Labels d’été #15 : Stereophonk

Notre saison 02 des Labels rennais se poursuit avec Stereophonk, un label qui fait groover et qui aura pas mal de sorties à la rentrée.

Episode 15 : rencontre avec Marrrtin de Stereophonk.

Comment et quand est née l’aventure de Stereophonk ?
Le label est né entre 2003 et 2004. Je suis arrivé à Rennes pour faire mes études aux Beaux-Arts en 96. Avant j’étais dans l’équipe du label de rap Junkadelic qui existe toujours. Le label travaillait avec des groupes de rap français et américains et notamment avec Kool Keith, une référence dans l’histoire du rap. Par la suite, j’ai décidé de monter mon propre label, pour faire mon truc, pour faire mes propres sorties, être indépendant et éventuellement sortir des disques pour d’autres personnes. Je suis aussi graffeur donc au départ on a monté une association pour pouvoir faire tout ce qu’on voulait faire : des graffs, de la musique, des soirées, etc… Au fur et à mesure, ça s’est transformé en label associatif. Au départ, je faisais de la musique avec Deheb et on a monté un groupe qui s’appelle Funky Bijou.

On a fait des morceaux pour le plaisir et un de nos morceaux est devenu un hymne pour le break dans le monde entier.

Le label nous a permis de sortir nos morceaux en vinyles. Nos premiers vinyles sont sortis en 2009.

Qui est derrière Stereophonk et comment sont répartis les rôles de chacun ?
On n’est pas du tout organisés, c’est un truc de clandestins. Si un des membres du label comme Ajax Tow, Deheb veut sortir un disque, on est libres, pas besoin de subventions, de financements participatifs ou autres. On sort les disques et on les vend, on est libres et c’est notre argent donc on se motive pour les vendre. Dans le label on est six ou sept artistes et moi qui gère un peu tout ça.

Comment tu choisis les artistes avec qui tu vas travailler ? Comment repères-tu les artistes ?
Pour être honnête, on travaille d’abord avec les copains. Le but c’est de se faire plaisir entre nous. Si j’ai un pote qui veut sortir un disque et que le disque tient la route, on le sort ! A nous ensuite de nous prendre la tête pour au mieux se rembourser. Mais je fonctionne aussi aux coups de cœur et aux opportunités.

L’année dernière, on a sorti un disque de jazz funk estonien, des « putains » de virtuoses de la musique. On ne s’est jamais rencontrés, on s’est tapés dans la main virtuellement.

C’est un copain qui me les a fait écouter en me précisant qu’ils cherchaient un label. Je leur ai fabriqué le disque, ils ont eu une partie du stock et après chacun fait ce qu’il veut avec les disques. C’est une façon de se faire confiance, et une autre façon de faire du business. Je fonctionne donc au copinage et aux coups de cœur !

Stereophonk reçoit beaucoup de démos ?
J’en reçois très peu. Les seuls trucs que je reçois sont des démos envoyées en masse avec l’Officiel de la musique sans aucun ciblage. Tu sens que le mec il ne sait même pas ce que tu fais. Je leur conseille souvent de monter leur propre label et de sortir eux-mêmes leur musique.

Tout le monde peut monter un label, ça n’est pas très compliqué et ça permet de rester libre, de faire ce que tu veux, de ne pas avoir d’obligations que les gros labels t’imposent.

Est-ce qu’il y a des critères de choix artistiques pour pouvoir « signer » chez Stereophonk ? C’est quoi la philosophie du label ? Vous avez une « étiquette » au niveau du style du label ?
Comme son nom l’indique, Stereophonk c’est de la funk, de la soul mais aujourd’hui ça déborde un peu. Au départ, on est des amoureux de la Musique, des musiques.

Je suis un fan des musiques du monde des années 70, j’ai plus de 500 vinyles de musiques indiennes chez moi.

Je ramène des disques de tous les pays où j’ai la chance d’aller. J’ai plein de disques des pays de l’Est, de Russie, du Japon, etc… Il y a des trucs biens dans tous les pays et dans toutes les périodes. Pour revenir à ta question, la ligne directrice du label c’est le groove avec parfois de la house, parfois du trip hop, parfois de la musique du monde.

Combien d’artistes sont au catalogue de Stereophonk actuellement ?
On en est à treize ou quatorze sorties avec six ou sept artistes.

Ton coup de cœur ? C’est une question difficile mais il y a peut-être un disque qui a eu une histoire particulière.
Toutes nos sorties sont des coups de cœur, sont au même niveau. Je peux peut-être parler de Funky Bijou, le groupe de funk dans lequel je suis. Nos morceaux sont joués dans le monde entier, notre succès est complètement dingue. Notre musique a été jouée aux JO, c’est complètement fou ! Au départ c’était pour le plaisir, pour rigoler.

As-tu eu un coup de cœur que tu aurais aimé avoir sur Stereophonk ?

Oui, Forever Pavot, c’est extraordinaire ce qu’il fait.

L’engouement qu’il y a par rapport à ce mec et sa musique ! Il fait de la musique « d’illustration sonore », c’est du François de Roubaix réchauffé et ça n’est pas péjoratif. François de Roubaix aujourd’hui est considéré comme un des plus grands compositeurs de musiques de films.

D’où vient le nom Stereophonk ?
Avant j’étais dans une autre association qui s’appelait « Aerosoul » avec laquelle on organisait des soirées à Rennes. C’était une façon de leur faire un petit clin d’oeil.

Les groupes attendent souvent beaucoup des labels qui les signent. Peux-tu nous dire ce qu’un label comme Stereophonk attend d’un groupe ?
Je vais te donner un exemple. Je travaille avec Medline. Stereophonk a sorti un de ses albums en vinyle en partenariat avec son propre label. J’ai avancé l’argent pour sortir le disque et le but du jeu c’est que lui et moi on vende les disques. Le but du jeu c’est qu’on soit tous remboursés. Il n’y a même pas d’histoire de tournées. Avec Funky Bijou, on ne tourne pas du tout et pourtant on vend nos disques. On a pratiquement vendu tout notre premier album sorti à 1000 exemplaires, pour quelque chose d’indépendant c’est plutôt pas mal !

Tu n’as pas besoin de tourner pour sortir des disques et tu n’as pas besoin de disques pour tourner.

C’est ce que je pense en tout cas même si tout le monde dit le contraire. Je me trompe peut-être. L’idée c’est de sortir des objets, essayer de les vendre et essayer de les diffuser.

Etre un label indépendant aujourd’hui c’est difficile ? Comment vois-tu l’avenir des labels comme Stereophonk ?
J’ai travaillé avec des moyens et gros labels. Aujourd’hui les moyens labels sont bloqués dans une obligation de faire de l’argent. Ils vendent le disque avec la tournée, le merchandising et tout le package. Les groupes ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Les gros labels on s’est fiche et finalement c’est beaucoup plus simple pour les petits labels. Nous on est partisans du DIY pour nos sorties. Le premier clip de Funky Bijou, on l’a fait avec des images de clips indiens.

On fait avec les moyens du bord et ça nous convient tout à fait pour ne pas se prendre au sérieux et ne pas déprimer si ton disque ne fonctionne pas. Il faut que ça reste un plaisir.

Stereophonk sort les albums uniquement sur vinyle ?
On sort en vinyle et digital ! Certaines sorties ne se sont faites qu’en digital.

Selon toi, qu’est-ce qui fait un bon groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu penses de la scène musicale actuelle ?
La musique est morte, vive la musique ! La musique est un cycle perpétuel.

La nature a horreur du vide donc si tu as de la musique de merde, les gens vont en avoir marre à un moment donné et les groupes vont refaire de la bonne musique.

C’est cyclique. Les plus grands ont parfois fait des musiques de merde. Je parlais tout à l’heure de François de Roubaix, il a fait la musique de Chapi Chapo. Alain Goraguer, un des plus grands arrangeurs français, notamment « L’eau à la bouche » de Serge Gainsbourg, a aussi fait le Tutuyutu de Gym Tonic. C’est trop facile de dire « c’est bien » ou « c’est de la merde ». Il y a énormément de gens qui ont fait de la merde pour faire des trucs biens et inversement.

Et la scène rennaise ?
Il y a toujours eu plein de groupes et ils s’entraînent, ils voient que c’est possible ! Et puis on voit bien qu’il y a plein de labels, d’associations qui organisent des concerts donc ça motive.

Si tu prends l’exemple de Reta, un jeune rappeur rennais, il vient de sortir un morceau qui défonce, il risque de faire un carton et je ne crois pas qu’il soit chez un label.

Il fait son truc lui-même. Tu n’as plus besoin des labels et autres aujourd’hui, tu peux tout faire chez toi et le faire bien avec les logiciels, les chaînes youtube, les réseaux sociaux. Les chemins sont différents aujourd’hui et je trouve ça super.

Quelle sera la prochaine sortie de Stereophonk ?
Notre prochaine sortie est un disque de banlieusards, ils s’appellent « The Selenites ». Ils font du jazz éthiopien. C’est assez groovy, ils reprennent des classiques de la musique éthiopienne. Il fallait absolument que ça sorte sur disque ! On va aussi sortir le prochain album d’Ajax Tow à la rentrée et un nouveau Funky Bijou.

Merci Marrrtin.

Propos recueillis par Cath
Crédit photos : Polytistution

Site de Stereophonk : https://stereophonk.bandcamp.com/

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