Tchewsky & Wood : « chaque langue permet de dire une chose bien particulière »

© Richard Dumas

Live Bullet Song, le premier album de Tchewsky & Wood sortira le 26 avril. Ils seront en concert le même jour à l’Ubu.

Rencontre avec Gaël, Marina et Maxime.

L’aventure a commencé il y a 4 ans sur un plateau de théâtre. Vous pouvez me raconter l’histoire de Tchewsky & Wood ?

Gaël : effectivement, tout a commencé il y a 4 ans lors d’une résidence de théâtre. On ne se connaissait pas auparavant. Nous avons été invités par le metteur en scène rennais Arnaud Stephan. Lors de ce moment de recherche, Arnaud nous a demandé de travailler sur une chanson.
J’ai été assez rapidement attiré par la culture musicale de Marina, la langue russe et le chant tzigane.
C’était quelque chose de complètement nouveau pour moi dans ma pratique musicale.

Avec ce nom, on pense à un duo, mais il y a aussi Maxime Poubanne à la guitare que l’on connaît dans We are Van Peebles. Comment s’est faite la rencontre avec Maxime ?

Gaël : après quelques premiers concerts en duo, nous avons souhaité ouvrir notre laboratoire. Peut-être d’abord pour étoffer notre son en live. Marina connaissait Maxime, par le biais également du théâtre. La rencontre ensuite à trois s’est faite très naturellement. Maxime a rapidement trouvé sa place sur les morceaux.

Votre musique c’est un peu de l’électro-mantra-pop avec des rythmes tribaux et une voix grave et profonde. Vous la présenteriez comment votre musique ?

Marina : comme ça, c’est pas mal ! Mais je crois que c’est aussi avant tout du rock.

Des textes scandés, une pochette d’album explosive, des « chansons à balle réelle » (titre de l’album). C’est l’atmosphère actuelle qui vous a inspiré pour cet album ? Il y a comme une impression d’urgence, d’un monde malade, accidenté.

Marina : sur cet album coexistent les tous premiers titres que nous avons composés il y a maintenant trois ans, et les tous derniers titres. Et s’il y a bien une chose commune à ces dix titres, c’est l’envie de « tirer à balles réelles » pour atteindre le coeur. Le titre de l’album, Live Bullet Song, « Chant à balle réelle » vient du texte de Carnival Girl, le premier morceau qui ouvre l’album, dans lequel à la fin, on retrouve la fille de cirque éponyme tuée par une chanson tirée à balle réelle.
Tous les morceaux se fondent dans un paysage post-soviétique, le chaos des années 90 qui a marqué mon enfance à Moscou, et l’arrivée dans les paysages occidentaux, bien accidentés par le libéralisme.
La voix de Marina est hypnotique, elle marque dès le début de l’écoute. Tu peux nous raconter ton histoire et ton parcours musical avec ton oncle et ta famille ?

Marina : j’ai grandi dans la culture musicale russe et tzigane russe.
Tout le monde joue d’un instrument chez moi, et la musique est notre langage commun. Sauf que moi j’étais pas fichue de jouer quoi que ce soit, jusqu’à ce que je me mette à chanter.
A partir de là, mon oncle (guitare, balalaïka et chant) m’a pris sous son aile et nous avons monté un petit répertoire que nous avons joué un peu partout. Et ça a été ma formation musicale, sur le terrain (bars, restaurants, maisons de retraite, hôpitaux, granges, etc..). A côté de ça, j’écoutais plein de choses très différentes, aussi bien du rock que de la techno, du punk ou de la pop. Et puis après une année sabbatique en Argentine où je m’étais essayée aux arts plastiques, je suis revenue en France, et au grès du hasard et des rencontres, j’en suis venue à faire du théâtre. Je suis entrée à l’école du TNB à Rennes, sous la direction de Stanislas Nordey, et ma passion pour le jeu et le plateau ont mis la musique en sourdine pour un temps. Jusqu’à ce que je rencontre Gaël. Côté famille, mes deux frères sont aussi dans la musique, l’aîné de façon amateur et le petit dernier de manière professionnelle : il est venu jouer à Rennes d’ailleurs, au Bistro de la Cité, avec son projet Abraham Murder, et maintenant il défend aussi un autre projet, tout en français, Marie-Henri.

Pour reparler de la voix de Marina, on a l’impression que tout part de cet instrument. Vous composez comment ?

Gaël : si le résultat donne cette impression, alors c’est parfait. La voix est effectivement un élément essentiel dans notre musique. Néanmoins, nous partons toujours d’un premier travail instrumental avec l’ordinateur, avec des programmations. Sur ces bases musicales plus ou moins structurées, Marina improvise à la voix. J’enregistre tout. Et de cette spontanéité, de cette matière, je coupe, je déplace, je redécoupe, afin de trouver la meilleure alchimie entre la musique et les mélodies de voix. Après ce travail de fondation, Marina refaçonne les textes, et par la suite, nous arrangeons les morceaux avec Maxime pour leur donner plus d’ampleur, plus de force.

Les chansons de l’album sont chantées en anglais, en russe, en français et en rromani. Chaque langue vous inspire des histoires et des textes différents ? C’est une Marina différente selon la langue utilisée ?

Marina : j’ai habité la Russie, la Yougoslavie, la France, et puis plus tard, après mon bac, l’Argentine. L’anglais a toujours été une passion, une langue dont j’aime foncièrement la littérature et la poésie. Le russe et le romani sont mes langues de chant matricielles. Tout ça se mélange assez naturellement dans ma tête.
A chaque langue correspond des états de pensée ou des états émotionnels singuliers, et donc oui, c’est vrai, chaque langue me permet de dire une chose bien particulière.
A travers une langue, on pense le monde, on ressent le monde différemment, « Je est un autre »… et puis dans certains textes, je m’amuse à déployer une espèce d’avatar de moi-même, comme dans Love She Said, Carnival Girl, ou Four-Finger Ballerina, c’est toujours l’histoire de la même fille mais elle devient à chaque fois une autre.

Quand on écoute votre album, on pense à Kraftwerk, Joy Division, Sonic Youth, Eurythmics, ce sont des groupes qui vous inspirent ? Quelles sont vos influencent et pourquoi ? Qu’est-ce que vous aimez chez elles ?

Gaël : lorsque j’ai commencé la musique, nous écoutions les sons d’une certaine mouvance new-wave, comme Joy Division, Minimal Compact, Wire… Il y a eu quelques années plus tard des groupes à guitares, comme Fugazi, Sonic Youth bien entendu.
Et puis quelle chance nous avons d’être à Rennes pour profiter des concerts.
Je pense à Gun Club, Suicide, The Fall, Cop Shoot Cop et son batteur percussionniste debout (debout? tiens donc !)…. Sans doute que de tous ces groupes il y a un peu de tout ça dans notre musique. Bien digéré j’espère !
Maxime : les influences viennent d’un peu partout et on s’en rend compte en écoutant l’album. Entre le 1er et dernier morceau c’est quand même le grand écart. Mais sur l’ensemble il y a tout de même un côté new wave qui ressort plus, du coup c’est sûr que des groupes comme Kraftwerk, Joy D, Blondie and co sont présents dans Tchewsky & Wood.

Tout est allé très vite pour vous. Votre premier concert se fait au Liberté en première partie de Marquis de Sade, puis vous faites les Trans.

Gaël : je ne dirais pas que tout est allé très vite. Nous sortons d’ailleurs seulement maintenant notre premier album ; mais nous avançons sereinement, en faisant de belles rencontres, à notre rythme. Nous avons eu cette chance de faire la première partie de Marquis de Sade au Liberté en septembre 2017. J’ai écouté leurs disques quand j’ai commencé la musique. C’était assez incroyable de se retrouver sur cette scène. Après quelques bars rennais, ça a été notre premier concert dans une vraie salle, avec 3000 personnes, bim !!!
Maxime : il y avait déjà une bonne base de morceaux dès les premiers concerts de Tchewsky & Wood dû à un bon travail en amont, mais pour beaucoup, ce groupe n’existe que depuis le concert du Liberté, alors d’un point de vue extérieur ça peut donner l’image d’un groupe qui avance très vite, mais de l’intérieur on sent qu’on avance à notre rythme, sans presser les choses.

Cet album a été enregistré quand, où et avec qui ? Toujours au Cocoon avec Etienne Caylou ?

Gaël : depuis l’enregistrement de notre premier EP, Etienne est devenu un ami et il était hors de question de faire sans lui. La question ne s’est d’ailleurs même pas posée. Je fais par ailleurs partie du collectif qui gère le studio Cocoon. J’y travaille depuis une vingtaine d’années maintenant.
L’album a été enregistré au Cocoon, à la maison en quelque sorte.
Etienne l’a ensuite mixé dans son studio à Paris.

Ca donne quoi en live ? Toujours debout devant les percussions ? C’est un live assez puissant. Marina, c’est Gaël qui t’a appris à en jouer ?

Marina : les choses ont pas mal bougé ces derniers temps, et elles vont sans doute encore bouger. Au départ, Gaël avait envie d’une acolyte à la batterie, et c’est lui qui m’a appris quelques bases. J’ai beaucoup de plaisir à en jouer, mais je n’ai pas du tout sa frappe et sa puissance, ce qui fait que depuis quelques temps, j’ai laissé les percussions de côté, et je me suis consacrée pleinement au chant. Mais je crois que le live en est d’autant plus fort et puis c’est Gaël qui a récupéré mes toms, et je crois que ça renforce d’autant mieux le côté tribal.
J’ai toujours en moi cette frustration immense de ne pas savoir pleinement jouer d’un instrument, mais le travail de la voix me passionne et me prend beaucoup de temps.
J’espère quand même pouvoir continuer à apprendre à jouer et je ne désespère pas de côté-là !



On est sur Rennes Musique, alors parlons scène locale. Quel est votre dernier coup de cœur rennais ?

Marina : comme souvent, j’arrive avec quelques trains de retard, mais j’ai découvert il y a peu la musique de The Married Monk, c’est excellent !
Et puis le dernier gros coup de coeur c’est Mistress Bomb H avec qui on était en résidence en même temps à Lorient, à l’Hydrophone.
Elle crée des sons et des rythmiques super puissantes à partir de sons réels captés dans la rue (travaux, chantiers, hélicoptères de manif survolant Rennes), c’est vraiment à découvrir sur scène.
Maxime : pour les avoir vu jouer il y a peu, j’aime beaucoup ce que dégagent les SBRBS (Suburbs) sur scène, ça sent la sueur et le garage tout en restant propre ! Et sinon le premier album de Ténèbres, qui est sorti il y a déjà quelques temps, m’avait bien scotché. Ils bossent sur un nouvel album, hâte d’écouter ça.

Merci Gaël, Marina et Maxime.

Propos recueillis par Cath
Crédit photos : Richard Dumas

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