J.C. Satàn : « si tu as l’impression d’être dans ton fauteuil en écoutant un live c’est qu’il y a un problème »

JC Satan

Le cinquième album des excellents J.C. Satàn « Centaur Desire » est sorti en mars dernier chez Born Bad Records. La bande à Satàn nous livre un disque puissant et percutant.

Rencontre avec Arthur et Paula juste avant leur concert à l’Antipode MJC.

Ma première question va être classique mais J.C. Satàn a commencé comment et quand ?
Arthur : c’est une merveilleuse histoire d’amitié qui s’est forgée autour de la musique et de la fête. Je jouais dans des groupes de garage punk, je tournais un peu partout en Europe, notamment en Italie où Paula organisait des concerts. On s’est rencontrés de cette façon. Elle est venue sur Bordeaux pour passer des vacances. J’écrivais des morceaux de mon côté et je lui ai demandé de chanter sur ces morceaux pour rigoler. On les a mis sur myspace et des gens ont apprécié. Des labels nous ont proposé de sortir des disques en nous conseillant de monter un groupe.
Paula : au début, nous étions moitié italien, moitié français. On a commencé à répéter en Italie, j’habitais encore là-bas.

On était six au début, ça n’était pas du tout le même groupe, il n’y a que nous deux à être là depuis le début.

On a commencé à tourner et le groupe a évolué au fur et à mesure. Romain (à la batterie) est arrivé à la deuxième tournée, Gaspard (à la basse) est arrivé il y a un an.

Vous avez commencé en mode « on ne sait pas trop où on va », sans intention d’enregistrer des albums. Qu’est-ce qui vous a finalement fait durer, fait changer d’idée ?
Arthur : au début, on faisait clairement tout ça pour se marrer, Paula n’avait jamais fait de musique de sa vie.

On hallucinait que des gens nous donnent de très bons avis sur ce qu’on faisait, que des labels nous encouragent, que des personnes veuillent nous programmer sur scène.

Paula : au début, quand tu montes un groupe, tu commences à jouer et à tourner un peu partout, ton réseau se crée, tu commences à connaître du monde. De mon côté, j’accompagnais déjà quelques groupes sur la route puisque j’organisais des concerts. J’avais donc aussi ce réseau et tu apprécies de revoir ces personnes.
Arthur : le réseau est aussi grand que tout petit. C’est peu de gens en fait et ils se connaissent tous. Entre Paula qui avait un réseau et nous de notre côté qui avions déjà tourné un peu partout avec d’autres groupes, tout s’est fait naturellement. Et puis, les gens qui connaissaient Paula voulaient la voir sur scène, elle était connue pour organiser des concerts, pas pour faire de la musique, il y avait donc beaucoup de curiosités auprès des gens qu’on connaissait.
Paula : on n’était pas bons au début, mais on s’est améliorés, le truc a pris et on a donc eu envie de continuer.

Vous aviez ensuite envie de sortir un album par an, ce que vous n’avez pas fait. On dit toujours que sur le premier album, le groupe donne tout ce qu’il a, sur le deuxième il confirme (ou pas) et ensuite c’est plus compliqué. C’est quoi la recette pour sortir un cinquième album, pour avoir toujours l’envie, les idées, des choses à dire ?
Arthur : les gens ont des idées assez folles et pensent que faire cinq albums c’est dur. Je trouve que ça n’est pas compliqué, je peux écrire encore plein de morceaux. C’est plus compliqué pour sortir l’objet physique oui c’est sûr. Mais l’inspiration elle est toujours là !
Paula : oui mais des fois il ne faut pas faire des choses qui se ressemblent trop, c’est le risque.
Arthur : les morceaux arrivent quand ils arrivent et comme ils arrivent. On fait nos disques chez nous et on enregistre quand on veut. En plus, on a plus de matos donc ça facilite la création et ça motive.

Paula : c’est vrai que le premier album que tu fais, tu ne te poses pas trop de questions. Tu donnes tout ce que tu as.

Au bout du cinquième, tu as quand même peur qu’il ne plaise pas ou moins. Et puis, quand tu as écrit pas mal de morceaux, tu as quand même un peu peur de retomber sur des choses que tu as déjà faites. Des fois, j’ai peur de ne plus savoir quoi raconter, quoi écrire.
Arthur : on passe toujours par ces étapes, à chaque album de toute façon !

Cet album est plus lourd, plus percutant au niveau du son. Que diriez-vous sur l’évolution de votre son ?
Arthur : il est mieux enregistré, mieux défini. Il sonne beaucoup mieux, il est plus propre. On a investi dans du matos.

Et c’est la première fois que vous enregistrez une vraie batterie.
Arthur : oui, dans les albums précédents, c’était des batteries d’ordinateurs. Pour les enregistrements, je joue tous les instruments que je connais, la basse, la guitare.
Paula : Dorian (aux claviers) et Arthur ont fait les arrangements à la fin. Il y a une fille qui joue de l’alto sur un morceau aussi.

Vous l’avez enregistré chez vous?
Arthur : on l’a enregistré chez un pote à la campagne mais on l’a enregistré nous-mêmes, on aime bien tout faire.

Pour moi, la production fait partie de l’écriture du morceau. J’ai du mal avec une personne extérieure qui viendrait faire la production.

Cette personne s’immiscerait dans nos morceaux. Nos chansons sont vraiment liées au son qu’on y met. C’est un choix. On s’est enfermés un mois pour faire toutes les prises.

Ccomme tu le disais, vous avez acheté du matos ?
Arthur : on a acheté une super table de mixages, on aime bien les trucs analogiques, on en a un peu marre des ordinateurs. On a maintenant un son purement analogique. Avec les ordinateurs, il y a tellement d’effets, tu as trop de choix, tu finis par y passer un temps fou. On a des compresseurs d’Abbey Road, des micros que les Beatles utilisaient. Du matériel mythique en fait ! On a touché la Sacem pour la première fois et j’ai eu un héritage, on a pu dépenser 15 000 euros de matériel en un an. On a acheté des trucs de fous et c’est du matériel qu’on aura toute la vie. On s’est fait plaisir. On aimerait bien monter un studio avec Dorian. On enregistre déjà d’autres groupes, on aimerait enregistrer des premiers albums de groupes, les faire payer des sommes modiques pour qu’ils aient un son correct et puissant, leur montrer comment faire pour qu’ils fassent eux-mêmes pour les prochains, leur prêter le matos.

On a envie de participer, d’aider des groupes qui débutent.

Vous avez un nouveau bassiste, Gaspard. Comment s’est faite la rencontre et peux-tu te présenter puisque tu es là ?
Gaspard : on se croisait beaucoup dans les concerts avec J.C. Satàn. J’avais vu Arthur jouer avec Hoodlum, c’était dément. Après, Arthur est venu me voir jouer avec Cockpit, il avait adoré et voulait nous enregistrer. Tout est parti de là. Il nous suivait sur nos tournées, tout s’est fait naturellement et logiquement pour intégrer le groupe suite au départ d’Alice. J’ai intégré le groupe en juin dernier.

L’album commence part un « 4 coups de baguettes de batterie » comme pour annoncer la couleur de l’album : un bon album de rock.
Arthur : pour une fois qu’on a enregistré la batterie, on voulait le montrer.

On voulait montrer à quel point Romain est nul puisqu’il fait un faux départ à la batterie dès le début de l’album.

On n’avait pas prévu de le garder au début.

Elle parle de quoi la chanson titre de l’album « Centaur Desire » ?
Paula : c’est la chanson titre mais ça n’est pas forcément la plus intéressante. Tout est parti d’une carte postale d’un centaure que j’ai trouvé. J’ai trouvé le visuel intéressant et me suis dit que ça pourrait faire une belle pochette d’album. J’avais un morceau qui parlait d’une fille féministe qui aimait être soumise au lit, qui aimait les hommes machos pendant l’acte. J’ai donc associé tout ça, la chanson, la carte postale et un titre avec le Centaure.

On dit de vous que vous êtes LE groupe live du rock hexagonal. Vous avez dit dans Noisey : « un artiste doit toujours être meilleur en concert que sur disque, sinon ça veut dire qu’il se fout de ta gueule ». C’est vraiment sur scène que vous vous éclatez ?
Paula : le disque doit être bon mais il doit se passer plein de choses sur scène sinon il n’y a aucun intérêt.
Arthur : et puis si tu sonnes sur scène exactement comme sur l’album, c’est ultra chiant. Il n’y a rien de pire que d’aller voir un groupe et d’avoir l’impression d’écouter l’album même si l’album est génial. L’album doit être bon mais le live doit te transcender. C’est unique, c’est direct, tu n’as pas le droit à l’erreur comme quand tu enregistres. Tu dois ressentir que le groupe aime jouer ses morceaux, s’éclate, prend du plaisir.

Si tu as l’impression d’être dans ton fauteuil en écoutant un live c’est qu’il y a un problème.

Paula : tu dois vivre une expérience forte quand tu vas à un concert.

On est sur Rennes Musique. Il y a des groupes de la scène rennaise que vous appréciez ?

Arthur : c’est une ville hyper productive au niveau musical. Il y a des personnalités fortes à Rennes, il y a toujours des villes un peu phares en France et Rennes en fait largement partie.

Gaspard : les Kaviar Spécial sont de Rennes ? Totorro aussi ?
Arthur : on joue souvent avec Kaviar Spécial, il y a Sapin aussi. Tout le monde se croise, joue ensemble, le milieu est petit.

Merci Paula, Arthur et Gaspard.

Nous avons aussi discuté de Krisma, merci pour cette découverte J.C. Satàn.

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Born Bad Records

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