Married Monk : « je n’en pouvais plus d’avoir des chansons en gestation dont je ne savais pas quoi faire. »

Married Monk

Groupe culte des années 1990, The Married Monk a fait un come-back inattendu en 2018 avec un nouvel album « Headgearalienpoo ». Ils seront en concert à l’Ubu le 04 mars prochain.

Rencontre avec Christian Quermalet.

Votre dernier album «  Elephant People » date de 2008. 10 ans plus tard, qu’est-ce qui a motivé le retour de Married Monk ? La pression de Gonzaï ?
Non, pas Gonzaï même s’ils ne sont pas totalement étrangers à ce retour. (Amitiés à Bester).
La vraie raison c’est que je n’en pouvais plus d’avoir des chansons en gestation dont  je ne savais pas quoi faire.
En 2013, j’ai eu vaguement envie de sortir ces chansons sous un autre nom mais je me suis vite rendu à l’évidence que cela irait dans le mur. Et puis il y a eu une rencontre inattendue. Avec un certain Tom Rocton. Nous en reparlerons un peu plus bas.

Pendant ces 10 années, tu as produit d’autres disques. Cela t’a influencé pour ce nouvel album dans la façon de composer, de travailler ?
Travailler pour d’autres, ce que je fais depuis 1996, est toujours une super expérience. On croise beaucoup de monde, on discute, on partage. C’est à chaque fois un nouveau défi à relever. La production, à mes yeux,  consiste à s’imprégner  des chansons afin d’en tirer le maximum. Il faut parfois enlever des choses, parfois en rajouter et trouver le son adéquat. C’est un casse-tête passionnant !
Cela dit, produire la musique des autres n’a jamais influencé ma manière de composer : je travaille la plupart du temps dans la rue, en marchant.
J’entends des mélodies que je m’empresse de noter afin qu’elles ne disparaissent pas au bout de dix minutes. Plus tard, je les enregistre. Je ne suis jamais arrivé à composer quoi que ce soit avec un instrument dans les mains.

Ce 6ème album est sorti avec ton fidèle batteur Jean-Michel (Mitch) Pirès. Comme évoqué plus haut, il y a un nouveau venu : Thomas Rocton. Comment s’est faite la rencontre ?
Tom & moi nous nous sommes rencontrés en décembre 2015 lors de l’enregistrement de l’album de Manuel Etienne à Strasbourg. Le courant est très vite passé entre nous deux. Je lui ai donc proposé de faire partie du groupe. 

Qu’est-ce que Thomas a apporté à cet album ? Enormément de choses ! De sublimes guitares, de sublimes arrangements de cordes et de cuivres, etc…
Tom Rocton a apporté un niveau de musicalité que nous ne possédions pas auparavant.
Le genre de personne qui pourrait largement “se la raconter” mais qui ne le fait pas. Tom, c’est la classe absolue.

L’album a été enregistré où et avec qui ? En combien de temps ?
L’enregistrement a eu lieu au Downtown Studios à Strasbourg en hiver 2017, en compagnie de Didier Houbre, propriétaire des lieux. Les prises de sons ont duré 11 jours. Autant dire que nous n’avons pas chaumé ! Nous commencions le matin vers 9h et arrêtions vers 19h. Tom a ensuite refait une session avec des cordes. L’album a été mixé à Paris par F-Lor (Prohibition,NLF3, Don Nino) et masterisé par Uwe Teichert à Bruxelles.

Les 9 titres de l’album ont tous été composés à 3 ? Vous avez travaillé comment ?
J’avais envoyé mes démos à Tom & Mitch et ils ont fait absolument ce qu’ils voulaient. Une fois en studio, nous avons bossé un peu comme dans un laboratoire : quand l’un de nous trois faisait une prise, les deux autres planchaient sur des arrangements de claviers, de percussions, etc… Une super ambiance de travail.

Le titre de l’album est une référence à Edgard Allan Poe. C’est bien ça?
Eh eh… Disons que phonétiquement cela sonne un peu pareil (enfin, c’est quand même bien tiré par les cheveux !).
Le titre de l’album est surtout un jeu de mots, une espèce de collage bien pourri, lequel figurait déjà dans un des textes du groupe sur l’album R/O/C/K/Y (Cyro’s request)
Il y a 2 reprises sur cet album de Dogbowl et de The Cure. Tu peux me dire pourquoi ? C’est quelque chose que vous faites à chaque fois.  Vous les travaillez comment ces reprises ?
Mes choix de reprises correspondent plus à des coups de cœur qu’à quelque chose de « stratégique ». Cette fois-ci c’était The Cure et Dogbowl. Avant, il y eu Captain Beefheart, Kate Bush, The Ramones, Luciano Battisti, etc…
Le but de la reprise, au delà du côté « tribute » est de s’approprier le morceau et le faire sonner comme s’il s’agissait d’une composition du groupe.
Avant de m’y atteler, je les écoute énormément, 5 à 10 fois par jour jusqu’à ce que je finisse par entrevoir une approche intéressante. Nous faisons deux reprises par album. Exercice risqué mais excitant. 

Dans ce nouvel album il y a des références à des personnages des anciens albums. Tu peux m’en dire plus ?
Ah oui, tu parles probablement de Love Commander. Je ne sais pas trop comment expliquer tout ça. J’ai dit une fois que c’était un clin d’œil aux Beatles ou à Bowie qui faisaient ré-intervenir des personnages du passé dans des chansons plus contemporaines. J’adore ce genre de truc !  

L’album est sorti chez Ici d’Ailleurs, vous êtes fidèles depuis le début. Quelle a été leur réaction à l’annonce de votre retour ?
Précision : pas depuis le début mais pas loin. Nous travaillons ensemble depuis 1998. Leur réaction a été plus que positive. Ils s’étaient peut-être mis en tête que nous n’existions plus. Stéphane Grégoire, le boss, m’a tout de suite dit oui !

Que gardes-tu de la scène rennaise du début des années 90 ?
Le début des 90’s fut un truc incroyable. L’émergence des labels indépendants y fut pour beaucoup. Cela permit en effet à des groupes sortant de nulle part de faire ce qu’ils voulaient sans subir les contraintes artistiques de Majors. A Rennes, il y avait Rosebud et son fondateur Alan Gac. A Nantes, c’était Lithium avec Vincent Chauvier. Il y avait aussi la scène indé Bordelaise avec Cornflakes Zoo et Alienor.  Je n’aimais pas tout ce qui ce faisait à Rennes à cette époque mais je dois admettre que c’était quand même un sacré vivier.
Les Trans nous ont fait jouer à la salle de la Cité en 1994 avec Beck et Vic Chestnut. Le genre de truc que tu n’oublies pas…
  Tu suis toujours ce qui se passe sur Rennes ?
Un peu, via quelques amis qui y vivent toujours.

Ton dernier coup de coeur rennais ?
Tchewsky & Wood. J’ai entendu leur musique sur FIP il y a un an ou deux sans savoir qu’ils étaient rennais. Après une petite investigation, je me suis rendu compte que je connaissais un des membres du duo. Un certain Gael Desbois, qui officiât à une époque au sein du label Rrose Selavy. J’aime aussi ce que fait l’ami Olivier Mellano. 

Le 04 mars prochain, vous jouerez à l’Ubu. Ca te fait quoi ce retour aux sources ?
C’est la question nostalgie… J’ai joué à l’Ubu pour la première fois en novembre 1987. Je faisais alors partie des Tétines Noires et nous ouvrions pour The Gun Club. J’y ai bien sûr rejoué plusieurs fois depuis.
L’Ubu, je crois que c’est l’un des endroits qui m’a le plus marqué depuis que je fais des concerts. Je suis donc super ému d’y rejouer.
Et si par hasard, Jean-Louis est dans le coin, le plaisir sera total ! 

Merci Christian

Propos recueillis par Cath
Crédit photo : Elie Jorand

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