Labels d’été #09 : Poussière d’Époque

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Parce qu’il y a vraiment matière à Rennes, nous vous proposons une saison 02 des labels rennais pendant cette trêve estivale. Il y a beaucoup de labels indépendants à Rennes et dans tous les styles. Commençons par un label que vous ne connaissez peut-être pas encore… Un indice : la boutique Blind Spot.

Episode 09 : rencontre avec Fred et Steven de Poussière d’Époque.

Comment et quand est née l’aventure de Poussière d’Époque ?
Fred : le premier disque est sorti en 2015. L’aventure est née du prolongement de notre activité de disquaire. A force de voir passer beaucoup de gens, de labels, de musiciens dans la boutique, on s’est lancés à notre tour dans la production de disques avec la scène musicale rennaise. On a commencé avec Eshôl Pamtais, groupe qui n’a plus beaucoup d’actualité aujourd’hui. On l’a aidé financièrement à sortir son album. Pour notre deuxième sortie, on a tout fait comme des grands, on voulait continuer et cela donne une vraie identité au magasin.

Qui est derrière Poussière d’Époque et comment sont répartis les rôles de chacun ?
Fred : je ne te dirais pas que tout se fait à l’arrache mais presque… Poussière d’Époque est le label du magasin, les deux activités se rejoignent. On fait comme on peut mais on devrait s’organiser. Gérer un label c’est une activité à part entière, cela prend beaucoup de temps. C’est un boulot énorme. On pensait qu’en ayant le label et le magasin, cela allait simplifier la vente de nos disques et finalement on se rend compte que non. Oui on en vend un peu à Blind Spot mais comment vendre les 300 autres disques ? Les gens ne font pas forcément le lien entre les deux. On n’a jamais communiqué là-dessus.

On aurait dû appeler notre label « Blind Spot Records » pour que les gens fassent le lien entre les deux, mais on n’y a même pas pensé !

Les gens découvrent que c’est notre label quand ils fouillent dans le casier Poussière d’Époque où il y a nos disques.
Steven : à la base, Fred et Pierre ont tenu le magasin pendant 10 ans. Je suis dans l’équipe depuis janvier dernier. C’est vrai qu’on devrait mettre plus en avant nos sorties mais en même temps on n’en fait pas beaucoup. On est loin des sorties de Beast Records et de Rockin’ Bones.

Comment vous choisissez les artistes avec qui vous allez travailler ? Comment repérez-vous les artistes ?
Fred : je fonctionne au coup de cœur !

Il y a de l’humain dans notre travail, on travaille avec des amis.

Steven : Cachette à Branlette et Le Matin, ce sont des proches, des copains.

Poussière d’Époque reçoit beaucoup de démos ?
Fred : pendant un temps, on recevait pas mal de démos de nos amis. On reste quand même assez frileux. C’est une activité à côté de la boutique et on ne veut pas non plus se planter sur les sorties. Dernièrement, on a ressorti le premier album de Fantazio. Il y a une vraie histoire entre nous mais on a beaucoup de mal à le vendre. Ca permet de réfléchir et de se poser des questions pour les prochaines sorties.

Est-ce qu’il y a des critères de choix artistiques pour pouvoir « signer » chez Poussière d’Époque ? C’est quoi la philosophie du label ?
Fred : on fait travailler tous les artistes du coin, entre le graphisme, l’impression etc… On est dans le local. Concernant les styles musicaux, on a des affinités assez électroniques avec Steven mais si tu écoutes Fantazio, on est dans du blues, folk, chanson française. C’est la marque de Pierre. Eshôl Pamtais était aussi un coup de cœur de Pierre.

J’écoute surtout de la musique électro, on se dirigera peut-être plus vers ce style avec les prochaines sorties.

Après, tout dépend de nos futurs coups de cœur !
Steven : tout ça prend énormément de temps. Tu ne peux pas vendre tes 500 disques uniquement avec le magasin. Il faut donc passer du temps avec les distributeurs, avec les disquaires qui nous connaissent en tant que disquaire. C’est un tout autre travail et pas forcément un travail qui nous plait.

Combien d’artistes sont au catalogue de Poussière d’Époque actuellement ?
Fred : il y a eu quatre sorties pour le moment : Eshôl Pamtais, Cachette à Branlette, Le Matin et Fantazio.

Votre coup de cœur à chacun ? C’est une question difficile…
Fred : je t’avoue que j’ai une relation particulière avec les albums de Cachette à Branlette et Le Matin.
Steven : pour Fantazio, c’est une réédition du premier album, ça n’est pas un nouvel objet. J’aime beaucoup cet album mais ça n’a pas été une création pour nous.

Quel est votre dernier coup de cœur que vous aimeriez avoir chez Poussière d’Époque ?
Fred : j’ai eu un énorme coup de cœur pour Pink Fink, des américains. Je n’ai fait aucune démarche mais j’aimerais beaucoup les avoir sur le label. C’est un duo américain génial, ils font un disco-électro un peu horror à la Carpenter. C’était compliqué pour leur acheter des disques. Steven a voulu les faire jouer au festival Visions mais ils ne font pas de concert, ils ne sortent pas de leur studio.

J’aimerais secrètement avoir Pink Fink sur notre label mais ça semble compliqué.

D’où vient le nom Poussière d’Époque ?
Fred : avant d’avoir une machine automatique à nettoyer les disques, on les nettoyait tous à la main avec du produit.

Un jour, en nettoyant un disque qui avait 60 ans, Pierre a parlé de poussière d’époque en regardant ce qui tombait.

On a trouvé ça pas mal pour un nom de label, on l’a mis de côté pour le jour où on accoucherait du nôtre.

Les groupes attendent souvent beaucoup des labels qui les signent. Pouvez-vous nous dire ce qu’un label comme Poussière d’Époque attend d’un groupe ?
Fred : on n’attend rien des groupes, on les aime humainement et musicalement. C’est bien qu’ils aient un support pour sortir leur musique.

On ne se demande pas si le disque deviendra culte ou s’il finira dans une braderie à un euro, on se dit juste qu’on l’a sorti.

Mais aujourd’hui on fait quand même attention à travailler avec des artistes qui tournent, qui ont une vraie actualité musicale, sinon tu ne vends pas les albums. Eshôl Pamtais ne tourne plus, Fantazio non plus, c’est ce qui rend la vente encore plus compliquée. Et puis ça fait du bien quand le public suit, ça conforte nos choix quand même. On ne fait aucun contrat, tout se passe simplement, pour le plaisir.
Steven : on veut juste que tout se passe bien humainement, on n’est pas sur des histoires d’argent.

Etre un label indépendant aujourd’hui c’est difficile ? Comment voyez-vous l’avenir des labels comme Poussière d’Époque ?
Steven : je dirais que c’est en lien avec l’activité du magasin.

Tant que le magasin sera là, le label existera.

Sur quels supports Poussière d’Époque sort les albums  ?
Fred : on ne sort que des vinyles. C’est le support qu’on affectionne, qui nous parle. On n’a pas envie de faire d’autres supports. On vend un peu de digital de temps en temps.

Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que vous pensez de la scène musicale actuelle ?
Fred : on pourrait parler d’uniformisation de la musique, de musique de masse. Il y a un déséquilibre total entre deux mondes, entre la grosse artillerie et le local, le micro label. Il y a un foisonnement de ces micros labels qu’on ne soupçonne même pas, dans tous les genres musicaux. Le problème c’est qu’on n’y a pas accès mais il y a du monde face à ces grosses machines, je suis plutôt optimiste là-dessus. A la boutique, on est tout le temps sollicités pour des disques particuliers, des sorties pas forcément très connues.

Je pense qu’on est en train de revivre de bonnes années pour la musique, les gens sont curieux et continuent d’acheter des disques.

Et la scène rennaise ?
Fred : la scène rennaise est super douée dans tous les genres musicaux. En rap, en garage, en rock indé, en pop, ils se passent des choses ! On est super heureux d’avoir un magasin ici, dans cette ville.

Rennes est la ville parfaite pour les amateurs de musique, il s’y passe tellement de choses. Je pense que beaucoup de villes nous envient.

Les Trans participent sûrement à la mise en lumière des groupes rennais, au fait que les gens soient curieux. Il y a un énorme foyer musical à Rennes, entretenu par I’m from Rennes, les Trans. Il y a plein de gens qui reviennent de Berlin, de Bruxelles et autres et qui se rendent compte que Rennes a changé ces dernières années.

Quelle sera la prochaine sortie de Poussière d’Époque ?
Steven : la prochaine sortie aurait dû être la première pour le label, il s’agit de Noir Boy George.
Fred : on travaillait avec un label parisien qui faisait uniquement des projets de musiques noise, très dures. On avait l’album chez nous et tout le monde nous disait de le sortir en disque. Ca fait quatre ans qu’on communique ensemble, il est d’accord mais ça traîne ! Son nom commence à faire parler.

Born Bad Records est sur Noir Boy George, mais comme c’est une histoire de copains, si ça doit se faire, ça se fera avec nous.

Steven : notre prochaine sortie pourrait aussi être UNAS, de Cachette à Branlette. Il a un rapport à la sexualité complètement décomplexé, il finit à poil sur scène, d’où son nom qui n’est autre que Anus à l’envers.

Merci Fred et Steven.

Propos recueillis par Cath
Crédit photos : Politistution

Bandcamp de Poussière d’Époque : https://poussieredepoque.bandcamp.com/

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