Labels d’été #14 : Consternation

consternation

Nous continuons notre série sur les labels rennais avec Consternation, un label transgenre de cassettes, mais aussi une maison de micro-édition et un organisateur de nombreuses soirées.

Episode 14 : rencontre avec Robin de Consternation.

Comment et quand est née l’aventure de Consternation ?
Le label est né il y a cinq ans environ. C’est parti d’une envie de sortir des cassettes. Pas mal de nos amis avaient des projets de musique mais ne les sortaient pas. Amélie, qui est avec moi dans le label, avait aussi envie de faire de l’édition donc on a monté cette structure pour pouvoir faire tout ça. Notre première cassette était de la musique électronique d’un copain à nous. Au début nous étions nombreux dans le label, tout le monde était motivé, avait plein d’envies mais, comme partout, on s’est retrouvés de moins en moins. Réaliser des choses est devenu plus compliqué, le label s’est un peu monté sur des soirées que nous faisions sur Rennes finalement, à la maison de Oodaaq.

Ces soirées nous permettaient de faire de la programmation et de faire des échanges avec des artistes avec qui nous avions envie de sortir des cassettes.

Cela nous a permis de nous organiser un peu plus facilement avec moins de personnes. Parallèlement à tout ça, Amélie s’est intéressée à l’édition papier. On a donc utilisé le nom de Consternation pour mettre tous ces aspects ensemble : soirées, cassettes et édition.

Qui est derrière Consternation et comment sont répartis les rôles de chacun ? Vous n’êtes que deux ?
On est un noyau dur de trois personnes : moi, Amélie et Charles. On n’a pas vraiment de rôles définis mais chacun a des affinités. Tout le monde n’est pas forcément impliqué de la même façon, selon les envies de chacun sur une soirée, une expo, une cassette, etc… On essaie de mettre de la dynamique et que chacun s’y retrouve selon ses talents. A trois, ça fonctionne plutôt bien ! On est très souvent accompagnés par nos copains à chaque fois qu’on organise quelque chose.

Comment tu choisis les artistes avec qui tu vas travailler ? Comment repères-tu les artistes ?
Ca fonctionne souvent par affinité artistique et personnelle, par relation. C’est souvent des copains. Cela peut se faire suite aux concerts qu’on organise, on discute après les concerts, on sympathise. Mais on fait aussi de la recherche sur Internet. Amélie est très forte pour ça, elle est DJ à côté donc elle écoute beaucoup de musique. On a failli sortir une chanteuse RnB de Détroit mais cela ne s’est pas fait.

Le live peut faire qu’on va sortir une cassette ensuite et une cassette va faire qu’on va inviter le groupe en live.

Consternation reçoit beaucoup de démos ?
Ca arrive oui ! On reçoit pas mal de démos mais souvent pour des concerts, pour de la programmation. Les propositions ne sont pas forcément bien ciblées mais je pense qu’on est difficiles à cerner au niveau de nos goûts. Et puis il faut que ça colle au niveau du timing. On sort une nouvelle cassette quand l’envie est là et que les moyens et le temps sont là aussi.

Tu parlais à l’instant de vos goûts qui sont difficiles à cerner. Est-ce qu’il y a des critères de choix artistiques pour pouvoir « signer » chez Consternation ? C’est quoi la philosophie du label ? Vous avez une « étiquette » au niveau du style du label ?
C’est difficile. Ca part vraiment de quelque chose qui est en nous. C’est comme un restaurant qui est lié au chef cuistot. Tu vas manger là-bas parce que tu sais que le cuistot fait de très bons plats. Il n’y a pas vraiment de styles même si on est vers la musique électronique, version expérimentale et originale, c’est lié aux soirées que nous faisons en fait.

On est finalement sur l’électro expérimentale, l’ambient, la noise, la synthpop.

Combien d’artistes sont au catalogue de Consternation actuellement ?
Je ne sais pas trop, je n’ai pas révisé, environ une quinzaine. On vient de sortir une compilation avec plein de personnes qu’on a fait joué mais avec qui on n’a pas sorti de cassettes.

Ton coup de cœur ? C’est une question difficile mais il y a peut-être un disque qui a eu une histoire particulière.
Ca serait forcément ma cassette (Rouge Gorge) ! Plus sérieusement, je n’ai pas vraiment un coup de cœur, c’est à chaque fois de bons souvenirs. Toutes les cassettes sont liées à un moment, à une rencontre.

J’aime aussi les moments où on crée l’objet avec Amélie, les moments où on est fiers de notre création, où l’artiste nous dit qu’il aime ce qu’on a fait pour sa sortie.

As-tu eu un coup de cœur récemment que tu aimerais avoir chez Consternation ?
Quand tu as un coup de cœur, il ne faut pas trop attendre car les autres labels de cassettes du coin les récupèrent, c’est un peu la bataille. Non je blague. Il y avait eu la Fureur de Vouivre, un groupe du Sud qu’on avait vu en concert et qui collait très bien avec notre label. C’est un mélange de musique traditionnelle avec pas mal d’ajout électronique. Ils ont une manière optimale d’utiliser leurs instruments. Ca donnait envie de mettre tout ça sur cassette. On n’avait pas pu travailler ensemble et c’est dommage.

D’où vient le nom Consternation ?
C’est parti d’une blague. A l’époque il y avait le label canadien Constellation qui faisait Godspeed You ! Black Emperor notamment. Le mot Consternation est venu à la place à l’occasion d’une soirée, ça donnait un peu un côté misérable à notre label.

C’est plus confortable d’avoir un nom un peu moisi, ça donne de la légèreté.

Finalement le nom sonne bien, ça donne un côté un peu politique et il fonctionne bien avec les groupes qui font de la musique assez dure.

Les groupes attendent souvent beaucoup des labels qui les signent. Peux-tu nous dire ce qu’un label comme Consternation attend d’un groupe ?
Il n’y a aucune attente. On partage juste les cassettes et chacun vend son stock. On ne fait pas ça pour faire de l’argent. On s’autofinance en faisant des soirées. On ne gagne pas d’argent sur nos sorties, on n’attend donc pas grand chose. On travaille en général avec des groupes qui tournent donc cela aide quand même à vendre notre stock. C’est un bon deal, ça permet d’avoir du merch pas cher pour les artistes. Tout le monde s’y retrouve.

Etre un label indépendant aujourd’hui c’est difficile ? Comment vois-tu l’avenir des labels comme Consternation ?
On a zéro stress. Notre asso est basée sur la simplicité. On s’arrange pour faire des choses qui ne coûtent quasiment rien. On fait nos trucs dans notre coin.

A Rennes, il y a pas mal de labels, on se connaît entre nous, on communique et les lieux jouent bien le rôle de relais, donc on vit notre passion de façon assez simple sans se poser de questions.

On est dans une petite famille à Rennes et il y a toutes les générations. Tout le monde s’entraide.

Consternation sort les albums uniquement sur cassette ?
Oui, c’est un support pas cher. Les artistes peuvent donc faire des essais et se chercher avec ce support. C’est très pratique. On sort parfois les side projects des groupes, quand ils ne veulent pas forcément sortir un album qui coûte cher.

Il y a un côté un peu intime avec la cassette, quelque chose de fait à la maison.

Selon toi, qu’est-ce qui fait un bon groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu penses de la scène musicale actuelle ?

Ce qui me rend curieux aujourd’hui, c’est ce qui fait bouger la musique, quand il y a un léger pas de côté.

Quand il y a quelque chose de rare, d’inédit, des choses que je n’ai pas encore entendu. Ca arrive souvent ! J’aime les groupes qui ont une manière originale de présenter leur musique, dans le son, dans les paroles, dans le live. Je n’aime pas rester dans une esthétique.

Et la scène rennaise ?
La scène rennaise est gigantesque, je ne la connais donc pas beaucoup, tellement il y a de choix. Plus que la scène rennaise, ce que je préfère à Rennes c’est le public. On peut se retrouver avec quatre soirées en même temps le même soir et il y a du monde partout. Ca ne se tire pas dans les pattes. Même les groupes qui viennent jouer sont très surpris de voir qu’il y a autant de monde à leur concert un mardi soir alors qu’il y a un autre concert avec un groupe américain juste à côté. Le public rennais est super curieux, il est là même pour des concerts très expérimentaux.

S’il y a autant de groupes à Rennes c’est parce qu’il y a un public qui n’a pas peur de venir voir des choses qu’il ne connaît pas.

Quelle sera la prochaine sortie de Consternation ?
On a sorti la compilation qu’on a faite pour une expo sur la musique chez Blindspot. On a fait un appel à plein de groupes qu’on a fait jouer lors de nos soirées mais avec qui on n’a pas sorti de cassettes. Chacun a fait un morceau et j’ai fait un mix avec tout ça ! Elle est disponible en physique et elle est à l’expo jusqu’au 12 septembre.

Merci Robin.

Propos recueillis par Cath
Crédit photos : Polytistution

Site de Consternation : https://consternation.bandcamp.com/music

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