The Madcaps : les « maboules » du garage rock rennais

The Madcaps © Hervé Dapremont

Nous avons rencontré Thomas Dahyot, le leader du groupe rennais The Madcaps. Ils joueront dimanche à l’occasion de la Rennes Tatoo Convention. L’occasion de découvrir en live beaucoup de nouveaux morceaux qui seront sur le prochain album.

Rencontre et longue interview de Thomas Dahyot.

Thomas, tu es le chanteur, le guitariste et le compositeur du groupe. Tu peux nous raconter ton parcours musical, du début jusqu’au Madcaps ?

J’ai grandi dans une maison où on écoutait pas mal de musique. A l’âge de 9 ans, je voulais avoir de la musique dans ma chambre. En 1991, j’ai eu mon premier lecteur CD et mes premiers disques. J’ai été pas mal bercé par des musiques sixties, les Stones et les Beatles pour faire dans les classiques. Mes parents n’écoutaient pas forcément ça, mais au Noël où j’ai eu mon lecteur CD, mon père a eu un disque des Stones. J’ai trouvé ça génial et je lui l’ai piqué. Du coups, il m’a acheté « Exile On Main St.» et je l’écoutais en boucle. Je suis devenu zinzin de ce groupe.

Mon père m’a ensuite offert « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles et je ne suis jamais sorti de ce créneau musical.

Je suis venu à la musique en tant que musicien assez tardivement. Je rêvais de faire de la batterie quand j’étais gamin, mais mon père trouvait que je n’avais pas le rythme dans la peau. En 4ème, j’avais un pote qui faisait du piano. J’ai pris des cours et je me suis mis à jouer du Serge Gainsbourg et du boogie-woogie pendant plusieurs années. Ensuite au lycée, j’ai fait de la percussion et j’ai monté un groupe. En 2005, j’ai rencontré des personnes complètement fan du même genre de musique que moi et on a monté ensemble les Underwear Brothers, un truc assez folk, un peu country, très pop, se rapprochant de ce que fait Herman Düne. On s’est retrouvés quelques années plus tard à 8 filles et 2 gars dans le groupe, et on s’est orientés vers quelque chose de plus pop à la Beach Boys et à la Mamas & the Papas. Parallèlement à tout ça, j’avais un autre groupe très sixties anglais et qui existe toujours, les Spadassins (dans lequel je ne joue plus depuis peu de temps), j’étais aux percussions. C’était plus du beat, de la soul. On ne jouait plus beaucoup et je me suis senti frustré pendant 1 an. J’ai décidé de monter mon groupe, les Madcaps, il y a 2 ans. Je voulais monter un groupe de rock n’roll un peu garage. J’en ai parlé à des potes rencontrés à des concerts et ça les a motivé direct. Pendant l’été, j’ai écrit des chansons, fait des démos et on a commencé comme ça. Des chansons, des concerts, des enregistrements. Un an et demi plus tard, on en est là à faire une interview…

Les Madcaps, c’est un groupe de potes de concerts finalement ?

Au Mondo Bizarro, au Mélody Maker, au Sambre, c’est dans ces lieux qu’on s’est formés. Avec Rémi et Vincent, on s’est rencontré il y a 3 ans. On a rencontré notre bassiste Bastien, un peu plus récemment, encore une fois dans un concert. Il jouait de la basse dans un groupe de Nantes qui s’appelle The Marginals. A l’époque, j’étais dans l’asso The Twist Kominter qui organise des concerts. J’avais fait venir ce groupe que j’adorais et on s’est tout de suite bien entendus. A l’époque, le bassiste de notre groupe retournait dans son Australie natale. Bastien a tout de suite adhéré et il n’est jamais reparti.

Pourquoi ce nom ? Vous êtes étourdis ? Zinzins ? C’est une référence au 1er album solo de Syd Barett (Pink Floyd) ?

Avant d’être une référence à Syd Barett, c’est un mot de la langue anglaise qui n’est pas très usité, un peu désuet. Ca a le mérite d’être un mot court, de 2 syllabes, avec des répétitions de sons.

Le mot Madcaps rebondit tout en frappant en même temps !

C’est donc d’abord une histoire de sonorité. La référence à Syd Barett ne me déplait pas mais ça n’était pas l’objectif du tout. On ne fait pas la même musique, il est plus sombre, plus triste et « tarabiscoté ». Madcaps ça veut dire les écervelés, les fous, les maboules. Je pense pas qu’on soit si maboules que ça même si on aime bien l’être de temps en temps. Il faut être sérieux aussi.

Comment tu qualifierais le style de Madcaps ?

Au tout début, c’était un groupe de garage, de la saturation dans la guitare et la voix. Progressivement, à force de jouer ensemble et d’écrire des chansons, on est arrivé sur des choses un peu plus pop, rhythm and blues. Les Madcaps, c’est un peu un mélange de tout ça avec une grosse sauce sixties, parce que j’ai grandi avec ça et que j’écoute toujours ça. On n’est pas juste un groupe « revival » des années 60, on se nourrit de ce qu’on écoute.

Vous avez tous les mêmes influences musicales ?

On a beaucoup de points communs et quelques petites divergences. Dans le groupe, certains aiment des musiques un peu plus lourdes, un peu plus heavy. Moi, j’aime beaucoup la musique afro-américaine, la soul, le r’n’b, la musique des îles, les trucs un peu exotiques. En ce moment, j’ai mis un peu de côté la musique des années 50 et 60 parce que depuis quelques années, il y a de très bons groupes dans le monde. Je ne creusais pas beaucoup avant de ce côté-là mais il y a de très bons disques qui sortent actuellement. Je fais beaucoup de concerts et j’achète pas mal de disques. J’écoute de la pop et du garage rock des années 2014/2015 mais je retourne de temps en temps à ma musique d’origine.

En ce moment ton coups de coeur musical c’est quoi ?

J’ai acheté récemment le disque de The Living Eyes, un groupe australien qui fait du garage assez punk. Je suis super fan depuis quelques mois. J’aime beaucoup un canadien de l’écurie Burger Records qui s’appelle Michael Rault. Il fait de la grosse pop et c’est très cool. J’écoute beaucoup aussi les Natural Child, un groupe du Sud des Etats-Unis. En Australie, il y a plein de groupes intéressants comme les Murlocs, et leurs potes qui font de la musique plus psyché les King Gizzard and the Lizard Wizard. C’est assez hypnotique avec des morceaux qui s’étirent beaucoup plus, de l’harmonica ultra saturé. Je te les conseille vivement !

Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire ? Il y a beaucoup d’humour qui se dégage de l’univers des Madcaps.

On ne se prend pas trop au sérieux. Je ne réfléchis pas trop. Ca a été un problème au tout début du groupe. Comme je n’avais jamais écrit beaucoup de chansons et surtout autant de chansons, il fallait fournir pour maintenir l’enthousiasme de ses camarades. Amener des nouvelles choses aux répétitions, faire des chansons pour penser faire des concerts et que les gens aient des choses à écouter. On fait de la musique assez pop, il faut des mélodies accrocheuses mais aussi des paroles en avant. Au départ, je me demandais de quoi j’allais parler, j’avais des moments sans inspiration. Et puis, plus tu écris des chansons et plus ça devient facile. Aujourd’hui je cherche beaucoup moins, il va y avoir une phrase qui va sortir un moment, que je vais trouver intéressante et je vais creuser l’idée. Dans une discussion, dans un bouquin, une idée qui me plait qui me donne mon point de départ. Des fois, tu as un point de départ avec une idée et tu arrives à t’y tenir, et des fois, ton point de départ est totalement relégué sur le côté. C’est du quotidien. Il y a beaucoup d’histoires de coeur, c’est le nerf de la guerre l’amour. Ces derniers temps, j’ai écrit des choses un peu plus sérieuses, un peu plus d’introspection, mais je me suis dit que ça manquait un peu de légèreté. J’ai donc écrit quelques chansons un peu plus débiles. Le prochain album, qui est quasi prêt, comporte des chansons sérieuses et un peu plus légères pour équilibrer. Après, il faut se dire que 90% des gens n’écoutent pas les paroles.

Pour moi, c’est important les paroles. C’est 2 minutes pour raconter une histoire, une vignette, un moment de vie.

On tourne à l’étranger mais la majeure partie de notre public est français et s’en fout des paroles. Il y a des gens qui écoutent, on a des fois des remarques, c’est plaisant, mais la plupart du temps c’est juste des mots, un prétexte à des mélodies.

On sent que les paroles sont très importantes dans vos chansons, on peut même les lire sur votre bandcamp, c’est plutôt agréable comme démarche.

Je trouve ça important de pouvoir les lire, à défaut de les avoir dans le disque. L’idée c’est de permettre de comprendre les paroles, pas toujours facile de capter direct en live.

PS : Thomas est professeur d’anglais, d’où l’importance et la qualité des paroles.

Les autres membres du groupe ont un rôle précis ? Vous travaillez comment ? Qui fait quoi ?

Le rôle est défini par l’instrument. Mais comme on joue tous un peu de tous les instruments, on se donne des idées les uns les autres. Les paroles c’est pas le truc qu’arrive en premier, on commence généralement avec la musique. Le bassiste écrit quelques chansons, mais c’est moi, principalement qui écrit chez moi tout seul. On construit et on déconstruit des idées ensemble. Je chante parfois en yaourt aux répétitions et quand le truc est un peu arrêté, j’écris des choses dessus. Les paroles ça aide à bien fixer. Après, chacun trouve ses parties pour ses instruments mais on se donne des idées mutuellement, on se donne le droit de suggérer à chacun des trucs.

Tu peux me parler du clip « 8000 miles from home » ? C’est une thérapie ou juste un délire de film d’horreur ? Une liste de tous tes plus mauvais souvenirs (professeur, premier job dans la restauration) ?

Il faudrait l’amener à un psychiatre qui pourrait peut-être l’analyser. Je pense pas qu’on soit des êtres torturés. C’est pas quelque chose qui a été réfléchi. C’est plutôt venu par construction. Pour cet album, on voulait un clip dans lequel on allait jouer et qui allait être réalisé par quelqu’un qui sait faire. On voulait un truc un peu plus professionnel que ce qu’on avait pu faire avant. C’est plutôt un brainstorming qui, progressivement, a amené ce truc là. On voulait être dans le clip, on voulait une voiture (une belle Renault 5 bleue), on s’est dit qu’il pourrait y avoir des meurtres. On s’est dit : « on pourrait se tuer nous-mêmes, il pourrait y avoir des doubles de nous !». On a trouvé notre idée finalement bonne. Des doubles de nous qui existent et qu’il faut éliminer. Après, on a choisi des professions très identifiables : un professeur, un cuisinier, un docteur et un chasseur. Tout dans le stéréotype, même dans le jeu d’acteur : des traits grossis, un côté un peu série B, cousu de fil blanc. Après il y a un lien avec ma profession puisque je suis prof d’anglais et on a tourné le clip dans mon lycée. Mais tu peux en tirer une thérapie si tu veux…

Est-ce que je veux tuer le prof que je suis pour devenir musicien à plein temps ? Peut-être…

Vous êtes arrivés comment chez Howlin Banana avec vos potes de Kaviar Special ?

On connaissait un peu le mec de Howlin Banana à travers des concerts. On a diffusé quelques titres sur le web et il a été le 1er à réagir en demandant d’autres titres à écouter. Il a adoré. C’est la 1ère fois qu’un mec est venu nous chercher. C’est le label qui est venu vers nous ! A l’époque, c’était un label qui était tout petit. On bénéficie de son investissement. C’est un type qui est en train de se professionnaliser. Au départ, c’était très artisanal. Du coups, chacun tire l’autre vers le haut. On bénéficie de son travail de communication dans la presse, on fait des concerts, on fait parler de nous. Ca fonctionne plutôt bien ! Une belle collaboration.

J’ai lu pas mal de bons papiers sur vous (Gonzaï, les Inrocks). Des articles plutôt positifs. Vous avez tourné en France, à Rennes on vous a vu à l’Ubu, au 1988 Live Club, au Mondo Bizarro. Vous êtes allés en Suisse, en Allemagne, en Italie. Au cours de l’interview, on apprend que le 2ème album est quasi fini. Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Ca serait bien un article qui casse un peu. Les ennemis c’est la clé du succès ! La suite c’est quelques dates cet été. On joue dimanche à la Tatoo Convention, la semaine prochaine (samedi 13 juin) on joue avec 4 groupes de copains au Mélody Maker pour l’anniversaire de l’asso Beating Recording. On sera ensuite au festival Ille-et-Zick à Montreuil-sur-Ille le 27 juin, à Angers en juillet et au festival de Binic début août.

Vous avez lancé un appel aux dons pour enregistrer votre second album aux studios Kerwax (à Loguivy-Plougras dans le 22). Qu’est-ce qui vous motive pour ce lieu ? Le fait d’enregistrer sur du matos du siècle dernier ? Le fait d’être au milieu de nulle part au calme et donc de pouvoir travailler sereinement ?
On peut trouver cet appel aux dons où ? Ca fonctionne auprès de votre public ?

On part mi-juillet pendant 10 jours pour y enregistrer notre 2ème disque. L’appel aux dons ne marche pas du tout. En fait, on n’a pas assez pour payer le studio. Un studio professionnel ça coûte cher.

A Kerwax, il y a du super matos. On pourra continuer dans la carte sixties puisqu’il y a beaucoup de matos des années 50 et 60.

On a très très hâte d’y aller mais ça coûte de l’argent. Le subventionnement participatif, c’est pas le truc le plus rock n’roll qu’on puisse faire mais en 2015, les tunes elles ne sont pas dans la vente de disques, dans les concerts que tu fais ou dans les subventions des régions, elles sont auprès de ton public, de ceux qui t’écoutent ! J’espère que ça va marcher ! Ca marche pour plein de gens alors pourquoi pas pour nous.
Pour faire un don : https://www.kickstarter.com/projects/1899016052/the-madcaps-second-album

Une scène qui te fait rêver ? Un festival ?

On est super contents de jouer au festival de Binic. C’est un festival où on va tous depuis plusieurs années, un festival bien à la cool, une bonne ambiance assez familiale dans tous les sens du terme. Les gens y sont très sympas et respectueux, ça brasse des âges très différents. C’est une cité balnéaire donc tu as des gens qui viennent en vacances avec leurs enfants et les rockeurs qui viennent là pour le rock. C’est un festival gratos donc ça draine beaucoup de monde. C’est au bord de la mer, près de la plage, dans un port, il y a eu plein de groupes qu’on aime beaucoup qui y sont passés, c’est le festival idéal en fait !

Parlons maintenant de Rennes.

Tu écoutes quoi comme groupes rennais ?

C’est essentiellement des copains. Le rock n’roll est une grande famille. On va commencer par les copains incestueux puisque notre guitariste joue aussi dans Kaviar Spécial, on les aime beaucoup, on va se faire une petite tournée avec eux d’ailleurs en octobre prochain. Dans un style toujours un peu garage mais avec un peu de country dedans, on aime beaucoup Sapin. Dans le côté très sixties, on aime beaucoup Pan et dans le côté un peu plus papa rock et soul, on aime beaucoup les Bikini Machine.

Un endroit où tu aimes traîner pour écouter de la bonne musique à Rennes ?

Pour écouter de la bonne musique en buvant un coups en terrasse et voir des petits concerts, j’aime bien aller au Mélody Maker. Pour voir des concerts dans de meilleures conditions, je dirais le Mondo Bizarro. Et il y a les endroits que je pleure, qui n’existent plus qui sont le Sambre et le 1929, chers à mon coeur…

Ta plus grosse claque à Rennes en tant que spectateur ?

Je dirais les Thee Oh Sees, il y a 3 ou 4 ans. Avec l’asso Twist Kominter (asso qui existe toujours), on les avait programmés au moment où ça commençait à prendre pas mal d’ampleur mais avant qu’ils ne deviennent les stars d’aujourd’hui. On les avait fait jouer au Mondo Bizarro et c’était dingue ! C’est vraiment pas mon groupe préféré, mais c’est le concert qui m’a le plus bluffé ces dernières années. Il y avait beaucoup d’échos dans la voix et dans la guitare, on avait l’impression qu’il y avait une espèce de bulle d’échos et de reverbes qui entourait tout le monde. Souvent à un concert, selon ton emplacement dans le public, tu ne vis pas la même chose. A ce concert, tout le monde était dans cette bulle et le son était épais, tu pouvais le pénétrer à la main. Ca m’a remué la conscience.

Et en tant que musicien ? Ton meilleur concert à Rennes ?

J’ai un souvenir à la fois agréable et frustré de notre tout premier concert. C’était la première fois que je tenais une guitare et le chant lead dans un groupe. Les gens avaient l’air ultra contents et enthousiastes de découvrir notre groupe. C’était au Mélody Maker, ça reste un très bon souvenir. La sono était pourrie, on ne s’entendait pas du tout, fallait que je crie. Pour le coups, c’était ultra garage. C’était pas notre meilleur concert mais c’est un super souvenir en terme d’émotions. Le tout dernier concert qu’on a fait, toujours au Mélody Maker, était bien sauvage aussi. Sinon, en dehors de Rennes, mi-avril, on a fêté la sortie de notre disque à la Mécanique Ondulatoire. On était super contents, c’était la première fois qu’on était la tête d’affiche. La salle était pleine, il y avait 200 personnes. Les gens étaient à fond dans la musique, ça chantait, ça criait, ça dansait. C’est la première fois de ma vie que des gens chantent des refrains. Ca fait des trucs dans le ventre.

Merci Thomas.

Cath
Crédit photo : Hervé Dapremont (diffusion avec l’accord de Thomas)

Pour suivre l’actu des Madcaps : http://madcapsfr.blogspot.fr/
Pour écouter les Madcaps : https://madmadcaps.bandcamp.com/album/the-madcaps
Pour suivre les Madcaps sur les réseaux sociaux : https://www.facebook.com/madcaps

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