le voyage t’inspire pour composer ? Tu en ramènes des sons, des ambiances qui te servent ensuite ?
Je ramène dans ma tête des ambiances, des textures, le silence. En Suède ce qui était important, c’était de s’imprégner visuellement des paysages, de la grandeur démesurée. Surtout au Nord de la Suède. C’est assez démesuré, c’est très beau, très froid, très silencieux. C’est la nature qui parle et j’ai beaucoup écouté cela. J’ai ramené ces impressions avec moi sur Paris pour finir mes compositions. Je n’ai rien enregistré physiquement mais je m’en suis imprégnée. En Grèce c’était plus le côté avec la crise. Je voulais y retourner, parler avec les gens que je connais là-bas. Ce qui est impressionnant en Grèce, c’est que c’est un territoire qui a une histoire antique extraordinaire, il y a encore tous ces vestiges, les gens vivent avec, vivent avec leur passé et vivent avec un présent déplorable. Vers quoi allons-nous ? C’est un peu la question de cet EP que j’ai ramené de là-bas. Dans Avaton, je pose clairement la question : faut-il avoir confiance en cette humanité ?

Qu’est-ce que ta formation classique t’apporte dans ta manière de composer de la musique électronique ?
J’essaie de faire respirer cette musique. Sur « The walk » par exemple, je me suis amusée à bouger un peu le bpm. Je ne sais pas si c’est perceptible. Il y a la rigueur de travail aussi. Quand on arrive dans un conservatoire on n’est pas là pour rigoler, c’est le travail avant tout. On comprend très vite que si on veut réussir, il faut travailler. Tu comprends la valeur du travail très vite. Plus tu travailles, plus cela va vite, plus tu maitrises ton instrument. Tu apprends cela très vite, dès tout petit. J’ai compris cela à six ans. C’est rester aujourd’hui. Quand je travaille c’est jour et nuit. Cela tourne toujours dans ma tête, je suis quelqu’un de très concentrée dans mon travail.

Quelles sont tes influences musicales pour composer ? Un album, un artiste en particulier qui te sert de référence ?
Il y en a plein. J’écoute beaucoup de classique. Je suis une énorme fan de Bach, Sibelius. Tout est là. Dans cette musique il y a tout, on n’a rien inventé. On n’aurait limite pas eu besoin de faire autre chose. Au niveau plus actuel, Patti Smith, musicalement et au niveau des textes je trouve cela bluffant. J’écoute beaucoup le dernier Tame Impala aussi. Pour moi, c’est une claque ! J’écoute pas énormément de musiques actuelles. Quand j’écoute quelque chose, j’ai besoin de l’écouter beaucoup, pendant des mois. En ce moment, je suis encore sur le dernier Tame Impala par exemple. J’écoute aussi Housse de Racket (rires), il y a un truc, c’est très très loin de ce que j’aime et de ce que je fais mais il y a un truc que je trouve plaisant, de la légèreté qui fait du bien.

Qu’est-ce que tu attends d’un festival comme les Transmusicales ? Un début d’histoire, de reconnaissance ? L’année dernière, Jeanne Added était à l’Aire Libre comme toi cette année.
Cette année, c’est quand même Paradis qui est en tête d’affiche. J’y passe trois soirs. C’est une super vitrine de pouvoir montrer dans ce cadre-là ce que l’on fait. L’Aire Libre est une superbe salle, on a un accueil dément. C’est la première fois que je suis accueillie comme cela ! On a des conditions de travail extraordinaire dans cette salle. C’est aussi la première fois que je travaille avec un ingé son. Pendant deux jours et demi, on a pointé ce qui allait et ce qui n’allait pas, on a cherché à faire un set-up cohérent, à faire une set-list cohérente. Ce cadre de travail est une chance. C’est pour moi une belle occasion de montrer aux professionnels ce que l’on fait. Je ne vois pas l’avenir, c’est une chance, j’en profite !

Que peut-on te souhaiter pour la suite ? Un nouvel EP ? Un album ? Une tournée ?
Je voudrais juste, avant de me souhaiter quelque chose, que le monde tourne un peu plus rond, que les gens soient un peu plus heureux, qu’on le soit tous pour qu’on soit tous un peu mieux dans nos vies. L’année 2015 a été une année assez triste. Personnellement, je vais continuer à faire ce que je fais. Je ne sais pas si je ferai un autre EP, un album. Pour l’instant, j’ai encore envie de travailler sur le live. Il y a encore des choses à améliorer. Et puis me faire plaisir aussi ! Communiquer cette musique avec les gens ! Produire c’est bien, mais cela reste figé, il faut partager les choses, c’est important !

Merci Aurélie

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Cath

Louise Roam sera à l’Aire Libre dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes, mercredi 2 décembre à 20h30, jeudi 3 décembre à 20h30 et dimanche 6 décembre à 17h00.

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